Togo: La Commission «Justice et Paix» de l’archidiocèse de Lomé parle de fraudes massives

Déjà 800 morts dans les troubles ?

Lomé, 16 mai 2005 (Apic) L’élection présidentielle contestée du 24 avril dernier au Togo a été d’une façon générale «entachée par des fraudes massives», affirme la Commission «Justice et Paix» de l’archidiocèse de Lomé, la capitale togolaise.

C’est dans le but de «contribuer au processus démocratique du peuple togolais» que la Commission diocésaine «Justice et Paix» de l’archidiocèse de Lomé a dressé son propre rapport sur l’élection présidentielle togolaise. Les contestations qu’a fait naître le scrutin, qualifié de biaisé par les opposants, ont engendré de très graves violences. Le dossier détaillé de «Justice et Paix» – qui n’a pas encore été rendu public mais dont l’agence de presse missionnaire MISNA à Rome a reçu une copie – soutient que «le scrutin d’une façon générale a été entaché par des fraudes massives».

Pas admis dans les sièges électoraux

La présence d’observateurs sur tout le territoire a permis de constater plus d’une centaine d’épisodes frauduleux qui sont cités de façon détaillée, comme par exemple: «L’annulation arbitraire de bulletins, particulièrement ceux comportant les votes de l’opposition» dans le bureau de vote 1085 de la commune de Lomé, ou bien dans celui 1065, «la disparition inopinée au moment du décompte du président du bureau de vote»; et encore, dans les bidonvilles de Akodessewa Kpota, aux portes de Lomé, la «distribution aux personnes de bulletins électoraux» de la part du responsable du siège.

Les délégués de la Commission «Justice et Paix», qui avaient été formés pour ce «service de vigilance civique», lit-on dans le rapport, n’ont pas été officiellement admis dans les sièges. Les responsables de l’organisme diocésain rappellent que le Togo «est le seul pays d’Afrique occidentale qui refuse encore des observateurs locaux», à la différence du Ghana, du Bénin et du Nigeria. Il a par contre accepté des fonctionnaires internationaux pour la présidentielle d’avril, remportée par le candidat du parti au gouvernement (Rassemblement du peuple togolais RPT), Faure Gnassingbé, fils du défunt président-patron Gnassingbé Eyadéma, mort en février dernier après 38 ans au pouvoir.

Fraude généralisée

Des centaines de catholiques se sont mobilisés, bien que restant «à l’extérieur des sièges et avec discrétion», explique le document reçu par MISNA, pour garantir une présence aux centres de vote, en vérifier l’évolution et relever les résultats obtenus. Il ressort que dans près de la moitié des sièges contrôlés, des épisodes significatifs se sont vérifiés, comme: des retards dans la mise en place du matériel électoral, le vote des mineurs, le bourrage des urnes, le vote d’électeurs non inscrits sur la liste électorale, le vote multiple, l’intimidation et l’exclusion de délégués des bureaux de vote, l’irruption violente des milices et des forces de l’ordre dans les sièges électoraux et dans les centres de récolte des bulletins de vote.

«Ces différentes pratiques ont eu sans aucun doute un impact négatif sur les résultats», conclut le rapport. La Commission déplore dans ses conclusions «ce manque de transparence qui risque de déstabiliser le Togo et regrette profondément que le scrutin se soit soldé par des pertes en vies humaines». Selon la Ligue togolaise des droits de l’Homme (LTDH), au moins 791 personnes ont été tuées au Togo avant, pendant et après l’élection présidentielle du 24 avril dernier.

Selon le président de la LTDH, Adote Ghandi Akwei, un très grand nombre de personnes sont également portées disparues et des corps de victimes restent introuvables. Le rapport de la LTDH réfère en outre qu’environ 4’500 personnes ont été blessées et que de nombreux cas d’intimidations, de violations de domicile et d’enlèvements ont été dénoncés, encore récemment. «Nous n’avons pas la prétention de catégoriser l’appartenance de ces victimes, notre souci est de dénoncer les violations des droits humains», précise M. Akwei, «mais nous constatons que la répression a davantage touché les forces opposées au camp du pouvoir. Nous savons également que des soldats ont été tués, mais en raison du secret militaire, il nous est très difficile d’avoir accès à certaines informations».

Un calme «très relatif» règne actuellement à Lomé «où pas un jour ne se passe sans que l’on nous signale des intrusions nocturnes ou des intimidations. A partir de 18 heures, les rues se vident car les gens ont peur de rester dehors». Depuis la mort de Gnassingbé Eyadéma, le Togo traverse une période de crise et d’instabilité. Le décès du président- patron avait immédiatement été suivi de la nomination forcée à la présidence de l’un de ses fils, Faure Gnassingbé, objet d’une forte contestation nationale et internationale.

Sous les pressions conjuguées de diplomaties africaines et occidentales, des élections ont été organisées dans un climat de tension politique alimenté par les manifestants de l’opposition et les militaires du pouvoir, poussant près de 25’000 Togolais à fuir le pays pour se réfugier au Ghana et au Bénin. En dépit d’irrégularités dénoncées par la société civile, l’opposition politique et plus récemment dans un rapport de la Commission Justice et paix de la Conférence épiscopale, les élections ont été remportées au premier tour par Faure Gnassingbé. (apic/misna/be)

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