Quel espace pour les minorités religieuses et chrétiennes?

Irak: Sistani veut que l’islam soit une source principale de la loi

Bagdad, 5 août 2005 (Apic) L’ayatollah Ali Sistani, figure des chiites d’Irak, a estimé que l’islam doit être la source principale de la législation, lors d’une rencontre vendredi avec le Premier ministre Ibrahim Jaafari à Najaf.

Cette rencontre à Najaf entre Ali Sistani et le Premier ministre intervient alors que la réunion des leaders politiques visant à aplanir les différends apparus lors de la rédaction de la Constitution a été reportée de vendredi à dimanche.

Jaafari s’est ensuite entretenu à Najaf avec le chef radical chiite Moqtada Sadr, qui avait mené une fronde armée sanglante contre les forces américaines l’année dernière.

«Le peuple ne veut pas de Constitution sans services de base, sans sécurité et sans stabilité», a déclaré à la presse Moqtada Sadr.

Dans les milieux chrétiens d’Irak, on redoute la prédominance de l’islam dans la Constitution. On craint même l’implantation charia, ce dont les chrétiens craignent par-dessus tous. Dans un tel cas, «ce sont les chrétiens et les autres minorités qui vont souffrir le plus si la loi islamique – la charia – est imposée en Irak», estimaient en début d’année des responsables religieux.

«Il a toujours été clair que depuis l’invasion – anglo-américaine – en 2003, l’Irak deviendrait une nation islamique, quelles qu’en soient les conséquences pour les minorités,» estimait alors le Père Justo Lacunza Balda, chef de l’Institut Pontifical d’Etudes Arabes et Islamiques (PISAI) à Rome.

Dans un entretien avec l’agence de presse catholique américaine CNS, le Père Lacunza estimait qu’imposer la charia, qui en plus d’être un système de justice criminelle est aussi un code religieux pour la vie quotidienne, «sera discriminatoire envers les minorités, comme les juifs, les chrétiens ou les zoroastriens».

Beaucoup d’interrogations

Un responsable religieux bien informé à Rome estime récemment que si la charia devenait la loi du pays, «cela pourrait causer de sérieuses difficultés» car on l’imposerait alors aux non musulmans, violant ainsi leur liberté religieuse. Il pensait néanmoins que cela n’arrivera pas en Irak, du moins pas tout de suite. A ses yeux, l’ayatollah Ali al-Sistani, la figure religieuse la plus populaire du pays, «est le plus libéral» des leaders chiites irakiens. Or, Al-Sistani «a exclu que la nouvelle Constitution irakienne ressemble à celle qui existe en Iran».

Certes, disait alors ce religieux, al-Sistani ne semble pas souhaiter que l’Irak devienne un Etat théocratique dans lequel les membres du clergé soient directement impliqués dans le gouvernement comme en Iran. Mais il veut toutefois, à l’instar d’autres leaders chiites, que l’islam soit une source de la législation, spécialement en ce qui concerne le code de la famille.

Le coeur du problème

Une vision que ne partage pas totalement le Père Lacunza, selon qui, quelles que soient les garanties écrites dans la future Constitution irakienne pour protéger les droits des minorités religieuses, il restera un immense fossé entre le principe constitutionnel de la liberté religieuse et la réalité sur le terrain.

«Le coeur du problème est de savoir si les gens seront autorisés à pratiquer leur religion. Les minorités souffrent de discrimination dans la pratique, pas en principe». Et de souligner qu’en offrant une protection aux minorités, «c’est comme si nous acceptions qu’elles soient des espèces en danger». (apic/cns/ag/pr)

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