Zimbabwe: Rapport accablant de l’Onu contre le régime sur la démolition des bidonvilles

Une opération «sans considération de la souffrance humaine»

Harare, 24 juillet 2005 (Apic) L’opération de démolition de bidonvilles occupés par des pauvres au Zimbabwe est «une véritable catastrophe humanitaire», indique un rapport de l’Onu. Déjà, les Eglises du Zimbabwe et d’Afrique du Sud, ainsi que récemment la Conférence épiscopale allemande, avaient violemment critiqué cette opération, ordonnée par le président Robert Mugabe.

Rédigée et présentée par une enquêtrice spéciale, Anna Tibaijuka, à l’issue d’une mission de deux semaines sur place, le rapport souligne que l’opération a jeté dans la rue, plus de 700’000 personnes rien qu’à Harare, «en violation du droit international».

Directrice de l’Agence des Nations Unies pour les Etablissements Humains Onu-Habitat, Anna Tibaijuka, avait été nommée le 20 juin dernier envoyée spéciale de l’Onu au Zimbabwe. Lors de sa mission, elle a pu visiter plusieurs zones «nettoyées» par le gouvernement. Elle s’est notamment rendue à Mutare, à l’est du pays, dans le camp «Caledonian Farm» où vivent dans des conditions très difficiles plus de 4’000 victimes des expulsions, ainsi qu’à «Porta Farm», site de la plus vaste opération d’expulsion menée par le gouvernement. Elle a aussi a rencontré le 29 juin le président Robert Mugabe.

Lancée le 18 mai dernier, l’opération a été menée de «manière injustifiable, sans considération de la souffrance humaine», selon le rapport de l’Onu, qui recommande l’ouverture d’une enquête internationale sur cet acte.

A travers tout le territoire national, ce sont au total, près de 3 millions de personnes qui sont affectées par la destruction d’habitats spontanés du gouvernement. Officiellement, l’opération a pour but de lancer un «renouveau urbain en détruisant les bidonvilles». Les adversaires politiques du régime estiment en revanche, qu’il s’agit de détruire des bataillons hostiles au président Mugabe.

Kofi Anan demande un arrêt immédiat des destructions

Le rapport de la délégation de l’ONU n’a pas encore été transmis au Conseil de Sécurité à cause l’opposition des pays africains, de la Russie et de la Chine. Ils invoquent un problème «interne» au Zimbabwe. Le Secrétaire général Kofi Anan a demandé que «les évictions et les démolitions cessent immédiatement» et que «les responsables de l’opération soient punis». «La critique ne suffit pas, la communauté internationale doit se mobiliser pour apporter une aide d’urgence» aux victimes des démolitions.

Dans une réaction suscitée par l’Onu, le gouvernement zimbabwéen a dénoncé le rapport, le qualifiant de «partial». La semaine dernière, le président Mugabe avait défendu les démolitions, déplorant le fait qu’elles soient présentées comme une «opération sans coeur». Or, a-t-il dit, le programme envisagé après ces destructions «allait faire la joie des sans abris, grâce à la construction de deux millions de logements d’ici 2010».

Cette destruction des bidonvilles a suscité des réactions de condamnation de nombreuses Eglises et responsables religieux. Les évêques allemands viennent également d’exprimer leur solidarité envers les pauvres du Zimbabwe. Ils ont envoyé un message signé du cardinal Lehmann, président de la Conférence épiscopale allemande, à Mgr Michael Bhasera, évêque de Masvingo et président de la Conférence épiscopale du Zimbabwe. Ils condamnent l’opération du président Mugabe et affirment soutenir la lettre pastorale ’The Cry of the Poor’ des évêques zimbabwéens. (apic/ibc/fides/bb)

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