Cologne: Veillée des jeunes avec le pape à Marienfeld
Ariane Roller, agence I.Media
Cologne 21 août 2005 (Apic) « Ce ne sont pas les idéologies qui sauvent le monde, mais seulement le fait de se tourner vers Dieu », a déclaré Benoît XVI aux quelque 800’000 jeunes assemblés à Marienfeld, à une trentaine de kilomètres de Cologne, dans la soirée du 20 août. Dans son homélie, le pape a invité les jeunes, à travers les saints, à « découvrir le vrai visage de Dieu », qui n’est pas « un Dieu privé » mais « l’amour éternel ».
Dans sa longue homélie, dont les paragraphes ont été successivement lus en allemand, anglais, français, espagnol et italien, Benoît XVI est parti de l’exemple des mages pour encourager les jeunes à se tourner eux aussi vers Dieu et à l’adorer. Le thème de la 20e JMJ est ’Nous sommes venus l’adorer’, faisant ainsi référence aux reliques des mages conservées selon la tradition dans la cathédrale de Cologne.
Pour chercher leur roi, les mages s’étaient « mis en route », « même si les autres personnes, celles qui étaient restées chez elles, les considéraient peut-être comme des utopistes et des rêveurs ». Ils avaient au contraire « les pieds sur terre », a déclaré Benoît XVI.
Les mages devaient « apprendre que Dieu est différent de la façon dont habituellement nous l’imaginons », a encore affirmé le pape. « Dans ce monde, Dieu n’entre pas en concurrence avec les formes terrestres du pouvoir. Il n’a pas de divisions à opposer à d’autres divisions », a-t-il en effet commenté. Les mages devaient donc « changer leur idée sur le pouvoir, sur Dieu et sur l’homme et, ce faisant, ils devaient aussi se changer eux- mêmes » et « apprendre le style de Dieu ». Ils « devaient devenir des hommes de la vérité, du droit, de la bonté du pardon, de la miséricorde », a expliqué le pape, en appuyant ses propos par des gestes de la main.
Benoît XVI a alors souligné que les mages étaient « les premiers d’un long cortège d’hommes et de femmes qui, dans leur vie, ont constamment cherché (.) le Dieu qui est proche de nous les êtres humains, et qui nous indique la route ». Il a évoqué, en français, tous les saints de l’histoire, parmi lesquels ceux canonisés par Jean Paul II. « Il est avant nous dans cette heure », a improvisé le pape sous les applaudissements.
« Les bienheureux et les saints ont été des personnes qui n’ont pas cherché obstinément leur propre bonheur, mais qui ont simplement voulu se donner, parce qu’ils ont été touchés par la lumière du Christ », a affirmé le pape. « Ils nous montrent ainsi la route pour devenir heureux, ils nous montrent comment devenir des personnes vraiment humaines », a expliqué le pape sous les larges applaudissements des Français et francophones.
Des révolutions qui n’attendaient plus rien de Dieu
Puis de souligner, en espagnol, qu’au cours du siècle dernier, « nous avons vécu les révolutions dont le programme commun était de ne plus rien attendre de Dieu, mais de prendre totalement dans ses mains la cause du monde, pour en transformer la condition ». « Nous avons vu que, ce faisant, un point de vue humain et partial était toujours pris comme la mesure absolue des orientations ». Or, pour Benoît XVI, chaleureusement applaudi, « l’absolutisation de ce qui n’est pas absolu mais relatif s’appelle totalitarisme ». « Cela ne libère pas l’homme », au contraire cela « lui ôte sa dignité et le rend esclave ».
« Ce ne sont pas les idéologies qui sauvent le monde, mais seulement le fait de se tourner vers » Dieu, le « garant de notre liberté, le garant de ce qui est véritablement bon et vrai », a alors déclaré le pape. Pour lui, « la révolution véritable consiste uniquement dans le fait de se tourner vers Dieu, qui est la mesure de ce qui est juste et qui est, en même temps, l’amour éternel ». « Qu’est-ce qui pourrait bien nous sauver sinon l’amour ? », a-t-il aussi lancé.
« Ceux qui parlent de Dieu sont nombreux; au nom de Dieu on prêche aussi la haine et on exerce la haine », a constaté le pape. Il est donc « important de découvrir le vrai visage de Dieu » qui se révèle en Jésus Christ. Et c’est en le suivant « que nous cheminerons sur le juste chemin », a déclaré le pape, l’air plus assuré du fait des applaudissements.
« On peut beaucoup critiquer l’Eglise », a reconnu Benoît XVI en s’exprimant en italien, suscitant immédiatement l’adhésion du groupe le plus nombreux des JMJ. « Nous le savons, (.) elle est un filet avec de bons et de mauvais poissons, un champ avec le bon grain et l’ivraie ». Il a aussi rappelé que Jean Paul II avait ainsi « demandé pardon pour ce qui, dans le cours de l’histoire, en raison de l’action et de la parole d’hommes d’Eglise, s’est produit de mal ». Il nous a « fait voir notre vraie image et il nous a exhortés à entrer avec tous nos défauts et toutes nos faiblesses dans le cortège des saints », a expliqué le nouveau pape. « En définitive, que l’ivraie existe dans l’Eglise est consolant », a-t-il conclu, car « ainsi, avec tous nos défauts », nous pouvons « espérer nous trouver encore à la suite de Jésus ».
Une bougie allumée à Bethléem a été remise au pape
Après les paroles de Benoît XVI, l’icône de la Vierge a été portée sur le podium alors qu’étaient entonnés des chants orientaux et ’l’Ave Maria’. Puis, au cours d’une ’célébration de la lumière’, une bougie allumée dans la grotte de Nativité de Bethléem a été apportée au pape. Pour la première fois dans un tel rassemblement, au coeur de ’l’année de l’Eucharistie’, a commencé une adoration du Saint-Sacrement. A 22h30, en silence, Benoît XVI s’est agenouillé devant l’ostensoir contenant le Saint- Sacrement.
Avant que le pape ne donne la bénédiction eucharistique avec le Saint- Sacrement, des jeunes ont lu des intentions de prière en lituanien, hollandais, lingala, chinois, allemand, polonais et arabe. Benoît XVI a aussi reçu de grands rouleaux contenant les prières écrites par les jeunes et déposées dans les ’centres spirituels’ de ces JMJ. Le souverain pontife a quitté le site de Marienfeld peu avant 23h, passant devant les quelque 70 cardinaux et 700 évêques présents.
Tout au long de la soirée, la veillée a été rythmée par des chants de Taizé. Un ’clin d’oeil’ au fondateur de la communauté oecuménique, le frère Roger Schütz, assassiné par une jeune déséquilibrée le 16 août dernier en Bourgogne (France).
Benoît XVI était arrivé dans sa papamobile blindée, vers 20h, en compagnie de Mgr Stanislas Rylko, le président du Conseil pour les laïcs, et avait fait le tour du site de Marienfeld, saluant de sa main les jeunes, avant de gagner le podium géant installé sur une butte artificielle. Dans l’après-midi, des centaines de milliers de jeunes avaient cheminé vers le lieu du week-end conclusif de cette 20e édition des JMJ. Ils s’étaient installés sur le grand champ décoré de bougies et de colonnes de lumière. Les mesures de sécurité étaient assurées aux abords du lieu de la célébration. Le ciel menaçant s’est peu à peu dégagé.
Avant que le pape arrive, vers 17h30, un musicien israélien a appelé « les gens de l’est et de l’ouest de toutes les cultures et religions à nous joindre dans notre prière pour la paix ». Les paroles de ses chants, en hébreu et en arabe étaient ’pour la paix’. Les musiciens, des orientaux, jouaient notamment de l’oud. Puis des airs religieux, dont ’l’Ave Maria’ ont été chantés. Quand le pape est monté sur le podium géant, l’hymne des JMJ ’Venite adorare eum’ a été entonné. Après quelques chants, le pape a béni une cloche portant le nom de Jean Paul II. Quelques jeunes ont donné un témoignage personnel. (apic/imedia/ar/bb)
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