Un vibrant appel pour que cesse le terrorisme

Cologne: Benoît XVI a rencontré représentants de l’Islam

Antoine-Marie Izoard, Agence I.Media

Cologne 21 août 2005 (Apic) Benoît XVI a lancé avec conviction un appel pour que cesse le terrorisme – «choix pervers et cruel» – et a accusé les auteurs des attentats de vouloir envenimer les relations interreligieuses qu’il a qualifiées de nécessités vitales. Des paroles prononcées par le pape alors qu’il recevait une dizaine de représentants des communautés musulmanes allemandes à l’archevêché de Cologne dans la soirée du 20 août en marge des 20e JMJ.

Avant l’intervention du pape, Ridvan Cakir, président de l’Union islamique turque en Allemagne a pris la parole. Le chef de l’imposante communauté turque présente en Allemagne a longuement souligné l’importance du dialogue interreligieux pour la paix dans le monde et la nécessité de continuer ce dialogue des religions d’Abraham, dans «le respect des sensibilités». Au terme de son discours, Ridvan Cakir a aussi présenté la Turquie comme «exemple notable» d’un pays où vivent les différentes religions. «Dans ce contexte, a souligné le responsable musulman devant Benoît XVI, le procès d’adhésion de la Turquie est une opportunité à étudier». Interrogé au terme de la rencontre par l’agence I.MEDIA, partenaire de l’Apic, Ridvan Cakir a affirmé que le pape avait «hoché la tête», donnant l’impression d’acquiescer à ses paroles mais sans faire de commentaire supplémentaire.

Pour sa part, le pape a déclaré devant la délégation musulmane que «le terrorisme, quelle qu’en soit l’origine, est un choix pervers et cruel». Il a déploré que «des actions terroristes continuent à se produire dans diverses parties du monde, semant mort et destruction, jetant beaucoup de nos frères et soeurs dans les larmes et le désespoir». Pour le pape, «ceux qui ont pensé et programmé ces attentats démontrent leur désir de vouloir envenimer nos relations, se servant de tous les moyens, même de la religion, pour s’opposer à tous les efforts de convivialité pacifique, loyale et sereine».

Freiner ensemble la vague de fanatisme cruel

Benoît XVI a alors invité toutes les religions à «extirper des coeurs le sentiment de rancoeur», à s’opposer à toute forme d’intolérance et à toute manifestation de violence, en vue de freiner «la vague du fanatisme cruel qui met en danger la vie de nombreuses personnes, faisant obstacle à la progression de la paix dans le monde». Une «tâche ardue», a reconnu le pape, qui a aussi appelé à ne pas «céder aux pressions négatives du moment» pour «proclamer les valeurs de respect réciproque, de solidarité et de paix».

Après avoir souligné que les croyants des deux religions doivent faire face aux nombreux défis qui se posent aujourd’hui, Benoît XVI a affirmé que «le dialogue interreligieux et interculturel entre chrétiens et musulmans ne peut pas se réduire à un choix passager» mais représente «une nécessité vitale, dont dépend en grande partie notre avenir». «Il n’y a pas de place pour l’apathie, ni pour le désengagement, et encore moins pour la partialité et le sectarisme», a encore insisté le pape, affirmant que «nous ne pouvons pas céder à la peur, ni au pessimisme» mais «plutôt cultiver l’optimisme et l’espérance».

Reconnaître le caractère central de la personne

Pour le pape, «c’est uniquement sur la reconnaissance du caractère central de la personne» que chrétiens et musulmans peuvent trouver un terrain commun d’entente pour dépasser «les éventuelles oppositions culturelles» et neutraliser «la force explosive des idéologies». Ainsi, puisque «la vie de tout être humain est sacrée» aux yeux des deux religions, le pape a soutenu qu’il «faut écouter et faire écouter» le message de «la dignité de la personne». Benoît XVI a averti que, si l’écho de ce message s’éteignait dans les coeurs, «le monde serait exposé aux ténèbres d’une nouvelle barbarie».

Le souverain pontife a reconnu que «l’expérience du passé (.) enseigne que le respect mutuel et la compréhension n’ont pas toujours marqué les relations entre chrétiens et musulmans». «Combien de pages de l’histoire évoquent les batailles et aussi les guerres qui se sont produites, en invoquant, de part et d’autre, le nom de Dieu, en laissant presque penser que combattre l’ennemi et tuer l’adversaire pouvaient lui être agréables», a encore déploré le pape, précisant que «le souvenir de ces tristes événements devrait nous remplir de honte».

Se rappelant que «bien les atrocités ont été commises au nom de la religion», Benoît XVI a jugé que «les leçons du passé doivent nous servir à éviter de répéter les mêmes erreurs», à «rechercher les voies de la réconciliation et apprendre à vivre en respectant chacun l’identité de l’autre». «En ce sens, a appuyé le pape, la défense de la liberté religieuse est un impératif constant, et le respect des minorités est un signe indiscutable d’une véritable civilisation».

Ce n’était pas une visite de politesse

Au terme de leur rencontre avec le pape, les représentants de l’Islam ont tenu une conférence de presse tout près de l’archevêché de Cologne. Nadeem Elyas, président du Conseil central des musulmans d’Allemagne, a déclaré qu’il ne s’agissait pas d’une «visite de politesse», mais que cette rencontre montrait combien le monde a besoin «de plus de courage, de plus de sécurité, de plus de confiance». Ridvan Cakir, le président de l’Union islamique turque en Allemagne, a assuré que les musulmans voulaient s’engager dans le dialogue entre les religions et affirmé que «chaque être humain doit participer à la lutte contre le terrorisme». La conférence de presse ’à ciel ouvert’ près du lieu de résidence du pape s’est achevée soudain lorsque le cortège officiel de Benoît XVI est sorti de l’archevêché de Cologne pour rejoindre l’esplanade de Marienfeld où devait se tenir la veillée des Journées mondiales de la jeunesse. (apic/imedia/ami/bb)

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