Afflux massif de réfugiés dans une mission catholique

Côte d’Ivoire: Plus de 40 morts dans des massacres dans l’Ouest du pays

Abidjan, 2 juin 2005 (Apic) Près de 10’000 personnes ont trouvé refuge, dans la nuit de 31 au 1er juin 2005, à la mission catholique de Douékoué, à l’Ouest de la Côte-d’Ivoire, à la suite de massacres qui ont fait plus de 40 morts et une soixantaine de blessés.

Selon une religieuse de la paroisse, les gens arrivent par milliers. Un couvre-feu a été décrété dans la région et des renforts militaires ont été envoyés sur place. Des hommes armés non identifiés ont attaqué, dans la nuit de mardi à mercredi, deux villages de la région de Douékoué, Guitrozon et Petit Douékoué et tué une quarantaine de personnes.

« Nous avons vu plusieurs dizaines de cadavres, ainsi qu’une soixantaine de blessés que nous avons évacué à l’hôpital de Daloa, situé non loin de là », a déclaré à la BBC Kim Gordon-Bates, chargé de presse du Comité International de la Croix-Rouge (CICR) à Abidjan. D’après Soeur Marie, une religieuse de la mission catholique de Douékoué, les réfugiés sont arrivés paniqués à la mission catholique. Les victimes ont été tuées par balles, brûlés vives, ou à coups de machettes ». Outre le CICR, l’Unicef, Médecins Sans Frontières, Save The Children, assistent les réfugiés, qui manquent de tout.

Représailles

Le maire de Douékoué et des autres habitants de la commune ont précisé que toutes les victimes sont des Guérés, une ethnie autochtone de la région. Il n’y a pas d’indications précises sur l’identité des hommes armés qui ont mené l’opération. Toutefois, un rescapé a indiqué que c’étaient des chasseurs traditionnels, originaires du nord du pays.

Ils ont réagi en représailles, après le meurtre de quatre personnes de l’ethnie Dioula, tués apparemment par des Guérés. Dioulas et Guérés s’opposent souvent pour le contrôle des terres, ce qui entraîne une cohabitation difficile entre les deux communautés. Le mois dernier, déjà, des affrontements ont eu lieu entre les deux ethnies, qui ont fait entre 30 et 60 morts.

Selon le réseau régional intégré d’information de l’ONU, l’IRIN, les attaquants faisaient partie d’un groupe d’hommes non identifiés armés de fusils de chasse et de machettes. Un groupe d’hommes non identifié a attaqué mercredi à 3h du matin dans leur sommeil des habitants de deux villages situés à proximité de la ville de Douékoué. Un représentant du ministère ivoirien des Affaires sociales, M. Blé, a déclaré que l’attaque était « terrible » et « bien organisée ». Il a précisé que des milliers de villageois apeurés tentaient de trouver refuge à la mission catholique et à la mairie de Douékoué, ville située à quelque 500 km de la capitale économique Abidjan.

Loi du talion

Près de 10’000 personnes avaient fui leur domicile en mai dernier et s’étaient réfugiées à la mission catholique à la suite d’affrontements entre certains membres de la communauté autochtone et des allogènes qui ont fait des dizaines de morts. La loi du talion prévaut dans cette région instable de la Côte d’Ivoire, un pays coupé en deux depuis le début de la guerre civile, avec une zone Sud sous contrôle des forces gouvernementale et une région Nord aux mains des forces rebelles, depuis septembre 2002 à la suite de la tentative de coup de force des rebelles visant à renverser le président Laurent Gbagbo.

Douékoué se trouve à proximité de la zone de confiance contrôlée par les forces de maintien de la paix de l’ONU qui est située entre les positions des deux belligérants. Dans cette localité se trouve l’ONUCI, la Mission des Nations Unies en Côte d’Ivoire. Cette ville est entourée de plantations luxuriantes et de fertiles et représente une importante région de culture du cacao. Peu de temps après la tentative avortée du coup d’Etat de 2002, des milliers de paysans étrangers ont été chassés de leurs plantations par les populations autochtones qui les accusaient d’être des sympathisants du mouvement rebelle des Forces nouvelles. (apic/ibc/irin/be)

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