Pour une résistance à la vaudoise dans tous les cantons

Renens: Pax Christi Suisse désapprouve la politique d’asile suisse

Déo Negamiyimana pour l’Apic

Renens, 22 mai 2005 (Apic) Lors de son Assemblée générale tenue le 21 mai à Renens, Pax Christi Suisse a dénoncé la politique nationale en matière migratoire. Après avoir écouté les invités, actifs dans l’accompagnement des requérants d’asile, les membres du Mouvement catholique ont choisi de résister à la politique de durcissement de la loi sur l’asile.

Une cinquantaine de membres de Pax Christi, section Suisse, sont venus de tous les cantons romands à Renens, commune de l’ouest-lausannois.

Au nom de la section suisse d’Amnesty International, Denise Graf, juriste et coordinatrice pour les réfugiés au sein de l’organisation, affiche toute son indignation face au durcissement de la loi sur l’asile. Pour elle, les autorités politiques représentées par le Conseiller fédéral Christoph Blocher sont en train de franchir les limites de l’acceptable. «Tout récemment, affirme-t-elle, un requérant d’asile camerounais s’est vu maltraité par la police dans le canton de Zurich. Toutes ses affaires lui ont été confisquées. Il a été frappé dune décision de non entrée en matière parce qu’il n’avait aucun papier officiel sur lui». Denise Graf cite un autre cas qui s’est produit quelques jours plus tard. Une Nigériane sans aucune pièce d’identité s’est vue ligotée et placée dans une chaise roulante jusqu’à l’aéroport pour expulsion.

La dignité humaine n’est pas modulable

Commentant cette brutalité dont la police use pour contraindre les gens à retourner chez eux, la militante des droits humains voit là une grande faiblesse de l’autorité fédérale. Selon elle, aussi bien le Conseil des Etats que le Parlement se laissent manipuler par Christophe Blocher. «Autrement, dit-elle, comment comprendre le comportement contradictoire de nos politiciens? Ils condamnent l’illégalité alors qu’eux-mêmes laissent tomber les gens dans l’illégalité en leur refusant l’octroi de papiers. Ils savent que dans certains pays et dans de nombreuses circonstances, il est impossible de s’en procurer.»

Pour sa part, le pasteur Jean-Pierre Zurn de l’Aumônerie genevoise oecuménique auprès des requérants d’asile et des réfugiés (AGORA) témoigne des initiatives entreprises pour garder la dignité humaine des personnes frappées de non entrée en matière. «Nous considérons, dit-il, que la dignité humaine n’est pas modulable au grès des juristes et autres autorités. C’est ainsi que nous voulons reconnaître cette valeur même dans les personnes pour qui le droit d’asile a été refusé. Nous leur octroyons donc une carte de membre qui fait fi des catégories administratives, des jugements humains, des étiquettes, des rumeurs et des sobriquets.»

Tous les intervenants ont souligné le caractère inquiétant du durcissement de la loi sur l’asile. Au Point d’appui, un espace multiculturel des Eglises catholiques et réformées du canton de Vaud, on ne reçoit que des personnes démoralisées. Jean-Pierre Barbey, prêtre et médiateur à cet espace, cite un jeune homme tombé dans l’illégalité. «Au moment où je lui demandais comment il allait, il m’a recommandé de ne plus jamais lui poser la question, en me faisant comprendre par là que je savais que les nouvelles étaient tous les jours mauvaises». Même récit de la part d’Hélène Küng, pasteure et aumônière au Centre d’enregistrement de Vallorbe. «J’aurais aimé qu’on m’appelle aumônière d’entonnoir ou aumônière du tunnel», souligne-t-elle, signifiant combien le centre est un lieu de suspicion à l’égard des requérants qui arrivent. «On les décourage, confie- t-elle, avant même qu’ils aient donné leurs motifs de demande d’asile».

Eglises en avance

Les membres de Pax Christi Eglises se sont interrogés sur l’attitude que doivent adopter les Eglises face aux choix politiques actuels. Adrien- Claude Zoller, coprésident de Pax Christi suisse, recommande une résistance individuelle d’abord, avant d’attendre une action venant d’en haut. Mais il reconnaît que les Eglises sont aussi en avance et que leur positon est opposée à celle de la Confédération. La recommandation de Zoller a vite été soutenue par de nombreux participants dont le Fribourgeois Bernard Bavaud, ancien rédacteur à l’Apic, qui a déjà été poursuivi pour avoir hébergé des sans papiers. «Je ne suis pas découragé et j’ai même refusé de payer l’amende», indique-t-il, recommandant le modèle de résistance à la vaudoise pour tous les autres cantons. (apic/dng/bb)

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