Mobilisation de l’Eglise contre l’atteinte portée à la famille

Espagne: Pour le Vatican, la loi sur le mariage homosexuel est une défaite pour l’humanité

Rome/Madrid, 3 juillet 2005 (Apic) Le quotidien du Vatican «L’Osservatore Romano» a qualifié samedi la loi autorisant le mariage entre homosexuels en Espagne de «décourageante défaite de l’humanité». Dimanche est en effet entrée en vigueur cette loi controversée deux jours après son adoption par le Parlement et 24 heures après sa publication dans le Bulletin Officiel de l’Etat (BOE).

Pour le président du gouvernement espagnol, le socialiste José Luis Rodriguez Zapatero, ce texte permettant de conclure un mariage civil entre personnes du même sexe, un engagement explicite pris lors de la campagne électorale, «est un pas qui augmente la décence de notre pays».

Le Forum espagnol de la Famille (FEF) a demandé samedi au gouvernement de Zapatero qu’il mette sur pied un référendum pour avoir l’avis des citoyens pour savoir s’ils veulent que l’on respecte les droits des couples hétérosexuels grâce à une réglementation exclusive, sans préjuger qu’il y en ait une autre spécifique pour les unions homosexuelles.

Lors d’une manifestation devant le Monument de la Constitution à Madrid, au cours de laquelle Zapatero a été conspué, la porte-parole du Forum, Mercedes Coloma, a déclaré que la loi sur les mariages homosexuels «n’est pas un progrès, c’est un recul». Et d’ajouter qu’il est clair que le capital humain et les valeurs viennent toujours de la famille. Selon un autre porte-parole, Ignacio García, la «bataille n’est pas perdue», car il y a encore un recours pendant d’inconstitutionnalité de cette loi.

Du côté du Vatican, «L’Osservatore Romano» écrit que toute tentative de bouleverser le projet de Dieu sur la famille est aussi «une tentative de défigurer le visage le plus authentique de l’humanité». Pour le journal officieux du Vatican, «la tâche d’endiguer cette dérive de l’humanité revient à tous et non seulement aux croyants».

«C’est une honte pour l’Espagne», a commenté de son côté l’archevêque espagnol Cipriano Calderon Polo, vice-président émérite de la Commission vaticane pour l’Amérique latine. Quant au cardinal Renato Martino, il souligne que cette loi est une «aberration des principes naturels». Pour le président du Conseil pontifical «Justice et Paix», cette loi «ne reflète pas la volonté du peuple espagnol». Le cardinal suisse Georges Cottier, théologien de la Maison pontificale, estime pour sa part que la loi autorisant le mariage entre homosexuels en Espagne est tout simplement «une tromperie».

«S’opposer à ces lois injustes par tous les moyens légitimes»

En Espagne même, les évêques catholiques ont invité les citoyens «à s’opposer à ces lois injustes par tous les moyens légitimes que l’Etat de droit met à disposition des citoyens». Le samedi 2 juillet, le Forum de la Famille avait appelé à une nouvelle manifestation pour demander un référendum populaire.

«Face à cette nouvelle situation grave et déplorable, il faut espérer que la société espagnole sache se manifester en faveur du mariage, de la famille et des enfants», ont-ils écrit dans un communiqué en date du 30 juin.

Les évêques espagnols déclarent que ces réformes du Code civil sont «très négatives pour le mariage», car, avec l’élimination des mots «mari» et «épouse», le mariage en tant qu’union d’un homme et d’une femme «n’est plus considéré par nos lois». L’institution du mariage a perdu, avec la nouvelle loi, sa caractéristique de stabilité légale, déplore les évêques espagnols. «Il a été réduit à un simple contrat que l’une de deux parties peut dissoudre, sur la base uniquement de sa volonté, trois mois après été décidée».

Le communiqué souligne que les lois espagnoles sur le mariage sont devenues à présent «radicalement injustes», car elles ne reconnaissent plus la réalité anthropologique et sociale de l’union entre l’homme et la femme dans sa spécificité et dans sa valeur irremplaçable pour le bien commun, dans le concret, pour la réalisation personnelle des époux et pour la procréation et l’éducation des enfants. JB

Encadré

Les évêques réagissent dans le monde entier

Face à l’entrée en vigueur de la nouvelle loi sur les mariages entre homosexuels en Espagne, les réactions négatives des évêques catholiques se font entendre sur tous les continents. «Respecter la loi naturelle», affirment ainsi trois évêques africains, le président de la Conférence épiscopale du Sénégal, l’archevêque de Nairobi, au Kenya, et l’archevêque de Gulu, en Ouganda. Dans une interview à l’agence de presse vaticane FIDES, ils déplorent cette attaque contre la famille.

«J’apprends avec tristesse et préoccupation la nouvelle de l’approbation de la loi qui met sur un pied d’égalité le mariage entre homosexuels et le mariage naturel», déclare ainsi Mgr John Baptist Odama, archevêque de Gulu. «Comme chrétien et comme évêque, j’ai le devoir de rappeler que l’être humain est complet dans le couple formé par un homme et une femme. Un homme et une femme, en s’unissant dans leur don réciproque, engendrent la vie. C’est là le projet que Dieu a confié à l’humanité», déclare-t-il. «La loi approuvée en Espagne est donc en pleine contradiction avec le projet de Dieu. Nous respectons les personnes homosexuelles, mais nous ne pouvons absolument pas approuver une loi qui leur permette de se marier, en créant des unions qui sont mises par la loi sur un pied d’égalité avec les unions entre un homme et une femme».

«J’espère que d’autres pays ne suivront pas l’exemple de l’Espagne. L’Europe donne l’impression qu’elle perd son âme et qu’elle est en proie à un relativisme sans éthique. Jean Paul II a bien fait, et Benoît XVI continue à bien faire, de rappeler aux Européens leurs racines chrétiennes», conclut l’archevêque de Gulu.

«C’est un vrai péché qu’un pays à majorité chrétienne, tributaire d’une longue tradition de civilisation chrétienne, ait adopté une telle loi, déclare à FIDES Mgr Adrien Sarr, archevêque de Dakar et président de la Conférence épiscopale du Sénégal. «Cette loi est un pas en arrière, et pas un pas en avant dans la civilisation humaine, parce qu’elle va contre la loi naturelle. Les Africains de toutes les religions ont été profondément surpris par cette loi, parce que la loi naturelle est enracinée dans la culture de notre continent».

Mgr Sarr ne voit pas pour le moment la possibilité qu’un Parlement africain puisse adopter une telle loi. Mais il ajoute que dans l’avenir, on ne peut jamais savoir, «parce que, avec l’avance de la mondialisation, la culture du relativisme peut, malheureusement, prendre pied ici aussi en Afrique». L’archevêque de Nairobi, Mgr Raphaël Ndingi Mwana’a Nzeki, estime lui aussi que le mariage entre homosexuels est contraire à la loi de Dieu, et qu’il «ne respecte pas la vraie nature de l’être humain».

L’Eglise de l’Inde, qui dit sa stupeur après l’approbation de la loi sur les mariages entre homosexuels, exprime également sa solidarité avec les évêques espagnols. «Nous rappelons notre pleine fidélité à la doctrine de l’Eglise, et nous n’acceptons en aucune manière les unions homosexuelles. La Conférence épiscopale de l’Inde exprime sa pleine solidarité avec les évêques espagnols pour la bataille qu’ils mènent en faveur de la vie et de la famille authentique», a déclaré à l’Agence FIDES le Père Donald De Souza, sous-secrétaire et porte-parole de la Conférence épiscopale de l’Inde.

Le Père De Souza a relevé que la société indienne était surprise par cette tendance, étant donné que «en dehors de la religion chrétienne, les antiques traditions indiennes prévoient le mariage entre un homme et une femme, et ne comprendraient en aucune manière le mariage en deux hommes ou deux femmes». Selon le Père De Souza, l’Eglise de l’Inde regarde avec préoccupation le phénomène des mariages homosexuels, et la dissolution de l’idée de famille chrétienne en Europe. «Le Vieux Continent se déchristianise graduellement, il perd ses valeurs premières, et les lois approuvées dans plusieurs Etats européens le prouvent. On réserve au christianisme un rôle toujours plus marginal en Europe et ce phénomène, vu de l’Asie, suscite de la préoccupation parce que l’Europe est considérée comme le berceau du message chrétien».

En Corée, l’Eglise regarde «avec préoccupation la voie sur laquelle l’Europe s’engage». L’Eglise doit rappeler de manière constructive l’importance primaire de la famille, «cellule de base de toute société», souligne encore le secrétaire de la Conférence épiscopale catholique de Corée. Mgr John Chang, évêque de Chunchon et secrétaire de la Conférence épiscopale de Corée, ne croit pas que dans son pays, «du moins dans les prochaines années, on puisse en arriver à ce point. Mais il est vrai aussi que nous sommes exposés, en raison du phénomène de la globalisation des cultures et des technologies, à des contaminations culturelles provenant d’Europe et des Etats-Unis». (apic/fides/efe/be)

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