Côte d’Ivoire: Les violences entre l’ethnie Dioula et de celle Guéré se poursuivent
Abidjan, 7 juin 2005 (Apic) «Il est difficile de faire un recensement mais je peux vous assurer que nous accueillons environ 15’000 personnes», affirme à l’agence catholique MISNA le Père Juan Ruiz, un des 4 missionnaires salésiens qui gèrent la Mission catholique de Sainte Thérèse à Duékoué. Cette ville de l’ouest de la Côte d’Ivoire est le théâtre depuis plusieurs jours de violences entre de jeunes groupes armés membres de l’ethnie Dioula et de celle Guéré.
«Les uns comme les autres se sont réfugiés ici chez nous. Les gens ont peur, le tension est élevée et nous avons un peu tous la sensation qu’il n’y a pas une grande volonté de mettre fin à ces vengeances réciproques qui, entre cette nuit et l’aube ont fait de nouveaux morts» ajoute Père Ruiz, en soulignant que «4 ou 5 autres personnes ont été tuées ces dernières heures».
Dans les affrontements de ces derniers jours au moins 60 personnes ont perdu la vie, selon le bilan diffusé par la Mission des Nations unies en Côte d’Ivoire (MINUCI). «Ici à la mission, les gens entrent et sortent. La nuit cependant ils reviennent tous ici, se rassemblant dans la cour intérieure où ils se sentent un peu plus à l’abri. Grâce à l’aide de la Croix Rouge internationale et à UNICEF nous leur donnons de la nourriture et des aides depuis une semaine désormais» raconte encore à la MISNA le missionnaire. «Pour être sincère, ce qui préoccupe le plus tout le monde est que l’on ne parvient pas à voir la fin de ces luttes, comme si cela arrangeait quelqu’un».
Un pays coupé entre loyalistes et ex-insurgés
La zone occidentale du pays, riche en cultures de cacao et de café, est depuis longue date au coeur de tensions entre les diverses ethnies la peuplant, pour la propriété des terres et le contrôle des plantations, en particulier entre les populations autochtones d’agriculteurs Guéré et d’autres ethnies, comme celle Dioula, des commerçants et transporteurs originaires du nord. Les tensions ethniques, impliquant notamment les Dioulas, sont séculaires mais plusieurs sources de la MISNA font remarquer qu’elles se sont exacerbées depuis l’éclatement de la crise du 19 septembre 2002, lors de la tentative de renversement du président Laurent Gbagbo. Depuis cette date, le pays est coupé en deux, avec la moitié sud (dont Duékoué) contrôlée par le camp loyaliste et la moitié nord par les ex- insurgés.
Le risque réel est que les affrontements de Duékoué puissent être utilisés par les protagonistes de la crise politique ivoirienne pour retarder le lancement d’un important programme de désarmement, qui, avec les élections, représente un pas en avant fondamental pour le retour à la normalité du pays. (apic/misnsa/bb)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse