Rome: Des cardinaux italiens justifient l’appel à ne pas voter sur la fécondation assistée
Rome, 18 mai 2005 (Apic) A moins d’un mois du référendum en Italie sur la fécondation assistée, le 12 juin, les cardinaux Dionigi Tettamanzi et Angelo Scola justifient l’appel du cardinal Camillo Ruini à ne pas voter. Dans les quotidiens italiens «Corriere della Sera» et «Avvenire» du 17 mai, ils ont réfuté les accusations d’ingérence de l’Eglise dans les affaires publiques.
«Je pense que le débat présente un aspect positif parce qu’il attire l’attention de beaucoup» de personnes et les pousse «à s’intéresser à des questions que l’on tait souvent, alors qu’elles sont importantes et décisives pour chacun et pour la société», a déclaré le cardinal Tettamanzi, archevêque de Milan, interrogé par le «Corriere della Sera». Il a cependant regretté que les termes du débat ne soient pas toujours corrects. «La contraposition de la culture catholique et de la culture laïque» est «totalement inacceptable, a-t-il souligné, parce que la question en jeu n’est pas une question catholique mais une question pleinement humaine». «La vie humaine, le bien fondamental de chaque personne, qu’elle soit catholique ou non, croyante ou non, de droite ou de gauche, est en jeu».
Interrogé sur la question de l’ingérence de l’Eglise dans les affaires publiques, l’archevêque de Milan a répondu que «l’Eglise ne peut se dispenser d’intervenir face à des choix éthiques et législatifs de première importance». L’Eglise, «mère et maîtresse, a le devoir d’enseigner, c’est-à-dire d’annoncer la vérité de l’Evangile et de la foi avec toutes ses conséquences sur les valeurs et sur les exigences éthiques de l’homme»; elle doit, en outre, «orienter et guider ses fils, indiquant la route plus sure pour vivre en fidélité à l’Evangile».
Pour lui, les interventions du cardinal Ruini – le président de la Conférence épiscopale italienne (Cei) qui à plusieurs reprises a dénoncé le référendum et appelé les Italiens à ne pas voter – «découlent de ce ’droit- devoir’ de l’Eglise». Il s’agit pour lui, d’un ’droit-devoir’ auquel on ne peut renoncer, et qui, dans une société vraiment libre et démocratique, ne peut être sujette à aucune forme limitative et encore moins à démontrer que l’exercer est contre le bien commun». «Si on relit avec calme et honnêteté les interventions du cardinal Ruini, on note immédiatement qu’elles offrent avant tout les éléments essentiels pour un jugement éthique sur la loi soumise au référendum», a poursuivi le cardinal italien. «Je souligne aussi avec insistance la nécessité d’une information correcte et équilibrée et d’une formation attentive aux valeurs en jeu».
Ne pas voter, un acte démocratique
Interrogé sur la légitimité de l’Eglise à conseiller de ne pas voter lors du référendum, le cardinal Tettamanzi a répondu que «ce conseil est en soi totalement légitime». «Comme le précisent en effet les experts en droit et comme il a été par ailleurs indiqué par des exposants politiques de premier plan à d’autres occasions référendaires, la non participation au vote dans le cas d’un référendum abrogatif est l’un des choix possibles prévus dans notre constitution». «Ne pas voter est donc une façon d’exprimer démocratiquement la juste volonté de citoyen», a justifié le cardinal. «Au dire des juristes, dans le cas de référendums abrogatifs, à la différence des élections administratives et politiques, le devoir civique de voter ne subsiste pas. Le libre choix de voter ou de ne pas voter est un ingrédient essentiel du mécanisme référendaire», a-t-il conclu.
Le cardinal Tettamanzi a finalement rappelé que ne pas voter est une façon d’exprimer «un double non «: le non à l’aggravation de la loi 40 de 2004, et le non à un usage discutable de l’instrument référendaire guidé par des «instrumentalisations inacceptables».
La morale, la grande absente du débat
Interrogé pour sa part par le quotidien catholique «Avvenire», le cardinal Angelo Scola, patriarche de Venise, a expliqué que «le grand absent» du débat sur la fécondation assistée était «la morale». Car, «dans tout ce débat, ce qui est exclu est justement le sujet concret», l’individu. «Et, en particulier, le plus fragile et le plus faible, ce qui revient à dire l’embryon», a-t-il insisté. Si «quelqu’un vient me dire que je n’ai pas été cet unique embryon qu’ont conçu mes parents, qu’il cherche à le démontrer», a défié le prélat italien. «Ce n’est pas la doctrine catholique qui est en jeu mais la reconnaissance d’une donnée appartenant à l’expérience élémentaire de l’homme», a-t-il poursuivi, regrettant que la vie humaine soit «devenue un ensemble d’éléments matériels que l’on peut manipuler».
Interrogé également sur la prise de position du cardinal Ruini invitant les Italiens à ne pas voter, le cardinal Scola, a répondu: «Ceux qui affirment que nous sommes anti-démocratiques parce que dans ce cas nous invitons à ne pas voter se mettent sur la voie du chantage». «Parce que jamais je dois être pris par le col, comme 500’000 personnes, et contraint à me prononcer sur une matière délicate et complexe avec un grossier ’oui’ ou ’non’ à quatre questions qui, au citoyen moyen, sont obscures et extrêmement difficiles à comprendre». Pour le patriarche de Venise, «tout cela correspond à une conception purement formelle de la démocratie». «Au contraire, la position exprimée par le président de la Cei au nom des évêques italiens contient un grand réalisme et un sens très élevé de civilisation», a-t-il justifié. «Le choix de ne pas aller voter à ce référendum est un engagement de démocratie substantielle», qui cherche «à faire comprendre au plus grand nombre possible de personnes qu’un thème comme celui de la fécondation assistée mérite grandes attention et prudence et ne peut être réduit à une croix sur un bulletin».
Les détracteurs de la loi sur la fécondation assistée de 2004 ayant recueilli près de 4 millions de signatures, la Cour constitutionnelle italienne a donné, le 13 janvier 2005, son feu vert à un référendum sur la loi contestée depuis sa promulgation. Les Italiens seront consultés le 12 juin sur ses quatre aspects les plus controversés, soit l’interdiction de l’expérimentation sur les embryons, l’interdiction de la création de plus de trois embryons pour une fécondation in vitro, l’interdiction au recours à un donneur extérieur au couple, et l’article 1er concernant les droits de l’embryon. (apic/imedia/ar/bb)
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