Italie: Le référendum sur la procréation assistée est invalidé en raison des abstentions
Rome, 14 juin 2005 (Apic) La très forte abstention au référendum italien des 12 et 13 juin 2005 sur la procréation médicalement assistée entraînera son invalidation. Selon les chiffres communiqués le 13 juin au soir par le ministère italien de l’Intérieur, trois Italiens sur quatre ne se sont pas rendus aux urnes. Victoire pour les évêques italiens et le pape, qui avaient appelé les électeurs à l’abstention.
Sur les 50 millions d’électeurs, seuls 25,9% se sont déplacés, ne permettant pas la validité du référendum d’initiative populaire qui requérait le quorum de 50% de votants plus une voix pour être valable. Les Italiens devaient se prononcer les 12 et 13 juin sur quatre questions relatives à la loi : l’article 1er de la loi du 10 février 2004 concernant les droits de l’embryon ainsi que sur l’interdiction de l’expérimentation sur les cellules embryonnaires, l’interdiction de la création de plus de trois embryons pour une fécondation in vitro et l’interdiction au recours à un donneur extérieur au couple.
Selon la constitution italienne, un référendum d’initiative populaire en vue de l’abrogation totale ou partielle d’une loi peut avoir lieu à condition de recueillir un minimum de 500’000 signatures d’électeurs. Ainsi, les détracteurs de la loi ayant recueilli près de 4 millions de signatures, la Cour constitutionnelle italienne avait donné son feu vert, le 13 janvier 2005, à un référendum abrogatif sur la loi contestée.
Appel de l’épiscopat à l’abstention
Le cardinal Camillo Ruini, vicaire de Rome et président de la Conférence épiscopale italienne, avait alors appelé les électeurs italiens à l’abstention. Le 7 mars 2005, dans son discours d’ouverture de la session de printemps de la Conférence des évêques, il avait renouvelé sa demande aux catholiques italiens de ne pas participer au référendum sur la procréation assistée.
Ces appels avaient été justifiés à plusieurs reprises par différents hauts dignitaires de l’Eglise italienne parmi lesquels les cardinaux Dionigi Tettamanzi et Angelo Scola, respectivement archevêque de Milan et patriarche de Venise, ainsi que par le président de l’Académie pontificale pour la vie, Mgr Elio Sgreccia.
Benoît XVI intervient dans le débat
Benoît XVI avait directement pris part au débat. Le 30 mai dernier, dans son discours aux membres de la Conférence épiscopale italienne, il avait soutenu l’engagement des évêques italiens concernant ce référendum. « Vous êtes actuellement engagés à éclairer et à motiver les choix des catholiques et de tous les citoyens au sujet du référendum imminent sur la procréation assistée », leur avait-il déclaré. « Dans un tel engagement, je vous suis proche par la parole et la prière », avait-il ajouté.
Intervenant à l’occasion de l’ouverture d’un congrès du diocèse de Rome sur la famille dans la soirée du 6 juin, le pape s’était aussi fermement opposé aux manipulations sur les embryons, affirmant qu’il est « contraire à l’amour humain, à la vocation profonde de l’homme et de la femme (…) de supprimer ou d’altérer la vie à naître ».
Le résultat de ce référendum diffère largement des précédentes consultations référendaires au cours desquels les papes et l’Eglise catholique italienne s’étaient engagés. Ainsi, en mai 1974, les Italiens étaient invités à s’exprimer en vue d’abroger la loi du 1er décembre 1970 autorisant le divorce. L’Eglise catholique italienne, sous le pontificat de Paul VI, s’était alors prononcée pour le ’oui’ en vue de l’abrogation de la loi. Mais c’est le ’non’ qui l’avait emporté avec plus de 59% des voix.
L’avortement, une grave offense aux droits humains
Le 10 mai 1981, devant quelque 70’000 personnes, dont des membres du ’Mouvement italien pour la vie’, Jean Paul II avait prononcé des paroles fortes pour soutenir le référendum visant à abroger la loi du 29 mai 1978 autorisant l’avortement. « L’Eglise considère toute législation favorable à l’avortement comme une grave offense aux droits essentiels de l’homme et au commandement de ’ne pas tuer’ », avait alors lancé le pape polonais. Les 17 et 18 mai 1981, l’abrogation de la loi demandée par le ’Mouvement italien pour la vie’ avait alors été rejetée par 68% des électeurs, marquant l’échec de l’intervention pontificale.
Ce dernier référendum sur la procréation médicalement assistée a profondément divisé la classe politique italienne, au sein même des familles politiques. Par ailleurs, à cause de son appel ferme à l’abstention, l’Eglise a été accusée d’ingérence dans les affaires politiques par de nombreux partisans du ’oui’ qui ont défendu la laïcité de l’Etat. Cette opposition Eglise-Etat se retrouve aussi en Espagne, où les évêques ont appelé à la liberté de conscience pour s’opposer à la loi approuvée par les députés de la péninsule ibérique le 22 avril dernier autorisant les mariages homosexuels. La Conférence épiscopale espagnole a invité les catholiques à participer, le 18 juin prochain à Madrid, à une manifestation contre le mariage homosexuel organisée par le Forum espagnol de la famille. (apic/imedia/ami/bb)
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