Inde: L’Eglise se bat contre l’avortement visant sélectivement les filles
Anto Akkara, pour l’Apic
New Delhi, 3 août 2005 (Apic) Les familles indiennes essaient par tous les moyens d’avoir des descendants mâles; le déséquilibre entre garçons et filles ne fait que s’accroître en Inde. D’après un recensement de 2001, il n’y a plus que 945 naissances de filles pour 1000 de garçons, soit un des taux les plus bas dans le monde.
L’Eglise catholique en Inde se bat contre l’avortement visant sélectivement les filles, alors que le gouvernement indien peine à faire respecter l’interdiction des échographies pour déterminer le sexe du foetus.
Tandis que de larges couches de la société indienne acceptent plus ou moins tacitement cette pratique discriminatoire, l’Eglise tire la sonnette d’alarme. Une récente recherche effectuée à la demande de la «Christian Medical Association of India» (CMAI), portant sur plus de 370’000 naissances ces dix dernières années, ne fait que conforter les craintes sur l’inégalité dramatique entre les sexes des nouveaux nés.
Dans certaines parties de l’Inde, sur dix garçons de moins de six ans, on ne compte plus que huit filles, voire moins. C’est chez les familles qui ont déjà deux filles que l’inégalité devient la plus criante: le troisième enfant est huit fois sur dix un garçon. Dans le cas d’une famille avec une fille, on trouve pour le deuxième enfant dix garçons pour seulement cinq filles.
«Ces chiffres sont un véritable scandale, face auquel nous devons réagir», affirme Mgr John Baptist Thakur, responsable de la Commission pour le droit des femmes au sein de la Conférence des évêques catholiques de l’Inde. Il est à la tête de la campagne nationale contre la pratique de l’avortement. «Nous voulons engager toutes nos institutions dans une campagne de formation efficace contre l’avortement ciblé des filles», souligne le prélat, qui entend lutter contre les préjugés visant les filles, qui sont profondément enracinés dans la société indienne.
Moindre considération envers les filles
Les racines de cette moindre considération visant les filles sont en effet profondes au sein de l’Inde hindouiste. Ainsi, par exemple, un croyant hindou ne peut obtenir sa rédemption religieuse, la «Moksha», que quand il a engendré un fils. De ce haut précepte religieux découle alors tout un monde de moindre considération à l’égard des filles. De plus, la pratique de la dot qui exige que les filles amènent d’énormes montants pour leur mariage représente une charge que de nombreuses familles ne peuvent ou ne veulent pas débourser
«Nous avons besoin d’une stratégie multiforme pour faire changer ces mentalités profondément enracinées au coeur de la société», estime Soeur Lilly Francis Poovelil. Pour ce faire, l’Eglise catholique veut avant tout utiliser ses compétences en matière de formation. Elle dispose en effet dans toute l’Inde de quelque 20’000 centres de formation, d’écoles et d’Universités. Avec des programmes adaptés à cette réalité, plus de cinq millions d’élèves et leur famille pourraient être touchés, relève Soeur Poovelil.
La situation continue à s’aggraver
Joe Vergheese, médecin à New Delhi et co-auteur de l’étude de la CMAI, espère des résultats positifs de la campagne prévue. Il relève que les données de l’enquête montrent bien que les parents avortent «de façon ciblée et systématiquement» les foetus féminins. L’étude prouve encore que la situation continue à s’aggraver et que la proportion des nouveaux-nés de sexe féminin diminue de plus en plus dans toute l’Inde.
Mgr Thakur est d’avis qu’il faut combattre le fait que de nombreuses familles ne fêtent même pas la naissance d’une fille. Mais il voit une première lueur d’espoir sur le chemin du changement des mentalités: dans son diocèse de Muzzafarpur, dans l’Etat déshérité du Bihar, le gouvernement a fait placer des posters protestant contre la mise à mort des filles dans leur ventre de leur mère. (apic/kna/be)
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