Jura: Conférence de Riccardo Petrella pour les vingt ans des ateliers de Caritas Jura

« Déclarons la pauvreté illégale ! »

Delémont, 3 juillet 2005 (Apic) « Déclarons la pauvreté illégale ! », a lancé vendredi soir le professeur Riccardo Petrella lors de la fête du vingtième anniversaire des ateliers de Caritas Jura à la Communance à Delémont vendredi soir. Le célèbre altermondialiste a estimé que « trois milliards de pauvres dans le monde, ce n’est pas une fatalité ».

Caritas Jura a fêté du 1er au 3 juillet 2005 le 20e anniversaire de ses ateliers, avec notamment une conférence de Riccardo Petrella, professeur d’économie politique à l’Université catholique de Louvain, en Belgique, et l’inauguration d’une halle de stockage.

Politologue et économiste, Riccardo Petrella est titulaire d’un doctorat en sciences politiques et sociales de l’Université de Florence, en Italie. Il est fondateur et principal animateur du groupe de Lisbonne, composé d’une vingtaine de membres, dont des universitaires, dirigeants d’entreprises, journalistes et responsables de grandes institutions culturelles. Il est par ailleurs conseiller du Centre Commun de Recherche de la Commission Européenne et président du Comité international pour un contrat mondial de l’eau.

Qu’une ministre de l’éducation avertisse les nouveaux bacheliers qu’ils n’ont guère de perspectives d’emploi dans la région, que les ateliers de Caritas Jura fêtent leur vingt ans d’existence en ne cessant de se développer: notre modèle de société n’est décidément pas le rêve.

« Désir d’humanité, le droit de rêver »

L’altermondialiste Petrella, bardé de titres et de diplômes, à l’exubérance verbale toute italienne, préfère se targuer, plutôt que de ses nombreux titres et diplômes, d’être un père de famille heureux, grand-père et militant. Le politologue s’est exprimé sur le sujet de son dernier ouvrage en date, « Désir d’humanité, le droit de rêver ».

Le professeur critique a développé sa pensée autour de la nécessité de réinventer la culture des biens communs: l’eau, l’air, la forêt, la terre, la connaissance, la santé, l’éducation, l’énergie solaire, la sécurité collective, ne doivent pas être privatisables. Riccardo Petrella différencie bien gouvernements et gouvernants: « Nos dominants ne nous invitent pas à la fête. Sois le plus fort, le meilleur, disent-ils aux jeunes. Les dominants ne leur promettent pas le droit au travail ».

La dérive de la mondialisation: une nouvelle « théologie capitaliste »

Notre mode de développement est-il la civilisation idéale ?, a-t-il lancé. « La condition d’existence ne doit pas dépendre du lieu où je suis né et il est tout aussi inadmissible que, hors de la compétitivité, l’on soit en disgrâce. Déclarons plutôt illégaux la pauvreté et les mécanismes qui l’engendrent », assène Riccardo Petrella en constatant la dérive de la mondialisation depuis trente ans.

Il parle de « théologie capitaliste », de la « trinité du capital et de la richesse » (dieu), de « l’entreprise libre et privée » (fils) et du « marché » (esprit). Les ressources humaines dans ce système sont elles-mêmes marchandises, la production est destinée au capital, les gagnants ayant quelque compassion pour le perdant. « On a le droit et le devoir de rêver », affirme alors R. Petrella en se référant à l’avancée de la condition ouvrière: le militantisme à partir de 1860 a abouti à la création de mutuelles qui sont devenues lois nationales.

Ces systèmes de sécurité sociale ont fait leurs preuves au siècle passé mais sont revendus aujourd’hui comme rigidité sociale et limite à l’innovation. Les revendications doivent se poursuivre, à la base. « L’esclavage a été déclaré illégal au 20ème siècle, abolissons la pauvreté au 21ème siècle », lance-t-il. L’annulation de la dette des pays les plus pauvres promise pour la deuxième fois par les dominants est à ses yeux de la simple « poudre aux yeux » car assortie de conditions intenables. « Le voeu de Eglises pour l’année du millénaire a été ignoré ».

Le professeur qualifie de scandaleux l’objectif de l’ONU de réduire de moitié jusqu’en 2015 le nombre de personnes en état d’extrême pauvreté (1,3 milliards de gens qui ont moins de deux dollars par jour pour vivre). « Comme si l’on était moins pauvre avec deux dollars et demi ! »

Un objectif réalisable

Les économistes pourtant reconnaissent qu’il est possible financièrement de sortir de la pauvreté d’ici 2025 selon cinq critères: l’éducation de base jusqu’à l’âge de douze ans, de l’eau et des calories de nourriture en quantité suffisante quotidiennement, 35 m2 d’habitat par personne et la santé pré et postnatale.

En même temps, il s’agirait d’inventer une fiscalité mondiale et de revaloriser l’économie de proximité, qui résoudrait des problèmes écologiques, dit le conférencier en fustigeant son verre d’eau minérale: « La seule eau potable est celle du robinet, l’eau en bouteille n’est que profit usurpé ! »

Il propose enfin de reconnaître l’humanité en tant que sujet juridique et politique, les Nations Unies deviendraient l’Organisation mondiale de l’humanité et la démocratie participative s’étendrait au niveau mondial.

Utopie ? Pourquoi partir perdant ? Car qui en 1950 eût parié sur l’élection d’un Parlement européen ? L’Europe en déconfiture ? « Faisons-la forte et puissante » est actuellement l’unique réponse, « alors qu’ils n’ont pas su inscrire dans sa Constitution que l’Europe répudie la guerre », regrette encore Riccardo Petrella. (apic/sic/be)

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