Genève: Le dialogue interreligieux à l’épreuve du temps
Laurette Heim, pour l’Apic
Genève, 12 juin 2005 (Apic) La Conférence interreligieuse qui a été organisée par le Conseil oecuménique des Eglises (COE) s’est achevée le 9 juin à Genève. Les quelque 130 participants responsables religieux, chercheurs, militants des droits de la personne, travailleurs sociaux, de 44 pays, sont convaincus que le discours doit aboutir à une action créative.
Les trois jours travaux ont débouché sur l’élaboration d’un document intitulé « Avec humilité et espérance ». Aujourd’hui, ont soutenu les participants, la question n’est plus de savoir s’il y a besoin d’un dialogue interreligieux mais comment faire pour qu’il soit constructif. Comment créer des modèles pour transformer le dialogue et les idées en actions créatives. Comment faire pour que les problèmes politiques et sociaux ne deviennent pas des problèmes religieux. En fait, « les religions doivent donner une partie de la solution au lieu d’être un problème », a affirmé le rabbin Ehud Bandel, de Jérusalem. Il faut « vivre ce que nous prêchons », a-t-il ajouté. C’est ainsi que son rêve, dit-il en hommage à Martin Luther King, est d’avoir un dialogue interreligieux chez lui, sans venir à Genève.
La vénérable Bhiksuni Chuehmen Shih de Taïwan indique qu’il existe dans le bouddhisme le concept de co-existence: l’unité dans la diversité et la diversité dans l’unité. Cette interdépendance fait qu’un événement comme les attentats du 11 septembre 2001, qui n’a pas qu’une cause, affecte tous les citoyens du monde. La vérité est universelle, continue-t-elle, mais rien n’est facile et dans un but de paix, chacun doit faire des efforts et des actions, coopérer et avoir des amitiés positives.
Rêver d’avenir, mais changer le présent en tenant compte de l’idéologie de la peur et être réaliste quant aux difficultés de vivre dans ce monde aujourd’hui. Voilà l’essentiel pour Tariq Ramadan, professeur d’islamologie de Genève, qui ajoute: « Sur le fond, les partisans du dialogue ne sont pas minoritaires mais certains nous voient comme des naïfs ».
Transformer le dialogue en cohabitation
Le dialogue interreligieux, pour Samuel Kobia, secrétaire général du COE, est une « aventure » qui n’a plus peur, comme il y a 30 ans, du syncrétisme. Selon lui, « ce que nous pouvons faire ensemble, il ne faut pas le faire seul ». Le catholicos arménien Aram 1er, président du Comité central du COE, prône également la lutte contre la violence, au nom de la religion. Il met la priorité à l’éducation religieuse et interreligieuse en soulignant qu’elle donne une fidélité à sa propre religion et une sensibilité à celles des autres. Pour que le dialogue soit effectif, il doit être contextuel, concret et critique. Ainsi, le champ des réflexions s’élargira et sera capable de transformer le dialogue en cohabitation, a-t- il encore affirmé.
Le problème des génocides culturels a été rappelé par Marion Best, vice-modératrice canadienne du COE. C’est un des points importants de cette conférence: aujourd’hui, il s’agit d’inclure les traditions primaires et indigènes, d’arrêter la destruction des lieux de cultes et de respecter les convictions d’avant les colonisations. Quant aux conversions, le sujet crée des tensions, des violences et des colères entre les différentes communautés religieuses. A ce propos, la COE et le Vatican font une distinction entre prosélytisme et témoignage. La question est donc d’identifier clairement le prosélytisme afin de mieux saisir la valeur du témoignage dans certaines religions.
Le document final, fruit de cette conférence, sera apporté au prochain Forum social de Porto Allegre, a indiqué Samuel Kobia, pour en signifier la priorité. (apic/lh/bb)
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