Etats-Unis, Jordanie, Yémen: Des détenus dans des centres secrets témoignent
Londres/Lausanne, 3 août 2005 (Apic) Le centre de détention américain de Guantanamo n’est que la pointe visible de l’iceberg, affirme l’organisation de défense des droits de l’homme Amnesty International dans un nouveau rapport publié jeudi 4 août.
Le témoignage de deux ressortissants du Yémen publié par Amnesty International confirme l’existence de centres de détention secrets tenus par les Etats-Unis dans le cadre de leur « guerre contre le terrorisme ». Amnesty présente le cas de Salah Nasser Salim Ali et Muhammad Faraj Ahmed Bashmilah, détenus pendant dix-huit mois par les Américains dans des prisons secrètes. Amnesty International estime à environ 70’000 le nombre de personnes détenues par les Etats-Unis en-dehors du territoire américain.
70’000 détenus en-dehors du territoire américain
Deux hommes incarcérés dans une prison yéménite ont raconté à Sharon Critoph, chercheuse d’Amnesty International sur l’Amérique du Nord, comment ils avaient été maintenus à l’isolement par les autorités américaines dans un centre de détention secret pendant plus d’un an et demi, sans voir la lumière du jour et enchaînés. Ces hommes n’avaient pas la possibilité d’entrer en contact avec leur famille, un avocat ou des organisations humanitaires et ils ignoraient dans quel pays ils se trouvaient.
Salah Nasser Salim Ali et Muhammad Faraj Ahmed Bashmilah, deux amis yéménites qui vivaient en Indonésie, ont affirmé qu’ils avaient été arrêtés séparément: Salah en Indonésie en août 2003 et Muhammad en Jordanie en octobre 2003. Salah a ensuite été transféré en Jordanie par avion.
Les deux hommes affirment qu’ils ont été torturés pendant quatre jours par des membres des services de renseignements jordaniens avant d’être transférés par avion vers des prisons souterraines non identifiées où ils ont été détenus à l’isolement et sans inculpation par des gardes américains pendant plus de dix-huit mois. Cette prison moderne, spécialement conçue, était gérée par des Américains. Ils ont finalement été transférés en mai 2005 au Yémen où ils ont été incarcérés par les autorités yéménites.
« Nous craignons que le récit de ces deux hommes ne donne qu’un aperçu de la situation plus générale des détentions secrètes par les autorités américaines dans le monde entier, a déclaré Sharon Critoph, chercheuse d’Amnesty International qui s’est entretenue avec les deux hommes dans leur prison au Yémen. Les autorités américaines doivent révéler l’identité de toutes les personnes détenues en secret, préciser le lieu de leur incarcération et ouvrir ces lieux à une inspection internationale.
Un crime relevant du droit international
Les Etats-Unis et les autres pays doivent mettre un terme à la pratique de la détention secrète. Non seulement de telles conditions de détention favorisent le recours à la torture et aux mauvais traitements, mais faire « disparaître » quelqu’un de la surface de la terre constitue un crime relevant du droit international. Les Etats qui apportent leur collaboration à de telles violations des droits humains, comme la Jordanie, l’Indonésie et le Yémen semblent l’avoir fait, sont tout aussi responsables ».
Muhammad et Salah sont une fois de plus incarcérés, cette fois par les autorités yéménites qui reconnaissent qu’elles n’ont aucune raison de les maintenir en détention hormis le fait que leur transfert par les Etats- Unis était soumis à cette condition.
Les autorités yéménites doivent remettre immédiatement ces deux hommes en liberté à moins qu’ils ne soient inculpés d’une infraction prévue par la loi et jugés selon une procédure équitable, estime Amnesty International. (apic/ai/be)
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