Lungern: Retraite annuelle de l’Union des Supérieurs Majeurs Religieux de Suisse
Lungern, 24 juin 2005 (Apic) Que signifie «Etre en accord avec l’Eglise?». C’est la question abordée par quelque 40 supérieurs majeurs des ordres religieux masculins de Suisse lors de leur retraite annuelle, du 20 au 22 juin à la Maison St-Joseph à Lungern (Obwald). Les conférenciers ont affirmé qu’une attitude critique envers l’Eglise est absolument compatible avec la loyauté à son égard.
Pour la première fois, l’Union des Supérieurs Majeurs Religieux de Suisse (VOS/USM) a adopté un titre en latin – «Sentire cum ecclesia» (Etre en accord avec l’Eglise) – pour sa retraite annuelle. Loin de prétendre au statut de sainteté pour eux-mêmes, les conférenciers ont pris pour exemple trois saints issus de leurs ordres respectifs afin de démontrer que la critique envers l’Eglise n’est pas du tout incompatible avec la loyauté à l’égard de la communauté ecclésiale.
Le dominicain zurichois Franz Müller, président de la VOS/USM, a cité la dominicaine Catherine de Sienne (1347 – 1380), qui a demandé dans des lettres très dures au pape de démissionner, du fait qu’il refusait d’adopter les réformes nécessaires à la vie de l’Eglise. Ce dernier n’a jamais remis en question la loyauté de Catherine de Sienne envers l’Eglise, et n’a pas rompu les contacts avec elle.
Le jésuite Pierre Emonet a rappelé que le thème de la rencontre – «Sentire cum ecclesia» – remonte à une expression du fondateur de sa congrégation, Ignace de Loyola. Ce dernier avait cependant utilisé le terme «Sentire in ecclesia». Ce petit changement a pourtant une grande signification. En utilisant la particule «cum» (avec), l’Eglise est située en face de ses membres, alors qu’avec le terme «in» (dans), on se situe à l’intérieur de l’Eglise.
Neuf procédures contre St Ignace
La Compagnie des jésuites a pour 4e voeu l’obéissance envers le pape. Pourtant, saint Ignace a été l’objet de neuf procédures juridiques de la part des autorités pontificales gardiennes de la foi (»les ’cardinal Ratzinger’ de l’époque»), a relevé Pierre Emonet. «Notre fondateur était fortement persuadé que l’Esprit-saint était à l’oeuvre des deux côtés: dans la base comme dans la hiérarchie», a souligné le conférencier. Lorsque les plus hautes autorités de l’Eglise prenaient une décision autre que celle qu’il estimait juste, Ignace utilisait le moyen juridique du recours. «La plupart des ordres et congrégations n’existeraient plus, s’ils n’avaient pas utilisé leur droit de recours contre les décisions de la hiérarchie», a affirmé le Père Emonet.
Mauro Jöhri, supérieur régional des capucins du sud de la Suisse, a pris l’exemple du fondateur de sa congrégation, saint François d’Assise. Le pape de l’époque avait menacé des «souffrances éternelles» tous ceux qui ne propageaient pas avec conviction l’idée de la croisade contre les musulmans. Malgré sa grande fidélité au pape, François n’a jamais soutenu ce projet. Sans soulever aucune polémique, il a transmis infatigablement la paix de l’Evangile dans un monde marqué par la violence.
Mauro Jöhri a pris l’exemple de l’eucharistie, source de la vie chrétienne, pour illustrer un esprit critique conforme à l’Evangile. Le fait que beaucoup de fidèles n’aient plus accès à l’eucharistie à cause des conditions d’accès à la prêtrise ne doit pas laisser les ordres religieux indifférents, selon lui.
Encadré:
La solidarité et la créativité au lieu de la résignation
«Il ne faut pas faire preuve de résignation, mais de créativité et de solidarité». C’est avec cet appel que le dominicain Franz Müller, président de la VOS/USM, a ouvert la retraite annuelle des Pères abbés et supérieurs provinciaux de Suisse, qui a eu lieu du 20 au 22 juin à Lungern, dans le canton d’Obwald.
La religieuse d’Ingenbohl Susanna Baumann, secrétaire de la VOS/USM, a présenté une statistique sur le développement des ordres religieux masculins en Suisse. Entre 1970 et 2005, le nombre de leurs membres a diminué de presque deux tiers, passant de 4’800 à 1649. Soeur Susanna a toutefois relevé une tendance positive: le pourcentage d’entrées en comparaison du nombre de membres est à la hausse. De 0,5% en 1980, il est passé aujourd’hui à 1,1%.
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