Rome: L’incident entre le Saint-Siège et l’Etat d’Israël est clos, selon l’ambassadeur d’Israël

Une « crise » inventée de toute pièces se termine

Rome, 28 août 2005 (Apic) L’incident entre le Saint-Siège et l’Etat d’Israël est désormais clos, selon l’ambassadeur d’Israël près le Saint- Siège. Cette « crise », le custode de Terre Sainte estimait le mois dernier qu’elle avait été inventée de toute pièces par Israël pour éviter de respecter les pactes signés avec le Saint-Siège sous l’égide de Jean Paul II.

L’ambassadeur d’Israël près le Saint-Siège, Oded Ben-Hur, a été reçu le 23 août 2005 par le secrétaire d’Etat du Saint-Siège, le cardinal Angelo Sodano, auquel il a remis une lettre du Premier ministre israélien Ariel Sharon. Ce courrier, dont le cardinal Sodano a été « très satisfait », a mis fin à l’incident entre Israël et le Saint-Siège survenu fin juillet dernier, a expliqué vendredi Oded Ben-Hur au correspondant de l’Apic à Rome.

Les deux Grands rabbins d’Israël reçus par le pape le 15 septembre prochain

Le diplomate a en outre annoncé que les deux Grands rabbins d’Israël rendraient visite à Benoît XVI le 15 septembre prochain à Castel Gandolfo. Le 25 juillet dernier, le gouvernement israélien avait reproché à Benoît XVI de ne pas avoir mentionné son pays parmi ceux récemment touchés par le terrorisme, dans la condamnation qu’il en avait faite lors de la prière de l’angélus de la veille.

Le Saint-Siège s’était alors défendu de tels propos, rappelant la condamnation générale que le pape faisait de tout acte terroriste. Mais un membre du ministère des affaires étrangères israélien, Nimrod Barkan, avait alors critiqué sans nuances le Saint-Siège pour son « silence permanent » sur les attentats en Terre Sainte dans une interview donnée au quotidien Jerusalem Post le 26 juillet.

Ces critiques déplacées avaient suscité la réaction du Vatican, son porte-parole réfutant toutes ces accusations visant aussi Jean Paul II et expliquant que « de même que le gouvernement israélien ne se laissait pas dicter par d’autres ce qu’il doit dire, ce qui est compréhensible, de même le Saint-Siège ne pouvait accepter de recevoir des leçons et des directives sur l’orientation et le contenu de ses déclarations d’aucune autre autorité ».

Un ton israélien plus constructif

L’ambassadeur d’Israël près le Saint-Siège a demandé à rencontrer le cardinal Angelo Sodano afin de lui présenter la lettre écrite à son attention par le Premier ministre Sharon en réponse à sa lettre. « L’environnement et l’atmosphère étaient très positifs et amicaux. Le cardinal a lu la lettre en ma présence. Il en était très satisfait. Il a dit qu’il allait la montrer immédiatement au pape », a-t-il confié à l’agence I.Media.

Outre le fait d’inviter le cardinal Sodano à se rendre en Israël, le Premier ministre israélien faisait, dans sa lettre, « l’éloge du pape et le remerciait d’être un grand ami d’Israël et d’être engagé dans le dialogue avec les juifs », a précisé le diplomate israélien.

Il expliquait aussi la sensibilité de l’Etat d’Israël vis-à-vis du terrorisme « dont il est victime depuis longtemps » et que « nous sommes très sensibles à toute tentative de différenciation du terrorisme musulman contre les citoyens israéliens du terrorisme contre les autres pays ». Car il n’y a pas de distinction à faire, a poursuivi Oded Ben-Hur. Et c’est parce que la voix du pape est extrêmement importante pour les Israéliens qu’ils ont ainsi réagi, a-t-il justifié. Car la condamnation du terrorisme par « cette suprême autorité morale » que représente le pape peut continuer à affronter le terrorisme et « aider les forces modérées dans la région afin d’apporter la paix au monde ».

Selon l’ambassadeur d’Israël près le Saint-Siège, le secrétaire d’Etat du Saint-Siège a de son côté répondu en disant « nous avons peut-être fait une erreur ». Sans doute parce que ce message lors de la prière de l’angélus a été écrit « très vite ». Le cardinal a précisé qu’il n’y avait là « rien d’intentionnel », a poursuivi le diplomate.

Oded Ben-Hur affirme que le secrétaire d’Etat a reconnu que « peut- être que les paroles du porte-parole du Saint-Siège étaient peu appropriées » et que le Saint-Siège aurait dû choisir un autre ton. Le cardinal a cependant aussi relevé que c’était une erreur d’Israël d’avoir approché les médias de cette façon au lieu de résoudre l’incident par le biais diplomatique.

Quoiqu’il en soit, Oded Ben-Hur a affirmé que, pour lui, l’incident était clos et résolu et qu’il était « satisfait et content » des paroles du secrétaire d’Etat. Des propos confirmant ceux du cardinal Sodano dans la lettre envoyée au Premier ministre israélien à laquelle Ariel Sharon a répondu le 23 août. Le cardinal italien signalait que les « deux côtés avaient probablement fait des erreurs », selon Oded Ben-Hur. Il y soulignait aussi que le Saint-Siège voulait conclure les négociations juridico- financières bilatérales en cours « depuis trop longtemps », affirmant nécessaire que tous fassent des « efforts », a estimé l’ambassadeur.

Oded Ben-Hur a encore déclaré qu’Ariel Sharon avait mentionné dans sa lettre qu’il avait demandé à ses collaborateurs de tout faire pour mener à bien les négociations et de façon satisfaisante. Des discussions entre les parties israélienne et vaticane sont agendées dans les deux prochains mois. « Donc les choses sont sur la bonne voie et avancent rapidement », a-t-il ajouté. Il a conclu en affirmant qu’Israël a fait « beaucoup de concessions et de compromis durant les derniers mois », et que la responsabilité d’une conclusion positive « revient aux deux parties ».

Depuis le mois de juillet 2004, le Vatican et l’Etat d’Israël ont repris des négociations interrompues depuis 10 ans, en vue de la conclusion d’un accord juridico-financier en ce qui concerne la propriété ecclésiastique, les exonérations fiscales sur le revenu des activités commerciales des communautés chrétiennes et le statut juridique de l’Eglise catholique. De ces trois points, c’est le dernier qui n’est pas encore pleinement résolu. JB/AR

Encadré

Visite du pape à la synagogue de Cologne: une « brique dans la construction de la bonne foi »

Interrogé par l’agence I.Media sur la visite de Benoît XVI à la synagogue de Cologne le 19 août 2005, Oded Ben-Hur a exprimé sa satisfaction face à « ce geste historique ». Pour l’ambassadeur, cette visite est une « brique dans la construction de la bonne foi dans nos relations et dans les relations interreligieuses ». Il a aussi estimé que « nous avons là un pape qui a une sensibilité pour approfondir le dialogue, ce dont nous sommes satisfaits ». Il estime qu’il faut la développer.

En outre, Oded Ben-Hur a dit avoir eu l’idée d’une visite des Grands rabbins d’Israël à Benoît XVI pour marquer le 40e anniversaire de « Nostra Aetate ». Cette déclaration conciliaire de 1965 « sur les relations de l’Eglise avec les religions non chrétiennes » représente un tournant important dans l’histoire des rapports entre juifs et catholiques.

« C’est une occasion opportune de rencontrer le pape, de remercier le Vatican pour ses décisions et déclarations courageuses concernant les juifs, les absolvant du déicide; nous voyons aussi en cela un aspect politique, car ce document a préparé la voie pour la mise en place ultérieure de pleines relations diplomatiques entre Israël et le Saint- Siège », a rapporté le diplomate. Il s’est dit très content que le Vatican ait accepté cette rencontre qui aura lieu le 15 septembre à Castel Gandolfo Il relève qu’une « déclaration commune très positive » serait lue à cette occasion. Les deux Grands rabbins d’Israël, Yona Metzger et Shlomo Amar, avaient déjà été reçus par Jean Paul II le 16 janvier 2004. (apic/imedia/ar/be)

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