En cas de non des Français, crise de crédibilité pour l’Europe

France: Mise en garde du cardinal J.-L. Tauran à propos de la Constitution européenne

Rome, 16 mai 2005 (Apic) Si les Français rejetaient le traité constitutionnel européen lors du référendum du 29 mai 2005, ce serait une crise de crédibilité aux conséquences dramatiques pour l’Union européenne, estime le cardinal Jean-Louis Tauran, bibliothécaire et archiviste du Saint- Siège.

Le prélat français s’exprimait à l’issue d’une table ronde sur « cent ans de laïcité à la française » organisée en fin de semaine par l’ambassade de France près le Saint-Siège. Répondant aux questions d’une poignée de journalistes, celui qui fut le « ministre des Affaires étrangères » de Jean Paul II pendant 13 ans est aussi revenu sur les relations entre le Saint- Siège et la Chine et l’annonce de l’ouverture du procès en béatification du pape polonais.

Un traité constitutionnel qualifié dans son ensemble de « valable »

« Le traité constitutionnel dans son ensemble est un traité valable », a déclaré le cardinal à la sortie du Centre Saint-Louis de France à Rome. « Ce n’est pas un chef d’oeuvre, mais il intègre des principes comme celui de solidarité et de respect des droits de l’homme qui sont très importants pour les croyants », a expliqué le haut prélat.

« Comme tous les traités, il peut être perfectionné, a-t-il poursuivi, mais pour le moment je crois que ce serait très dramatique si le peuple français se prononçait contre ce traité. Ce serait un mauvais signal », a insisté le cardinal devant le débat qui divise l’Hexagone quant à la ratification ou non de la future constitution européenne. Le rejet du traité par les Français serait à ses yeux « une grande crise de crédibilité pour l’Europe et la cause européenne en subirait des conséquences dramatiques car les gens diraient: cette Europe, elle existe ou elle n’existe pas, qu’est-ce que cette Europe ? », a insisté Mgr Tauran.

L’absence de référence aux racines chrétiennes de l’Europe « pas un obstacle »

Pour lui, l’absence de la référence aux racines chrétiennes de l’Europe dans le préambule du texte constitutionnel n’est pas un obstacle à la ratification du traité. « Il ne faut pas tout mélanger », a indiqué le cardinal. Cette référence dans le préambule « n’a aucune valeur juridique », mais relève de l’évocation historique.

Certes, le Saint-Siège comme beaucoup de catholiques convaincus a regretté qu’on ne sache pas relire l’histoire et reconnaître que le christianisme est la seule religion qui ait participé, contribué, à la formation des institutions européennes à travers l’école, l’exercice de la démocratie dans les monastères bénédictins, etc., a-t-il poursuivi. « C’est un regret, mais il ne faut pas non plus dramatiser ».

En ce qui concerne la liberté de religion, a-t-il souligné, le plus important est l’article 52 du traité qui assure le dialogue permanent et transparent entre les communautés religieuses et les responsables civils. Pour le haut prélat, c’est là « une chose positive ». Enfin, il a rappelé que le Saint-Siège n’était ni pour, ni contre une future entrée de la Turquie dans l’Union européenne.

Pas de progrès dans les relations avec la Chine

Si le cardinal Joseph Ratzinger – avant d’être élu pape – s’est personnellement exprimé plusieurs fois contre l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne, le cardinal secrétaire d’Etat Angelo Sodano a rappelé, le 6 octobre 2004, la neutralité du Saint-Siège en la matière. Interrogé sur le premier discours de Benoît XVI au corps diplomatique, le 12 mai dernier, le cardinal Tauran ne s’est pas étonné que le pape « exprime toute sa sollicitude avec tous les pays du monde ».

En particulier, « ceux qui sont absents aux côtés du Saint-Siège, entre autres, car ils ne sont pas les seuls, ces deux grands pays que sont l’Arabie Saoudite et la Chine ». Mais, pour l’ancien secrétaire du Saint- Siège pour les relations avec les Etats, la situation entre le Vatican et la Chine, « ne connaît pas pour le moment de développement ».

« Je n’appartiens plus à la Secrétairerie d’Etat (il l’a officiellement quittée en 2003 après son élévation au cardinalat, ndlr), mais d’après ce que je sais, il n’y a aucune évolution », a assuré le cardinal. « Ce qui nous manque jusqu’à présent c’est un canal de dialogue. Nous n’avons pas trouvé la formule magique pour nous asseoir autour d’une table et discuter des problèmes », a-t-il expliqué.

« Théoriquement nous sommes prêts », a poursuivi le cardinal, peu optimiste pour un rapprochement rapide entre l’Empire du Milieu et le Vatican. « Il y a eu des ouvertures, mais tout a été détruit par la cérémonie de béatification des 120 martyrs chinois », le 1er octobre 2000. « Beaucoup disent que les choses pourraient progresser dans le cadre des 29e Jeux olympiques à Pékin en 2008. Dans le cadre de ce rendez-vous international, la Chine pourrait faire quelques pas en avant ».

Enfin, interrogé sur l’annonce de l’ouverture du procès en béatification de Jean Paul II le 13 mai, le cardinal a souligné qu’il ne s’agissait pas pour lui d’une surprise. « C’est dans l’ordre des chose. Durant 13 ans, je l’ai vu au moins une fois par semaine, j’ai toujours eu l’impression de vivre à côté d’un saint ». (apic/imedia/hy/be)

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