Suisse: Urs Köppel, la libre circulation résoudra-t-elle la crise des vocations?

Apic interview

La difficile adaptation des prêtres étrangers en Suisse

Interview: Georges Scherrer / Traduction: Bernard Bovigny

Lucerne, 14 juillet 2005 (Apic) Un « oui » dans les urnes le 25 septembre prochain ne résoudra pas le problème du manque de prêtres, affirme Urs Köppel, directeur national de migratio, la Commission de la Conférence des évêques suisses pour les migrants.

A part la Pologne, aucun pays européen ne dispose de beaucoup de prêtres. Et même les laïcs intéressés par une activité pastorale en Suisse ne pourront être engagés de façon illimitée. Ils devront comme avant disposer d’un mandat des évêques en Suisse. Et ceux-ci sont conscients que la pastorale ne peut être uniquement assurée par des forces issues de l’étranger, souligne Urs Köppel.

Apic: Le 25 septembre, le peuple suisse se prononce par votation populaire sur la libre circulation des personnes en Suisse et dans les pays de la Communauté européenne. En cas d’acceptation, assisterons-nous à un afflux de prêtres issus des pays de l’Est?

Urs Köppel: Ce sont avant tout les prêtres polonais qui sont le plus concernés par cette votation. Les autres pays catholiques à l’est, comme la Croatie, la Slovénie ou la Hongrie, ne connaissent pas un afflux de prêtres. Le nombre de candidats à la prêtrise est même en constant recul. Souvent les évêques doivent veiller à ce que la pastorale soit correctement assurée dans leur propre diocèse.

Apic: Beaucoup de paroisses en Suisse sont à la recherche d’un prêtre. Que va-t-il se passer si elles se mettent à la recherche d’un prêtre dans les pays de l’est et veulent l’engager.

U.K: Les paroisses peuvent le faire si elles le veulent. Mais un prêtre ne peut prétendre à travailler en Suisse que s’il est autorisé par l’évêque de son diocèse d’origine. De plus, il doit recevoir une mission de l’évêque du diocèse où il cherche à être engagé.

Nous ne faisons pas que de bonnes expériences avec les prêtres étrangers. Ceux-ci ont parfois une autre idée de l’Eglise que ce qu’ils rencontrent en Suisse. Beaucoup ont de la difficulté à collaborer avec les laïcs. La célébration de la messe, également, n’est pas toujours perçue de la même façon. Ces prêtres ne sont pas habitués à nos systèmes de paroisses ecclésiastiques responsables de l’administration des paroisses canoniques. Dans d’autres pays, ce¨s tâches sont de la compétence de l’évêque ou du vicaire général. Un prêtre étranger qui veut travailler en Suisse doit être orienté sur nos habitudes.

Apic: Et comment cela se passe-t-il?

U.K: Un projet pilote pour les prêtres et agents pastoraux laïcs qui veulent travailler en Suisse est actuellement en cours au vicariat général de Zurich. Durant une session de quatre jours, ils sont orientés sur les particularités de notre pays. Un tel cours sera bientôt adopté pour l’ensemble de la Suisse allemande. Une journée est consacrée aux diocèses, qui peuvent présenter leurs particularités.

Nous le constatons clairement: beaucoup de prêtres n’ont pas su progresser dans leur fonction s’ils ne se sont pas habitués au système suisse.

Apic: La Confédération accorde à l’Eglise catholique en Suisse un contingent de 25 prêtres par année issus des « pays de recrutement non- traditionnels » (hors AELE et UE d’avant l’élargissement). Si la libre circulation est acceptée le 25 septembre, la Pologne figurera parmi les pays de recrutement libre. Il y aura ainsi de la place pour des prêtres d’Afrique ou d’Asie .

U.K: Il ne faut pas se fixer sur ce nombre de 25. Le contingent était jusqu’à maintenant toujours très vite épuisé. En dix ans, cela représente tout de même 250 prêtres étrangers en activité en Suisse et c’est beaucoup en comparaison des prêtres nationaux. Mais je ne crois pas que nos évêques soient intéressés à assurer l’ensemble de la pastorale par des prêtres étrangers. Ils privilégient plutôt la promotion des vocations dans leur pays.

Les prêtres issus de la Communauté européenne proviennent en majorité de Pologne, et les collaborateurs pastoraux d’Allemagne. Cela ne changera pas beaucoup à l’avenir, même en cas d’augmentation de nombre de personnes intéressées. Pour se mettre au service de l’Eglise, ils doivent obtenir un mandat de l’évêque ou de la Conférence épiscopale suisse.

Apic: Les salaires élevés constituent-ils un attrait pour s’engager en Suisse?

U.K: Cela peut être le cas, mais c’est la pire condition pour se mettre au service de l’Eglise! Le niveau salarial est relativisé lorsque l’on prend en compte le coût de vie élevé que nous connaissons en Suisse.

Apic: On entend souvent dire que l’Eglise catholique doit économiser. Y a-t- il encore suffisamment d’argent pour doter en prêtres autant de paroisses que possible?

U.K: Nous allons aujourd’hui vers un scénario dans lequel les moyens financiers de l’Eglise deviennent toujours plus retreints, que ce soit à cause des sorties d’Eglise ou de la situation économiques du pays. Des restructurations seront inévitables dans un avenir assez proche. Une question deviendra centrale: l’Eglise catholique peut-elle se permettre de maintenir autant de lieux ecclésiaux, autant d’églises et d’autres bâtiments comme les cures et les centres paroissiaux? La baisse du nombre de membres, comme à Bâle par exemple, ne justifie pas que l’on maintienne à plus long terme des offres surdimensionnées. Le fait de confier plusieurs paroisses à un seul prêtre va s’accentuer les prochaines années. Un « oui » à la votation du 25 septembre pourrait peut-être détendre un peu la situation.

Apic: Quel effet pourrait avoir la libre circulation des personnes sur l’engagement des agents pastoraux laïcs étrangers?

U.K: Une formation pastorale des laïcs comme nous avons en Suisse n’existe pas à l’étranger à ma connaissance. Beaucoup étudient la théologie dans notre pays. Mais ils ne disposent pas de permis de travail et doivent exclusivement s’adonner à leurs études. Il s’agit donc d’une formation, qui n’est pas liée à un engagement. En cas d’adoption de la libre circulation des personnes, des ressortissants de la Communauté européenne pourraient bien sûr plus facilement trouver un emploi. Mais pour un engagement au service de l’Eglise, ils doivent recevoir un mandat de l’évêque.

Apic: Moins de fidèles, moins de prêtres: les chiffres n’annoncent pas un avenir très rose pour l’Eglise catholique en Suisse. Un « oui » le 25 septembre pourrait-il donner une impulsion positive pour l’Eglise?

U.K: Certainement. Par exemple, cela pourrait aboutir à davantage d’échanges entre l’Eglise du pays de provenance des prêtres et celle où ils sont implantés. Un vote positif le 25 septembre ne doit pas se limiter à un « oui » économique. Cela doit constituer également un « oui » à l’égard des êtres humains qui viendront. L’accueil de tous fait partie des missions fondamentales de l’Eglise. GS

Avis aux rédactions: Une photo d’Urs Köppel est disponible à l’Apic: kipa@kipa-apic.ch

(apic/gs/bb)

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