Des retraites minimum insuffisantes pour vivre
Paris, 9 août 2005 (Apic) Pour la première fois, l’Armée du Salut a décidé de maintenir ses soupes de nuit tout l’été dans l’Hexagone. Il s’agit notamment de faire face à l’afflux de personnes âgées qu’observent toutes les associations d’entraide.
En France, les personnes du 3e âge sont de plus en plus nombreuses à se presser aux soupes populaires et autres Restos du coeur. La raison en est les retraites insuffisantes, le coût de la vie, le chômage des plus de 50 ans. C’est ce que constate une enquête du quotidien catholique La Croix le 9 août 05
Ainsi, l’Armée du salut tient table ouverte, tous les soirs depuis octobre, en face de l’église Saint-Laurent, à deux pas de la gare de l’Est. L’Armée du salut constate que des hommes ou femmes de plus de 70 ans, n’ont plus les moyens suffisants pour assurer leurs trois repas quotidiens. Les équipes des «soupes de nuit» à Lyon ont fait, elles aussi, le même constat.
«Après les nouveaux pauvres du milieu des années quatre-vingt, puis les working poors (travailleurs pauvres), voici donc venus les retraités déshérités, le temps des vieux pauvres», écrit La Croix. Les associations ont commencé à voir apparaître le phénomène il y a un peu plus de deux ans. Il s’agit d’hommes et surtout de femmes seules, qui touchent une petite retraite ou un minimum vieillesse et qui n’arrivent plus à subvenir à leurs besoins, parce que le coût de la vie globalement a progressé», raconte le major Dominique Gloriès de l’Armée du salut, qui se dit «surpris» par l’état des logements de ces personnes âgées aux faibles ressources. En France on estime à 650.000 les personnes âgées vivant avec le minimum vieillesse.
Le Secours catholique remarque aussi que «des gens qui ont subi de plein fouet la crise économique de la fin des années quatre-vingt se retrouvent aujourd’hui avec de toutes petites retraites». Ainsi s’exprime Jean Caël, spécialiste des personnes âgées au sein de l’association. Parmi ces personnes âgées en difficulté, de nombreuses touchent un minimum vieillesse, soit 600¤ par mois (935 CHF) pour une personne seule.
Augmentation des plus de 50 et 60 ans
Les petits frères des Pauvres tout comme Emmaüs ou les Restos du Coeur constatent cette année une augmentation des plus de 60 ans parmi les déshérités. Et pas seulement dans les grandes villes, où l’on peut penser que les difficultés d’existence sont plus importantes qu’ailleurs, en raison du coût des loyers notamment, précise La Croix Mais, selon le quotidien, «le dénuement des sexagénaires n’est que l’arbre qui cache la forêt d’une autre pauvreté rampante, celle des quinquagénaires». Ce sont eux qui inquiètent désormais les associations comme Emmaüs. «La solidarité nationale est tout à fait défaillante avec les plus de 50 ans dont on sait pourtant que leurs chances de retrouver un emploi sont extrêmement faibles, pour ne pas dire nulles», témoigne Patrick Rouiller de l’association Emmaüs. «Pour eux, la situation sociale est bloquée, et si l’on ne fait rien, ils viendront grossir les rangs des plus âgés, contraints d’aller chercher de l’aide d’urgence».
Le centre d’hébergement d’urgence d’Emmaüs
L’association Emmaüs vient d’ouvrir un centre d’hébergement d’urgence pour les personnes de plus de 55 ans au sein de l’hôpital Perray-Vaucluse à Épinay-sur-Orge (Essonne). En 2004, dans les centres d’urgence franciliens d’Emmaüs, 18,5% des personnes accueillies avaient plus de 55 ans (contre 11,6% en 2003). Contrairement à d’autres centres, celui de Perray-Vaucluse est ouvert toute la journée et on peut y déjeuner. Il peut accueillir 60 personnes pour des séjours de quinze jours renouvelables. En sortant du centre, les personnes ont la possibilité de retourner dans leur famille, d’entrer dans une maison de retraite ou dans un foyer, de prendre une chambre dans un hôtel meublé ou de rejoindre une communauté Emmaüs.
Des associations et des mouvements viennent de créer un collectif qui réfléchit aux moyens d’endiguer la précarité des personnes âgées. Ce collectif regroupe le Secours catholique, les petits frères des Pauvres, Chrétiens en monde rural, le Fonds juif unifié, la Fédération protestante de France ou encore la Croix-Rouge française.
En attendant les premiers travaux, le Secours catholique a décidé de venir en aide aux plus de 50 ans, en ouvrant, il y a déjà quatre ans, à Paris, un centre d’hébergement qui leur est réservé. À la Cité Saint-Jean, le seul critère d’accueil est d’avoir. plus de 50 ans. «Nous voyons de plus en plus de personnes qui ont de petites retraites et qui ne peuvent pas payer de loyer. Pour ces gens-là, le parc immobilier privé n’est plus une réponse, même pas pour une chambre de bonne», souligne Alain Beaufrère, directeur de la Cité Saint-Jean. L’Armée du salut, elle, a décidé, pour la première fois de son histoire, de maintenir ses «soupes de nuit» tout l’été. (apic/lacroix/vb)
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