Irak: Le nouveau gouvernement irakien trop «confessionnalisé», selon Mgr Rabban al-Qas

Au lieu de penser au pays, on a contenté les groupes ethniques

Amadiyah/Bagdad, 10 mai 2005 (Apic) Le nouveau gouvernement irakien est trop «confessionnalisé», estime Mgr Rabban al-Qas, évêque chaldéen d’Amadiyah, un diocèse du nord de l’Irak qui ne compte que 2’000 fidèles catholiques. Le premier gouvernement qualifié de libre et démocratique représente toutes les composantes ethnico-religieuses du pays: le Premier ministre Ibrahim Jaafari, chiite, a pour suppléant 3 vice-Premiers ministres appartenant aux groupes chiite, kurde et sunnite.

Dans les nouveaux ministères, 17 ministres sont chiites, 8 kurdes, 5 sunnites et finalement on trouve une chrétienne assyrienne, Bassima Youssef, ministre des sciences et technologies. Bien que l’Irak soit un pays à majorité musulmane, 5 autres femmes sont présentes à la tête de divers ministères: environnement, municipalités et travaux publics, communications, migrations, et condition féminine.

Mgr Rabban al-Qas, dans une interview à l’agence italienne AsiaNews, salue certes ce nouveau gouvernement élu de façon démocratique. L’évêque d’Amadiyah estime que de nombreuses personnalités compétentes le composent, mais il regrette qu’il ait fallu si longtemps pour le former, ce qui est un signe de faiblesse.

Sa composition donne aussi trop d’importance aux aspects ethniques et religieux. «De telles divisions n’existaient pas dans le passé», affirme- t-il.

«C’est une erreur d’avoir écarté l’ex-Premier ministre Iyad Allawi!»

L’évêque chaldéen regrette que l’on pense davantage à son propre groupe ou à sa propre religion avant de penser au pays. «Avec ce critère ethnique, on a placé dans le gouvernement des personnes qui n’ont ni compétence ni histoire. Ils ont été choisis uniquement pour contenter leur groupe».

L’actuel gouvernement est bâti sur la seule «quantité» de l’appartenance religieuse, regrette Mgr Rabban al-Qas. Les chiites, par exemple, sont représentés en grand nombre. A son avis, c’est pourtant une erreur d’avoir écarté l’ex-Premier ministre Iyad Allawi: «C’est une personne qui a travaillé pour l’Irak; il a participé aux élections avec sa propre liste et il a eu un certain succès (plus de 30% des voix). Mais personnes ne l’a pris dans le gouvernement, parce que sa liste était une liste laïque, pas religieuse. Et cela, c’est une erreur!».

L’évêque chaldéen estime que l’on a voulu contenter tout le monde et diviser le gâteau du pouvoir. «On a ainsi tardé à construire un nouveau gouvernement et attendu trois mois après les élections, laissant le pays dans un vide institutionnel». Quant à la présence d’un ministre chrétien, Mgr Rabban al-Qas est dubitatif: «Cela ne m’intéresse pas que l’on soit chrétien ou non; je ne crois pas qu’il soit bien que l’on soit représentés seulement par les chrétiens. Les choix de l’Eglise doivent se porter sur des personnes qui travaillent pour l’ensemble du pays, pas pour des intérêts confessionnels ou de groupes ethniques».

Dans six mois, il y aura de nouvelles élections, déclare-t-il, et les évêques irakiens ont déjà décidé qu’il n’y aurait pas de parti chrétien. «Lors des dernières élections, les groupes chrétiens se sont tous présentés divisés en divers groupes et ils ont perdu. Avec les votes des émigrés chrétiens à l’étranger, nous aurions pu élire au moins 14 représentants. Au contraire, l’intérêt de groupes (assyriens, chaldéens, syriaques, etc.) a rendu vaine toute tentative». L’évêque d’Amadiyah reconnaît cependant que malgré tous les manquements et toutes les difficultés, le gouvernement actuel «reste un gouvernement choisi par les gens, au moyen d’élections libres, avec des représentants du peuple, même si cette représentativité n’est pas encore complète». (apic/asianews/be)

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