25 milliards d’euros de profits: l’argent de la honte

Monde: Le travail forcé: un esclavage moderne, ignoré par trop d’Etats

Paris, 12 mai 2005 (Apic) Selon une étude de l’Organisation internationale du travail, au moins 12 millions de personnes, en majorité des femmes et des enfants, doivent travailler sous la contrainte. C’est en Asie que le phénomène est le plus répandu. Mais il touche tous les continents. Autrement dit, l’esclavage moderne. et qui touche aussi des milliers d’enfants et adolescents.

Au moins 12,3 millions de personnes sont victimes du travail forcé dans le monde selon un rapport rendu public mercredi 11 mai par le Bureau international du travail (BIT), repris par le quotidien catholique français «La Croix», sous la plume de Catherine Rebuffel, qui consacre un vaste dossier à ce sujet.

«Il s’agit d’une estimation basse, car nous sommes loin de connaître tous les cas existants. Il est d’ailleurs probable que, dans quatre ans, si nous parvenons à une meilleure connaissance de la réalité, ce chiffre aura augmenté, indépendamment de l’évolution du phénomène», souligne Patrick Besler, qui a coordonné les recherches.

L’Asie est de loin le continent le plus touché, avec 9,5 millions de ces travailleurs forcés. Viennent ensuite l’Amérique latine et les Caraïbes (1,3 million), puis l’Afrique sub-saharienne (600’000), le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord (260’000). Les pays industrialisés ne sont pas épargnés par ce phénomène, avec 360’000 victimes, ainsi que ceux dont les économies sont en transition (210’000). Le BIT estime que 56% des travailleurs forcés sont des femmes et des filles, et que 40% d’entre eux ont moins de 18 ans.

Le travail forcé, qui désigne toute activité effectuée sous la contrainte ou la menace, connaît une évolution. Sous sa forme traditionnelle, il concernait surtout certaines catégories de population comme les indiens dans des pays d’Amérique latine, ou les castes les plus basses en Inde, au Pakistan ou au Népal, ou encore les descendants d’esclaves en Afrique. «Les gouvernements de ces pays sont intervenus pour améliorer la situation», explique Patrick Besler.

En revanche, le travail imposé pour rembourser des dettes demeure largement répandu, notamment en Asie du Sud. Mais il s’exerce de plus en plus dans différents secteurs de l’économie informelle, alors qu’avant, il se cantonnait au secteur agricole.

«Système de rééducation par le travail»en Chine

L’endettement, lié à des conditions de vie très précaires, est selon le BIT, un «élément fondamental de la contrainte, appuyée par la menace de violence ou d’autres sanctions à l’encontre des travailleurs et de leurs familles». Une enquête au Tamil Nadu, dans le sud de l’Inde, a montré que les dépenses engagées dans des cérémonies traditionnelles (célébration de la puberté ou mariage) se révèlent être le principal facteur d’endettement pour les familles. Viennent ensuite les dépenses consacrées à la santé de la mère et de l’enfant.

Autres responsables désignés du travail forcé: des Etats comme la Chine, même si des efforts y ont été entrepris pour réformer le «système de rééducation par le travail», ou Myanmar (Birmanie), où l’armée contraint impunément des dizaines de milliers de travailleurs.

L’exploitation sexuelle

Le phénomène de la traite concerne quant à lui 2,4 millions de personnes. Mais là encore, la réalité va probablement au-delà. «Il s’agit d’une forme plus récente du travail forcé qui se répand à l’échelle mondiale», note Patrick Besler.

S’exerçant principalement à l’égard des femmes des pays de l’Est ou d’Afrique qui font l’objet d’une exploitation sexuelle, il se situe dans les pays industrialisés pour 270’000 d’entre elles. Cette activité figure parmi les plus lucratives pour les trafiquants.

Selon le calcul effectué par le BIT, les profits engendrés par le travail forcé s’élèvent à près de 25 milliards d’euros, dont près de la moitié dans les pays industrialisés. ««L’exploitation sexuelle est bien la forme la plus lucrative, avec un bénéfice net de 52’000 euros par personne et par an», précise Patrick Besler. Il s’agit aussi de la forme la plus brutale du travail forcé qui maintient les femmes dans une situation de quasi-esclavage, après leur avoir promis des emplois réguliers pour les appâter.

Pour l’instant, seulement 84 pays sur 177 ont ratifié le protocole additionnel de Palerme adopté en 2000 par l’ONU, et destiné à réprimer la traite des personnes. (apic/cx/cr/pr)

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