Saint-Maurice: Dédicace du nouvel autel de la Basilique en présence du cardinal Schwery
Pour l’Apic: chanoine Olivier Roduit
Saint-Maurice, 31 mai 2005 (Apic) Dimanche 29 mai, la Basilique de Saint- Maurice a vibré au rythme d’une célébration rare, particulièrement riche en signes et en symboles, l’une des «perles de la liturgie». La dédicace par le cardinal Henri Schwery du nouvel autel de la Basilique récemment restaurée.
Depuis septembre 2004, la Basilique de Saint-Maurice était fermée pour permettre le réaménagement du choeur et la refonte totale de l’éclairage. Dans un coup d’audace, mais avec l’accord des représentants des monuments historiques, l’ancien chancel de 1948 – cette sorte de barrière de tuf fermant le choeur – a été supprimé pour laisser place à un large espace de célébration ouvert sur la nef, au milieu duquel trône l’autel massif taillé dans une superbe pierre noire.
Un nouveau dallage, alliant le vert de la serpentine au rouge d’un marbre de Carcassonne, a permis à l’architecte parisien Jean-Marie Duthilleul d’exprimer avec force le sacrifice des martyrs, dont le sang est venu arroser la terre d’Agaune il y a plus de 1700 ans.
C’est donc dans ces lieux liturgiques réaménagés et hautement symboliques, bordés des stalles marquetées du XVIIIe et complétés d’un mobilier contemporain dessiné par l’architecte, que s’élèvent quotidiennement, aujourd’hui comme il y a quinze siècles déjà, la prière des chanoines pour l’Église et pour le monde.
Le plus ancien monastère d’Occident continuellement en activité
Dimanche dernier, la foule des fidèles a pu assister aux rites fort anciens et très significatifs de la dédicace, au cours d’une célébration émouvante, présidée par le cardinal Schwery, évêque de Sion émérite et chanoine d’honneur de l’Abbaye. Il était entouré de l’Abbé de Saint-Maurice, Mgr Joseph Roduit, de son prédécesseur Mgr Henri Salina, ainsi que des chanoines du plus ancien monastère d’Occident continuellement en activité. Le cardinal a d’ailleurs été accueilli par Mgr Roduit comme le successeur de saint Théodule, premier évêque de Sion connu, qui construisit, vers 380, la première église en l’honneur des martyrs thébains.
Parmi les fidèles, on relevait la présence des architectes et de nombreux artisans des divers corps de métier qui sont intervenus au cours de travaux.
L’Ensemble Vocal de Saint-Maurice, dirigé par Pascal Crittin, ainsi que les chanoines Georges Athanasiadès au grand-orgue et François Roten à l’orgue de choeur, rehaussèrent par leurs chants et leur jeu cette liturgie de fête.
La célébration commença par un long rite de l’aspersion qui aboutit au «lavage» de l’autel et de l’ambon. Après la liturgie de la Parole, on invoqua tous les saints par le chant polyphonique des litanies. Les reliques des martyrs thébains furent alors déposées dans le «sépulcre», petite cavité aménagée dans le bloc de pierre de l’autel, qui fut ensuite scellé par le maître marbrier. Ce geste signifie que nous trouvons notre repos en Christ et que nous «achevons en nos corps son sacrifice», participant ainsi humblement à son acte sauveur.
Le cardinal chanta ensuite la grande prière de dédicace qui commémore l’agir de Dieu, lui qui s’est jadis manifesté autour des autels que les Anciens avaient coutume de lui vouer.
Cinq croix pour les cinq plaies du Christ
La basilique fut remplie d’un magnifique parfum lorsque le cardinal oignit l’autel avec le Saint Chrême versé sur les cinq croix gravées, croix qui évoquent les cinq plaies du Christ. L’huile parfumée fut généreusement étendue sur toute la surface de la table sainte, la consacrant ainsi pour le service liturgique. Le célébrant alluma enfin cinq colonnes de feu et d’encens, signes de la présence mystérieuse de Dieu vers qui montent nos louanges et nos supplications.
L’eau, l’huile parfumée, le feu et l’encens ont ainsi préparé l’autel pour la célébration de l’Eucharistie qui traditionnellement «consacre» l’autel au service de Dieu.
Dans son homélie, le cardinal Schwery attira l’attention de tous sur le sens profond de ces gestes : «L’humanité, et chacun de nous, nous suivons ce chemin préalablement parcouru de bout en bout par le Christ révélé, incarné, offert, ressuscité et monté au ciel. L’autel de nos églises résume tout ce chemin de l’humanité, commencé avec le sacrifice d’Abel, puis la stèle de Jacob et jusqu’au Calvaire, chemin qui est aussi le nôtre et présuppose pour chacun un «viatique» au quotidien. Auprès de l’autel, jour après jour, nous venons nourrir notre âme et, en quelque sorte, nous incorporer au Christ, seule nourriture de vie éternelle.»
Le cardinal termina par ces voeux fraternels : «Je vous souhaite en ce jour une belle fête aux échos prolongés tout au long de votre vie. près de cet autel. Aimez votre basilique, dont l’harmonieux assemblage des pierres nous donne une image de l’Église. Aimez votre abbatiale, comme une stèle de Jacob, témoin de la culture de nos ancêtres, devenue par la grâce de Dieu un écrin pour l’autel qui représente le Christ.» (apic/or/vb)
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