L’archevêque majeur des gréco-catholiques de Lviv déménagera à Kiev le 21 août 2005

Interview de Mgr Lonchyna, de l’Eglise greco-catholique d’Ukraine

L’archevêque majeur appelé à devenir patriarche: tensions en vue

Propos recueillis à Rome par Ariane Rollier, de l’Agence I.Media, partenaire de l’Apic

Rome, 21 juillet 2005 (Apic) L’archevêque majeur des gréco-catholiques de Lviv déménagera à Kiev le 21 août 2005. L’annonce a été faite par le cardinal Lubomyr Husar, archevêque majeur de Lviv des Ukrainiens.

Ce transfert risque fort d’attiser les tensions avec les orthodoxes. D’autant plus que la volonté est de faire de l’archevêque majeur un patriarche. Ce que le patriarche russe Alexis II ne voit pas d’un bon oeil. Rencontre à Rome avec Mgr Hlib Lonchyna, représentant-procurateur auprès du Saint-Siège de l’Eglise greco-catholique d’Ukraine, interrogé sur la situation de son Eglise en Ukraine et la réaction de l’Eglise orthodoxe face à ce déménagement.

Q.: Le cardinal Lubomyr Husar, archevêque majeur de Lviv des Ukrainiens a annoncé son transfert de Lviv à Kiev. A quelle date est fixé le déménagement?

Mgr Lonchyna: Au 21 août prochain. Cela fait un moment que ce plan est en cours de préparation, mais il fallait que les circonstances permettent ce transfert. C’est un processus un peu long. Désormais, le cardinal Lubomyr Husar sera archevêque majeur de Kiev-Halyc des Ukrainiens.

Q.: Est-ce le pape qui a validé cette décision ?

Mgr Lonchyna: Non. C’est notre synode qui a pris cette décision conforme aux canons de la CCEO, le code canonique oriental, lors de sa réunion à Kiev du 5 au 12 octobre 2004. Notre synode se réunit une fois par an dans une grande ville d’Ukraine.

Q.: Les forces de l’Eglise greco-catholique sont plutôt situées dans la partie occidentale de l’Ukraine. Pourquoi souhaitez-vous ce transfert de l’archevêché à Kiev qui est plus à l’est ?

Mgr Lonchyna: Dans le droit canonique, il est écrit que le siège de la hiérarchie principale de notre Eglise doit être dans la ville principale du pays. Dans tous les pays, le responsable de l’Eglise du lieu siège dans la capitale: le patriarche de Moscou est à Moscou, le patriarche des serbes est à Belgrade. S’il est vrai que la majorité des greco-catholiques est dans la partie occidentale, nous sommes partout en Ukraine. Il y a aussi beaucoup de fidèles dans la partie orientale. Même si nous n’y avons pas beaucoup d’églises.

Q.: Les orthodoxes ne semblent pas partager cette position.

Mgr Lonchyna: Les orthodoxes considèrent Kiev comme leur territoire canonique. Mais on ne peut pas dire qu’un territoire est seulement pour les orthodoxes et qu’un autre est pour les catholiques. Parce que là où sont les fidèles, là doivent être les prêtres et les évêques. Nous souhaitons donc que le siège métropolitain de l’archevêque majeur soit à Kiev, dans la capitale. En Europe occidentale, il y a des évêques orthodoxes dans toutes les grandes villes comme Vienne, Bruxelles ou Paris. Si les orthodoxes peuvent être dans des territoires traditionnellement catholiques et latins, pourquoi les greco-catholiques ne pourraient-ils pas rester dans les territoires, certes majoritairement orthodoxes, mais où nous avons des fidèles qui ont le droit d’avoir une pastorale ?

Q.: Qu’espérez-vous en vous installant à Kiev ?

Mgr Lonchyna: Mieux coordonner l’activité pastorale de notre Eglise et développer au sein de la capitale des contacts avec les autorités civiles. Depuis que le gouvernement a changé, la situation des chrétiens s’est améliorée et il y a de bons contacts.

Q.: N’avez-vous pas par ailleurs l’intention à terme d’ériger votre archidiocèse en patriarcat ?

Mgr Lonchyna: Il existe tout un mouvement dans notre Eglise qui veut que notre siège archiépiscopal majeur soit reconnu comme patriarcal. Parce que le patriarcat est la forme normale du gouvernement d’une Eglise orientale. Il est le fruit de la maturation et de la croissance d’une Eglise. Ce n’est pas une fin en soi, mais c’est un moyen pour pouvoir agir et gouverner une Eglise sub iuris. Le patriarcat réunit toute une Eglise « sub iuris ».

Q.: Jean Paul II était-il favorable à ce patriarcat ?

Mgr Lonchyna: Jean Paul II a dit qu’il partageait notre aspiration au patriarcat et qu’il attendait le jour où l’esprit saint lui permettrait de faire ce geste durant son pontificat. Il voulait ce patriarcat. Il ne l’a pas fait pour des raisons oecuméniques.

Q.: Le cardinal Husar a rencontré Benoît XVI, le mois dernier. le souverain pontife s’est-il exprimé au sujet du patriarcat ?

Mgr Lonchyna: Oui. Nous savons que le pape veut que nous continuions sur le même chemin. Il nous a dit de continuer dans la même direction; nous espérons aussi arriver à une conclusion. Mais il n’a pas établi d’agenda. Nous espérons toujours que cela arrive bientôt. Mais nous n’avons pas d’indice pour dire quand.

Q.: Ne considérez-vous pas déjà votre archevêque majeur comme un patriarche ?

Mgr Lonchyna: Si. Selon le décret pour les Eglises orientales du Concile Vatican II, l’archevêque majeur a presque tous les droits d’un patriarche. Il est donc assimilable à un patriarche. La conclusion logique de l’histoire de notre Eglise est de faire de l’archevêque majeur un patriarche. Il n’y a aucune raison pour qu’il ne le soit pas. Il n’existe pas de motifs sinon ces problèmes politiques et oecuméniques. Car malheureusement, sous l’influence de l’Eglise de Russie, les orthodoxes nous regardent avec méfiance, il n’y a pas de compréhension entre nous. Ils nous accusent de prosélytisme, ce qui est sans fondement. C’est une méthode pour ne pas perdre le contrôle parce qu’ils ont aussi une certaine influence politique. Il se peut qu’ils aient peur de nous, mais ils ne devraient pas parce que nous ne faisons pas de concurrence. Nous ne demandons aucun privilège, mais de pouvoir servir nos nombreux fidèles de l a même manière que les orthodoxes, les protestants ou les catholiques latins. Selon la constitution ukrainienne, nous en avons le droit.

Q.: L’érection d’un patriarcat à Lviv n’éviterait-elle pas les tensions?

Mgr Lonchyna: Nous nous référons au baptême de la Russie de Kiev. Notre ligne des métropolites est ininterrompue depuis ce baptême jusqu’au cardinal Husar. Kiev est un siège historique où l’Union de Brest a été signée par le métropolite de Kiev. Lviv est un siège important mais pas le siège principal. Eriger un patriarcat à Lviv serait fermer l’Eglise greco- catholique dans un provincialisme, faire comme si les gréco-catholiques n’étaient que dans la partie occidentale.

Q.: Votre décision ne risque-t-elle pas de remettre en cause le dialogue théologique entre l’Eglise catholique et les Eglises orthodoxes, qui doit reprendre à l’automne prochain ?

Mgr Lonchyna: J’espère que non. Parce que ce mouvement pour le transfert pour le patriarcat ne se fait pas contre quelqu’un. Chaque Eglise veut se développer et vivre selon ses propres capacités et selon le maximum de ses possibilités. Nous avons le plein droit d’exister comme existent toutes les autres Eglises. Personne ne devrait regarder cela comme une menace. (apic/imedia/ar/pr)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/interview-de-mgr-lonchyna-de-l-eglise-greco-catholique-d-ukraine/