Rome: Le pape accorde sa première interview à Radio Vatican
Rome, 15 août 2005 (Apic) Le pape Benoît XVI souhaite que souffle «un vent de foi» sur la jeunesse allemande et européenne lors des Journées mondiales de la jeunesse de Cologne (16-21 août 2005) dans une interview diffusée par Radio Vatican dans l’après-midi du 14 août 2005.
Dans la première interview de son pontificat, le pape a rappelle aussi les profondes racines chrétiennes de l’Europe, dénoncé les lourdeurs de la société qui l’éloignent du christianisme et confie qu’il souhaite faire comprendre aux jeunes, contre les clichés, qu’il est «beau d’être chrétiens».
Dans trois jours, le 18 août au matin, le pape quittera Rome pour rejoindre Cologne où se sera ouverte, deux jours plus tôt, la 20e édition des Journées mondiales de la jeunesse voulue par son prédécesseur Jean Paul II.
Interrogé sur «l’objectif idéal» de ces JMJ, Benoît XVI a souhaité «un nouvel élan» pour «l’Eglise d’Allemagne et toute l’Europe», et «qu’un vent de foi nouveau passe sur la jeunesse, surtout sur la jeunesse allemande et européenne». En Allemagne, «les chrétiens accomplissent encore de bonnes oeuvres, mais il y a aussi une grande lassitude», a-t-il précisé soulignant que, «tellement occupés à résoudre des problèmes structurels, (.) nous n’avons plus l’enthousiasme et la joie qui viennent de la foi».
«Je voudrais leur faire comprendre (aux jeunes, ndlr), que c’est beau d’être chrétiens !», a alors lancé Benoît XVI sur Radio Vatican, regrettant que, selon une «idée largement répandue, (.) les chrétiens doivent obéir à d’innombrables commandements, interdits, principes et autres choses du même genre et que par conséquent le christianisme est épuisant, difficile à vivre et qu’on est plus libre sans tous ces fardeaux». «Au contraire, a poursuivi le pape, je voudrais leur faire comprendre qu’être soutenu par un grand amour et par une révélation ce n’est pas un fardeau, cela donne des ailes, et que c’est beau d’être chrétien». Interrogé sur la jeunesse du message de l’Eglise, Benoît XVI a affirmé que la foi n’est pas «une bouillie chauffée et réchauffée qui nous est proposée de puis 2000 ans».
L’Europe dans une phase d’auto-commisération
Pour le pape, une rencontre de ce genre, entre des personnes qui viennent de tous les continents, devrait donner un souffle nouveau même au vieux continent qui l’accueille, a encore espéré le pape interrogé sur l’enfouissement des racines et des valeurs chrétiennes de l’Europe. Cette rencontre «devrait nous aider à regarder non seulement ce qu’il y a de malade, de fatigué, de raté dans l’histoire européenne» a-t-il jugé, tout en souhaitant que l’on considère aussi «ce qu’il y a eu de grand en Europe !», un «continent qui a déterminé le destin du monde, pour le bien et pour le mal». Le pape a encore ajouté que l’Europe se trouvait «dans une phase d’auto-commisération et d’auto-condamnation».
Benoît XVI a pourtant constaté que, aujourd’hui encore, «le monde entier s’inspire d’une certaine manière de la civilisation qui s’est développée en Europe». Pour lui, «cela ne serait pas possible si cette civilisation n’avait pas eu des racines très profondes !» Le pape a aussi regretté que l’on veuille «lui trouver d’autres racines», affirmant qu’»on finit par tomber dans une contradiction». «Je crois que cette civilisation, avec tous ses dangers et ses espérances, ne pourra être maîtrisée et menée à sa grandeur que si elle apprend à reconnaître les sources de sa force; que si nous parviendrons à revoir cette grandeur, afin qu’elle puisse orienter à nouveau et redonner une grandeur au fait même d’être un homme, ce qui est aujourd’hui gravement menacé», a-t-il ajouté.
Condamnant les «nombreuses lourdeurs qui nous éloignent du christianisme» dans la société occidentale moderne, Benoît XVI s’est dit convaincu que «les jeunes commencent à se rendre compte que tous ces divertissements qui leur sont offerts, tout ce ’marché’ des loisirs, tout ce qu’on fait, tout ce qu’on peut faire, que l’on peut acheter et vendre, finalement que cela ne peut pas être le ’tout’». Regrettant «le ’marché des religions’ qui, d’une certaine manière, lui aussi, offre la religion comme une marchandise et qui donc la dégrade», Benoît XVI a pourtant estimé que «cela prouve qu’il y a une attente» à ne «pas ignorer».
OEcuménisme pas à l’ordre du jour
Sur la dimension oecuménique de son voyage en Allemagne, Benoît XVI a précisé qu’elle n’était pas «à l’ordre du jour», mais qu’elle «pourra être présente plutôt dans les rencontres entre les jeunes». A propos de sa rencontre avec des représentants des autres confessions chrétiennes, dans la soirée du 19 août, le pape a souligné qu’elle serait l’occasion «de voir comment nous voulons aller de l’avant». «Je crois qu’il est important que nous ayons toujours à coeur l’unité, cela doit occuper une place centrale dans notre manière d’être chrétiens et non seulement à l’occasion des rencontres», a-t-il ajouté.
Interrogé plus personnellement sur sa joie de se rendre à Cologne, le pape allemand a reconnu qu’il était heureux de revoir la Rhénanie, et que «la providence a voulu que (son) premier voyage à l’étranger (le) conduise justement en Allemagne». «Je n’aurais jamais osé l’organiser moi-même!», a confié Benoît XVI à propos de l’invitation lancée aux jeunes en 2002 par Jean Paul II à Toronto de se rendre en Allemagne en 2005. Il a encore avoué que, «rencontrer les jeunes, c’est toujours beau, parce que même s’ils ont de nombreux problèmes, ils portent en eux une grande espérance, tant d’enthousiasme, des attentes», et que l’»on sort toujours revigoré d’une rencontre avec les jeunes, plus joyeux, plus ouverts».
«Nous verrons jusqu’à quel point le Seigneur voudra bien m’aider dans cette oeuvre !», a encore répondu le pape, en riant, à la question de savoir si, à son âge (78 ans), il peut bâtir des ponts avec la jeunesse. Mais, a-t- il précisé, «la sagesse n’est pas une chose qui a une odeur de moisi», elle «consiste plutôt à savoir comprendre ce qui est important, à savoir saisir l’essentiel».
Diffusé le 14 août 2005 à 16h par le programme allemand de Radio Vatican, l’entretien accordé par le pape est disponible sur le site Internet de la radio du Saint-Siège (www.vaticanradio.org), dans sa langue d’origine ainsi qu’en français, en anglais et en italien.
Rares interviews
Il s’agit de la première interview du pape élu le 19 avril dernier. Une interview accordée par Benoît XVI le 13 août au matin dans sa résidence de Castel Gandolfo près de Rome au responsable de la section allemande de Radio Vatican, le père jésuite Eberhard von Gemmingen.
Une interview du pape est un événement rare. Jean Paul II, durant tout son pontificat, n’avait accordé que quelques entretiens aux médias et avait réalisé avec le journaliste italien Vittorio Messori, en 1994, un livre-interview intitulé «Entrez dans l’espérance», traduit en plus de 50 langues. (apic/imedia/ami/pr)
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