Niger: Le Suisse Olivier Saugy et l’ONU tirent la sonnette d’alarme
Niamey, 22 mai 2005 (Apic) L’Onu a lancé un cri d’alarme au sujet du Niger. Une catastrophe humanitaire silencieuse se prépare dans le pays, a-t-elle affirmé. Sur place, tous les indicateurs indiquent une aggravation de la pauvreté. Les causes en sont: la désertification, le manque de pluie, les criquets, la poussée démographique.
« Les deux facteurs clés, sécheresse et criquets, ont vulnérabilisé à peu près 3,8 millions de personnes, soit presque 30% des 12 millions d’habitants que compte le Niger », a déclaré le Suisse Olivier Saugy, Directeur des Opérations de l’Organisation Non Gouvernementale chrétienne, « Vision Mondiale » au Niger, interrogé par l’Apic. « Nous estimons aussi que le manque de pâturages, dû au déficit de pluies et à l’invasion acridienne condamne un tiers des animaux », a-t-il poursuivi.
Selon l’Onu, il y a environ un million d’enfants en bas âge qui souffrent de la faim au Niger. Une majorité d’entre eux est très mal en point. Il faut mobiliser d’urgence 180 millions de dollars pour éviter un désastre et une aide humanitaire massive. Elle doit concerner en priorité les enfants, les femmes enceintes et celles qui allaitent des bébés.
« L’année dernière, jusqu’à la fin septembre, il n’y a pas eu de criquets. Ce n’est qu’après il y a eu des invasions avec des essaims, au moment de la récolte du mil », a rappelé Olivier Saugy. « Dans deux régions, à Tilabéri et Taoua (ouest), les criquets ont tout mangé. Il y a une zone de reproduction naturelle des criquets au Niger. Le pays est donc vulnérable, surtout dans sa partie désertique au nord. Cette année, ils sont descendus vers le sud. Un fait rare », a-t-il poursuivi.
Criquets + sécheresse = catastrophe
Le Niger a connu deux années de bonnes récoltes, en 2002 et 2003. « Mais en 2004, l’effet criquets s’est ajouté à une sécheresse précoce, à cause de l’arrêt des pluies dès le début septembre. Le sorgho, qui est l’une des cultures principales a échoué. Dans certains villages, il y a eu qu’un peu de mil. Pas d’arachide, ni de niébé (variété de haricot) ». Dans de tels cas, les hommes de la région de Tilabéra émigrent dans les pays voisins: Burkina, Mali, Nigeria. Les femmes sont restées sur place jusqu’à épuisement total des maigres réserves alimentaires. « Dès qu’il n’y a plus rien, elles vont se rabattre maintenant sur Niamey, la capitale », a fait remarquer Oliver Saugy. « Actuellement, on constate un accroissement de la population rurale dans les quartiers périphériques de Niamey ». « Elle s’y s’entasse. Les femmes font de petits boulots, tel que piler le mil pour une pièce de 25 francs Cfa (0,05 Frs). Il y a aussi des enfants conducteurs d’aveugles ». « La petite délinquance urbaine se développe à cause de cet exode ».
« Le problème auquel nous sommes maintenant confrontés, c’est quand il y a une sécheresse ou une famine de ce type, certains pères de famille quittent leur domicile pour travailler dans les mines d’or. Il y a dès lors un accroissement de la population dans ces mines. Ce qui peut provoquer un développement du sida ». « Jusqu’ici, selon Saugy, le Niger est relativement protégé contre la pandémie, avec un taux de prévalence de 1% ». « Mais l’exode des populations est facteur d’aggravation de la situation ».
L’Etat nigérien n’est pas resté les bras croisés. Il mis en place un plan d’urgence d’aide alimentaire de 80’000 tonnes de céréales aux populations. Cette assistance couvre les premiers 40% des besoins alimentaires du pays, en estimant que les communautés locales auront « une petite capacité de se débrouiller ». Il a aussi distribué des céréales à des prix modérés dans les zones où les cultures ont été détruites. « Il y a un besoin très important d’aide alimentaire dans le pays où dans certaines régions, c’est la même situation qu’au Darfour qui est en pleine crise humanitaire », a encore relevé Olivier Saugy. IBC
Encadré:
Les activités de World Vision au Niger
World Vision (ou Vision Mondiale) est une organisation d’entraide de développement créée il y a 50 ans, à la suite de la guerre de Corée, avec comme première activité, la prise en charge des orphelins de la guerre. Depuis, elle s’est investie dans les grandes crises humanitaires, comme la sécheresse des années 80 en Ethiopie. Puis elle a ajouté à ses activités, les problèmes des communautés à la base dans les domaines de l’hydraulique, de la santé, ainsi que des projets agricoles et d’éducation. Depuis 1998- 99, elle mène des projets urbains de lutte contre la délinquance juvénile à Nouakchott (Mauritanie), Niamey, Kaolack (Sénégal). Il s’agit de soutiens à de petits projets de groupements d’hommes et de femmes. L’Ong veut collaborer avec des structures étatiques privées pour aider à l’apprentissage des jeunes, grâce à la mise en place de micro-crédits.
La lutte contre le sida au Niger va occuper de plus en plus World Vision, à cause de la progression de la maladie en Afrique. Alors que dans l’ensemble du pays, le taux de prévalence est de 1%, voire même moins, dans certaines régions, comme à Niamey, il est de 2%. Les différentes actions de l’organisation au Niger sont financés par des privés du Canada, des Etats- Unis, de Grande-Bretagne, de Nouvelle Zélande, ainsi que de Suisse, où quelque 4’500 personnes financent le programme de développement d’un enfant. (apic/ibc/bb)
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