L’Europe est devenue un ensemble de nations laïques

Rome: Le cardinal Poupard défend les racines chrétiennes du vieux continent

Rome, 20 mai 2005 (Apic) Le cardinal français Paul Poupard, président du Conseil pontifical pour la culture, a rappelé l’importance des fondements chrétiens de l’Europe et condamné le laïcisme à Cluj, en Roumanie, le 20 mai. Il est intervenu dans une rencontre avec les quatre facultés de théologie romano-catholique, greco-catholique, orthodoxe et protestante de l’université de Babe-Bolyai sur le thème ’Une Europe des peuples et des cultures: les racines chrétiennes’.

«L’Europe née de la volonté d’hommes de foi et de culture – Robert Schuman, Alcide De Gasperi et Konrad Adenauer – est l’unique modèle d’un ensemble géographique et humain qui puisse répondre aux exigences de la paix et de la liberté pour notre continent», a expliqué le cardinal. Pour lui l’Europe est avant tout un concept culturel, riche de deux millénaires d’histoire chrétienne. «Certes, l’Europe est actuellement un ensemble de nations laïques, mais toutes ont un fondement chrétien même si elles semblent – ou du moins leurs dirigeants – aujourd’hui l’oublier, voire le nier, au moins le passer sous silence – aphasie, amnésie, ce qui est du reste un phénomène très récent», a-t-il insisté.

Si «l’Europe peine tant aujourd’hui à trouver sa véritable physionomie, c’est qu’elle est traversée par un ensemble de crises qui affaiblissent sa culture et l’empêchent de construire la ’Maison Europe’ dans la conscience des valeurs communes partagées dans la pluralité des cultures», a poursuivi le cardinal Poupard. «A l’heure de l’Europe comme à celle de la mondialisation, l’un des grands défis qui se posent à nos hommes politiques et aux citoyens qui les choisissent, est celui des identités culturelles».

Le cardinal a alors rappelé que Benoît XVI a voulu prendre le nom du patron de l’Europe pour affirmer «la continuité de pensée avec son prédécesseur en ce domaine». «C’est ce qui apparaît dans ses nombreux écrits comme dans sa dernière conférence donnée comme cardinal à Subiaco, la veille de la mort du pape Jean Paul II, sur L’Europe et la crise des cultures», a rappelé le haut prélat.

Le 1er avril dernier, le cardinal Ratzinger se rendait à Subiaco, petit bourgade à l’est de Rome, où le saint patron de l’Europe, Benoît de Nurcie, a installé son premier monastère au VIe siècle. Le cardinal est allé recevoir un prix ’pour la promotion de la vie et de la famille en Europe’ et dresser à cette occasion un réquisitoire contre la «grave crise culturelle et identitaire» de l’Europe.

Condamnation du terrorisme «au nom de Dieu»

«Aujourd’hui, des pans entiers de l’Europe semblent devenus comme étrangers à cette parole» a pour sa part insisté le cardinal Poupard. «Une multitude d’hommes et de femmes sont comme emportés loin de Dieu et de l’Eglise par une culture de l’indifférence marquée par l’éclipse de Dieu». Reprenant les propos de Jean Paul II dans son encyclique Redemptoris Mater (mars 1987), le président du Conseil pontifical pour la culture a souligné que notre époque est «tout à la fois dramatique et fascinante «. Il a alors condamné le terrorisme «au nom de Dieu», l’utilisation «à des fins idéologiques d’enfants-soldats», «l’exploitation d’une main d’oeuvre facilement manipulable pour engranger le maximum de profits», la prostitution et la pédophilie.

Pour le cardinal français, «nous observons l’étrange endormissement d’une culture qui semble frappée d’une amnésie profonde», harcelée par «la mondialisation économique» et ce qu’elle véhicule pour la satisfaction «des désirs, des plaisirs, de l’avoir, du savoir et du pouvoir». Et le cardinal de s’interroger: comment pourrions-nous ouvrir la porte de la culture si nous avons perdu la clé de lecture, et avec elle tout ce qui a contribué à humaniser la vie de notre continent ?»

Cette question se pose encore plus, selon le cardinal, devant «l’accroissement de l’immigration et les risques supposés ou réels de déstabilisation des cultures traditionnelles». «De fait, c’est parce que les cultures sont porteuses d’humanité et, par là, sont ouvertes à l’universel que le dialogue est non seulement possible entre elles, mais demande à être promu pour un mutuel enrichissement entre les peuples» a poursuivi le cardinal.

«Pour créer une Europe de la liberté», il nous faut «libérer l’homme de l’illusion d’un futur meilleur qui naîtrait comme par enchantement des progrès des sciences et de la médecine, et d’une économie de marché qui rendrait toujours plus riche en dehors de toute référence religieuse et éthique», a-t-il indiqué. C’est une «utopie» et l’Europe ne doit pas oublier son «âme».

Le temps n’est plus aux grandes idéologies athéistes

«Le temps n’est plus aux grandes idéologies qui ont sécrété un athéisme virulent contre l’Eglise. Elles ont laissé place à une sorte de ’mythisation des valeurs’ sur lesquelles les politiciens entendent fonder la société de demain» a expliqué le cardinal. Il se référait à une intervention du cardinal Joseph Ratzinger, aujourd’hui Benoît XVI, sur la politique et la morale insérée dans son ouvrage Un tournant pour l’Europe. Diagnostics et pronostics sur la situation de l’Eglise et du monde, publié en 1996.

«Ce n’est pas de la religion que l’homme doit se libérer, mais du mythe d’une société sans référence à Dieu, qui serait l’idéal d’une humanité sans âme et sans propre identité. Libérer l’homme, c’est le soustraire au positivisme érigé en philosophie d’Etat, c’est lui donner de construire une société d’amour, de justice et de paix, une Europe où une laïcité réelle, au rebours du laïcisme, permette la reconnaissance du pluralisme religieux et respecte la pleine existence publique des religions et leur réelle participation aux débats de sociétés, à leurs enjeux, et à leur solution humaine» a conclu le cardinal. (apic/imedia/hy/bb)

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