Divergences entre Eglise et Etat sur les dossiers liés à l’éthique

Paris: Les commentaires de Mgr Jean-Pierre Ricard sur l’assemblée des évêques

Jean-Claude Noyé, correspondant de l’Apic à Paris

Paris, 16 juin 2005 (Apic) Interrogé le 16 juin par des journalistes sur les travaux de l’assemblée plénière des évêques, Mgr Jean-Pierre Ricard a apporté des précisions sur le régime de laïcité français et sur la restructuration de la Conférence des évêques. Il a également évoqué sa réaction personnelle au rejet français, par voie référendaire, du Traité constitutionnel européen.

A propos du régime de laïcité français, le président de la Conférence des évêques de France a souligné que, si l’Eglise catholique ne bénéficiait d’aucune place particulière au niveau du droit, elle jouissait de fait d’une place à part, eu égard à l’importance numérique et culturelle du catholicisme dans ce pays. Et que le réalisme conduisait à en tenir compte. Mgr Ricard admet que, globalement, les interlocuteurs locaux de l’Eglise – maires, préfets, etc. – sont plutôt bien disposés à son égard, exceptés ceux qui ont une conception dure, laïciste, de la laïcité. Où la sérénité des relations entre l’Etat et l’Eglise catholique s’arrête-t-elle? Si cette sérénité est réelle en ce qui concerne les questions juridiques, notamment sur le statut de l’Eglise, elle achoppe sur les dossiers liés à l’éthique: droit à l’avortement, statut des unions homosexuelles, immigration, politique étrangère, aide aux pays pauvres: autant de domaines où des divergences importantes séparent les représentants de l’Eglise et ceux de l’Etat. Et de préciser que si le contexte le commandait, les évêques de France interviendraient publiquement sur le mariage homosexuel.

Gouvernement consulté pour la nomination d’un évêque

Puisque le régime de laïcité à la française prévoit une séparation entre l’Eglise et l’Etat plus stricte que nulle part ailleurs en Europe, n’est-il pas paradoxal que le gouvernement français continue d’être consulté au moment de la nomination d’un évêque? En réponse, le président de la Conférence des évêques de France convoque l’histoire. Il rappelle qu’en 1921, au moment du rétablissement des relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège, ce dernier a effectivement octroyé aux représentants de la République ce droit de regard, pour des observations de type « politique ». « Aujourd’hui, indique Mgr Ricard, c’est plus une formule de courtoisie qu’un droit de veto. En tout état de cause, si cela devait être mis en question, cela devrait être le fruit d’une décision conjointe. Or rien n’indique que le Saint-Siège en ait fait la demande ».

Concernant la réorganisation de la Conférence des évêques de France, Mgr Ricard précise qu’il n’y a pas de hiérarchie entre les commissions épiscopales (7) et les conseils (9). Les premières sont composées d’évêques uniquement alors que des prêtres, religieux-religieuses peuvent siéger dans les conseils. Sans oublier des experts laïcs, sollicités par les évêques pour les éclairer sur des questions difficiles. La disparition de la Commission sociale, qui, en son temps, a donné tant de textes et déclarations d’importance (sur le sida, le chômage, l’accès au logement, le respect de la création, etc.), au profit de la création d’un Conseil pour la famille et les questions de société, suppose-t-elle que les dites questions seront mises en berne? « Pas du tout, rétorque Mgr Ricard. Pourquoi arrêter quelque chose qui marche bien? Simplement nous voulons mieux prendre en compte les problématiques liées à la famille, à sa destructuration ».

« La construction européenne a fait rêver ma génération »

Enfin, à propos de la victoire massive du non au référendum sur le Traité européen, Mgr Ricard a souligné qu’à titre personnel, et non en tant que président de la Conférence des évêques, il regrettait que la campagne pour le référendum ait aussi peu évoqué les raisons de vivre en Europe et de construire celle-ci, s’attachant plus au comment qu’au pourquoi? « La construction européenne a fait rêver ma génération, c’était pour nous une aventure humaine et spirituelle, mais cela ne fait plus rêver les jeunes générations et même lui fait peur. Force est de le constater. Et il convient de se demander pourquoi? Pourquoi et comment vivre en Europe? Qu’est-ce qui peut susciter de nouveaux élans de générosité? Il y a là un appel pour les Eglises à reformuler un projet européen », fait-il valoir. (apic/jcn/bb)

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