Fribourg: Conférence de l’historien de l’Eglise Victor Conzemius
Fribourg, 22 mai 2005 (Apic) Dans une Suisse épargnée par la guerre et les épreuves antireligieuses, le pays n’a pas été soumis comme d’autres aux remises en question du christianisme, ce qui a sans aucun doute conduit à limer le profil et les exigences du credo chrétien. C’est la thèse qu’a défendue le fameux historien de l’Eglise lucernois Victor Conzemius vendredi au cours d’une conférence à Fribourg à l’occasion des 50 ans de la coopérative Apic/Kipa.
Dans son exposé sur 50 ans d’aléas de l’Eglise catholique en Suisse, Victor Conzemius, natif du Luxembourg, un pays au «catholicisme fortement clérical et imprégné du culte marial», a rappelé qu’il connaissait la Suisse et son catholicisme depuis ses études théologiques à la fin des années 40 à Fribourg. Né en 1929, ordonné prêtre en 1955, l’abbé Conzemius a été professeur d’histoire de l’Eglise à la Faculté de théologie de Lucerne. Auparavant, il a été engagé au plan pastoral et comme enseignant en Allemagne, en Irlande et au Luxembourg. Depuis 1980, il écrit comme journaliste libre.
Disparition du milieu catholique et pluralisme des opinions
Dans son large tour d’horizon sur les 50 dernières années de l’Eglise catholique en Suisse, Victor Conzemius a décrit en particulier les développements dans le diocèse de Bâle. Le Concile Vatican II (1962-65) a accéléré la désagrégation du «milieu catholique», qui s’annonçait déjà dans les années 1950. Le consensus et le conformisme sociologique émanant de ce milieu ont fait place à un «pluralisme des opinions».
Selon Victor Conzemius, la crédibilité des institutions ecclésiales et les règles de comportement ont été mises en doute par certains, parce que pour eux, l’adaptation de la vie et des structures de l’Eglise à la réalité sociale se faisait trop lentement et en traînant les pieds; d’autres, par contre, ont eu des difficultés parce qu’à leur avis, la mise en oeuvre du Concile dans la réalité pastorale survenait de façon trop brusque. Dans ce contexte, il était exigé des évêques une bonne dose de «prudence pastorale», parce qu’ils devaient non seulement concilier les diverses tendances, mais également faire attention que, dans cette frénésie de réformes spontanées, le contact ne se perde pas avec l’Eglise universelle.
Les évêques de Bâle ont tout à fait utilisé l’espace de liberté qui leur revenait pour trouver une meilleure adéquation de la pratique ecclésiale et sacramentelle avec la situation socio-pastorale à laquelle ils étaient confrontés, a relevé Victor Conzemius. Il est vrai aussi qu’il est arrivé que des agents pastoraux aient de leur propre chef introduit leurs propres «réformes», provoquant chez plus d’un fidèle des dérangements durables.
L’importance des structures de droit ecclésiastique en Suisse
L’introduction des structures de droit ecclésiastique en Suisse a eu un effet profond sur l’Eglise catholique dans le pays. Celles-ci ont peu à peu pris un bien plus grand poids que les Conseils pastoraux mis en place en vertu du droit canonique, selon ce que voulait le Concile. Ce qui dans ce contexte a provoqué à maintes reprises des tensions entre l’évêque et certains synodes cantonaux, qui ne devraient cependant pas être dramatisés, estime Victor Conzemius.
Car il est inévitable que de telles structures synodales soient le reflet des demandes pressantes du peuple catholique, notamment en ce qui concerne la non desserte de nombreuses paroisses en raison du manque de prêtres, comme c’est le cas par exemple ces dernières années de façon prononcée dans le canton de Lucerne. Pour Victor Conzemius, la pression pour changer les conditions d’accès au sacerdoce en soulignant le droit fondé qu’ont les fidèles à recevoir la communion est de ce point de vue compréhensible. Dans les sphères aériennes de la curie romaine, il manque la sensibilité pour la cette détresse de l’Eglise locale qui favorise la sécularisation et remet en question la transmission de la foi.
L’attitude de soumission sans problème de l’Eglise suisse à Rome jusque dans le milieu du 20e siècle a été remise en question avec le Concile, avant tout sous les coups de boutoir de théologiens et de laïcs de tendance progressiste. Cette révolte ouverte ou cachée a basculé dans une âpre critique, a relevé Victor Conzemius. L’»affect anti-romain» et la critique de l’Eglise sont devenus quasiment un réflexe automatique; au fil des années, ces réflexes se sont quasiment institutionnalisés, en perdant toute mesure, et sans faire l’effort d’analyser ses propres déficiences.
L’»affaire Haas» et ses suites
L’»affaire Haas» a fait de très gros dégâts en Suisse, a souligné l’historien de l’Eglise. La nomination de l’évêque auxiliaire de Coire comme évêque diocésain à la fin des années 1980 a durablement affecté l’autorité épiscopale et a eu des conséquences particulièrement négatives en Suisse alémanique. Ce conflit qui a duré des années – et dont la curie romaine n’a pas mesuré la portée et le sérieux – n’a pas seulement nourri l’»affect anti-romain», mais a également représenté un «alibi bienvenu» pour ceux qui désiraient de toute façon sortir de l’Eglise, a-t-il déclaré de façon critique.
Finalement, le publiciste catholique qu’il est a déploré les suites de l’effondrement de la presse catholique en Suisse, qui a conduit à un vide qui n’a pas été rempli. Certes, a-t-il ajouté, la voix de l’Eglise n’est pas tout à fait muette dans le public, mais il s’agit désormais plutôt d’un murmure. L’historien émérite conseille ainsi aux catholiques de réfléchir ensemble avec les réformés sur ce qui peut être fait «pour renforcer la présence de l’Eglise dans les médias séculiers». Pour lui, la presse régionale suisse doit redécouvrir cette évidence que le «’fait religieux» est aussi un «fait culturel».
Avis aux rédactions: Des photos de Victor Conzemius sont disponibles auprès de l’agence Ciric (Pérolles 36, CH-1700 Fribourg, Tél. 026 426 48 38, Fax 026 426 48 36, Courriel ciric@cath.ch. (apic/job/be)
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