« Il faut dépasser les préjugés »
Rome, 4 mai 2005 (Apic) Il faut dépasser les préjugés sur le cardinal Joseph Ratzinger en tant que préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi pour saisir le travail du nouveau pape, estime le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens.
Interrogé par l’hebdomadaire italien « Famiglia cristiana », sur l’engagement du pape en faveur de l’unité des Eglises chrétiennes, exprimée dès sa première homélie pour la messe de clôture du conclave, le 20 avril dernier, le cardinal a estimé que le « ministère de Pierre est le ministère de l’unité et de la réconciliation ».
« Je crois qu’en ce domaine aussi le pape nous offrira une nouvelle image. Il a déjà commencé avec un style de communication ouvert. Nous devons dépasser les préjugés liés à son rôle précédent. C’est un conservateur, il n’est pas fermé et entêté », a affirmé le compatriote allemand de Benoît XVI. « Il est nécessaire d’attendre et de ne pas se précipiter à lui accoler des étiquettes de droite ou de gauche ».
Par ailleurs, le cardinal en charge des questions oecuméniques au sein de la curie a souligné qu’en ce qui concerne une rencontre entre Benoît XVI et le patriarche orthodoxe de Moscou Alexis II, « il était trop tôt pour le dire et pour le moment on en a pas parlé ». Cette rencontre et un éventuel voyage du pape sur les terres orthodoxes russes est un défi hérité du pontificat de Jean Paul II. « J’espère que ce sera possible, car ce serait un énorme progrès dans l’amélioration de nos relations », a souligné le cardinal Kasper.
En ce qui concerne le dialogue avec les protestants, le cardinal a expliqué que les réactions du monde protestant à l’élection de Benoît XVI avaient été « plus ou moins positives ». « Il y a une grande attente sur la façon dont agira le nouveau pape, qui pour le moment est avant tout connu comme grand théologien ».
Enfin, le cardinal a souligné que « le nouveau défi oecuménique » relève des sectes et mouvements chrétiens tels que les néo-pentecôtistes, les néo- charismatiques. « Ils sont en grande progression surtout en Amérique et en Afrique ».
Des connaissances de longues dates
Les deux hommes se côtoient depuis 40 ans. En 2001, les deux prélats et théologiens allemands ont engagé une discussion animée par le biais d’articles et de conférences publiques sur le rôle des Eglises locales et de l’Eglise universelle. Le cardinal Kasper s’était opposé à ce qu’il avait appelé « une emphase rigide » de l’Eglise universelle correspondant à un déclin de l’autorité des évêques dans le monde. Le cardinal Ratzinger arguait alors du fait qu’on ne pouvait pas nier la primauté de l’Eglise universelle sur les Eglises locales, car l’Eglise est une réalité qui dépasse des frontières géographiques.
Par ailleurs, en 1993, le cardinal Kasper, alors archevêque de Rottenburg-Stuttgart, a été l’un de trois évêques allemands qui a laissé des catholiques divorcés et remariés accéder aux sacrements estimant que leur premier mariage était nul. Cette politique avait été stoppée en 1994 par le Vatican et le cardinal Ratzinger.
En 1999, le cardinal Kasper critiquait à son tour le ton et le contenu d’un document signé par l’ancien gardien de la doctrine de l’Eglise. Dans une série d’interventions publiques en Allemagne, le cardinal Walter Kasper avait indiqué que le texte « Dominus Iesus » qui ne reconnaissait pas aux communautés protestantes le nom « d’Eglises » était « trop bref » et remettait en cause le dialogue oecuménique. (apic/imedia/hy/pr)
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