L’UE doit mener « une sévère réflexion autocritique »
Rome, 17 juin 2005 Après le refus du traité constitutionnel européen par la France et les Pays-Bas les 29 mai et 1er juin 2005, alors qu’est d’ores et déjà programmé l’échec des discussions sur le budget, les Européens ne doivent pas céder au « syndrome antieuropéiste ». C’est ce que suggère « La Civiltà Cattolica », la revue des jésuites relue par la Secrétairerie d’Etat. Pas simple de ne pas céder à la morosité, dans une Europe qui n’a pas su parler d’une même voix lors de la guerre en Irak.
« On doit éviter de nourrir le syndrome antieuropéiste, auquel le non de la France et de la Hollande ont donné une forte impulsion dans tous les pays européens », relève le bimensuel. « Il s’agit d’un syndrome suicidaire, car les pays européens sont dans l’impossibilité de relever seuls les grands défis politiques et économiques » du monde, estime la revue dans son édito.
L’Union européenne doit mener « une sévère réflexion autocritique », souligne l’éditorial, qui se livre à une analyse de la crise européenne. « Il faut reconnaître, insiste la revue jésuite, que le non français et hollandais à la ratification du traité constitutionnel européen a frappé d’un grand coup l’Union, qui aura du mal à s’en remettre ».
Pour autant, « ce n’est pas la mort et la dissolution de l’Union, mais il s’agit toujours d’une défiance. Elle a déçu les grandes attentes qui reposaient sur elle, soit pour le maintien de la paix sur le continent, soit pour le développement économique ». L’Union européenne « n’a pas tenu les promesses sur lesquelles elle a été construite ». Et la revue jésuite de rappeler que l’Union n’a pas été capable d’éviter la guerre dans les Balkans et d’avoir « une voix unique et commune » face aux Américains dans la guerre en Irak.
D’autre part, l’Union « n’a pas su faire front, avec une politique économique communautaire, ni à la politique ultra-libérale des grandes multinationales, ni à la concurrence internationale, en particulier à l’agressivité de l’économie chinoise », souligne « La Civiltà Cattolica ».
Prenant l’exemple de l’Euro, « qui était en pratique la seule véritable défense contre l’inflation », la revue jésuite estime qu’il est « vu par de nombreux Européens comme l’une des causes majeures de la récession économique ». Les voix qui se sont élevées ces dernières semaines en Italie et en Allemagne pour un retour aux monnaies nationales sont cependant « une proposition qui n’a aucun sens ».
Pas si mal
Pour « La Civiltà Cattolica », il faut relever que dans l’ensemble l’économie européenne « ne va pas mal ». Ce sont essentiellement « trois importants pays » qui se trouvent dans une conjoncture difficile, l’Allemagne, la France et l’Italie. « Ils sont entourés de la bonne croissance économique de l’Espagne, de la Grande-Bretagne, de l’Irlande, des pays scandinaves et des nouveaux pays membres de l’Est européen ».
« On ne peut pas faire de l’organe de gouvernement de l’Union, la prétendue ’bureaucratie technocratique’ de Bruxelles, le bouc émissaire de tous les maux dont souffrent les pays européens », poursuit la revue des jésuites. Pour elle, ces difficultés sont dues à « la difficile situation internationale » et surtout « aux déficiences et aux erreurs des gouvernements des pays européens ».
« Ce n’est pas en s’enfermant sur soi-même, dans sa propre coquille nationale, qu’on peut affronter les problèmes mondiaux qu’aucun pays ne peut affronter et résoudre seul ». C’est pourquoi, conclut l’éditorial, l’Union européenne « ne peut être démantelée », mais doit « croître avec patience et constance », en étant « fondée sur des valeurs éthiques et sur des bases plus proches de la réalité européenne, peut-être moins ambitieuses et plus réalistes ».
Sauver les apparences
Après le rejet du traité constitutionnel européen par près de 55 % des Français le 29 mai dernier, et 63 % des Hollandais le 1er juin, les chefs d’Etat et de gouvernement des 25 pays membres de l’Union sont réunis à Bruxelles depuis le 17 juin pour un sommet de crise.
Ils se sont aussi prononcés pour une pause dans le processus de ratification. S’ils sont tombés d’accord pour « continuer à ratifier » la Constitution, ils ont décidé de prolonger le processus jusqu’en 2007 dans l’espoir de contrecarrer la dynamique du non enclenchée dans un nombre croissant de pays. La présidence luxembourgeoise a proposé une formule de compromis très souple autorisant les pays qui le souhaitent à arrêter le processus de ratification.
Le premier ministre britannique, Tony Blair, a été le premier à reporter sine die le référendum prévu en Grande-Bretagne. Plusieurs pays l’ont imité. (apic/imedia/pr)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse