Rome: Mgr Bernard Fellay reçu en audience par le pape Benoît XVI à Castel Gandolfo
Rome, 29 août 2005 (Apic) Benoît XVI a reçu en audience lundi 29 août à Castel Gandolfo l’évêque dissident Bernard Fellay, supérieur général de la Fraternité sacerdotale St-Pie X. « Conscients des difficultés », le Saint- Siège et la Fraternité St-Pie X souhaitent se rapprocher par étapes et dans un temps raisonnable, selon le porte-parole du Saint-Siège.
Le pape a ainsi repris le dialogue avec les catholiques intégristes qui avaient suivi Mgr Lefebvre dans le schisme d’Ecône en 1988. Selon ses propres données, la Fraternité traditionaliste, qui traverse actuellement une période de crise interne, regroupe plus de 440 prêtres et dispose de plus de 150 prieurés dans 31 pays sur tous les continents. Contrairement aux apparences, ce n’est pas le retour de la messe en latin qui fait problème, mais le refus par les traditionalistes des enseignements du Concile Vatican II, notamment ceux qui concernent l’oecuménisme et le dialogue interreligieux.
Dans un « climat d’amour pour l’Eglise »
La rencontre, qui a eu lieu dans la matinée du 29 août 2005 entre Benoît XVI et le supérieur général de la Fraternité St-Pie X, Mgr Bernard Fellay, s’est déroulée « dans un climat d’amour pour l’Eglise et de désir d’arriver à la communion parfaite », a déclaré le porte-parole du Saint- Siège. Dans son communiqué daté du même jour, Joaquin Navarro-Valls a précisé que dans cette perspective et devant « les difficultés dont elles ont conscience », les parties souhaitent « procéder par étapes et dans un temps raisonnable ».
Rester uni à Rome tout en conservant le rite préconciliaire
Le porte-parole du Saint-Siège a précisé que le pape Benoît XVI a reçu lundi matin, dans le palais apostolique de Castel Gandolfo, le supérieur général de la Fraternité St-Pie X, « qui en avait fait la demande ». Navarro-Valls a en outre précisé que le pape était accompagné du cardinal Dario Castrillon Hoyos, président de la Commission pontificale « Ecclesia Dei ».
Attachée à la Congrégation pour la doctrine de la foi, la Commission « Ecclesia Dei » a été fondée par Jean Paul II après le schisme « lefebvriste » de 1988 par le motu proprio « Ecclesia Dei » dans le but « de faciliter la pleine communion ecclésiale des prêtres, séminaristes, religieux et religieuses (.) liés dans différents domaines à la Fraternité fondée par Mgr Lefebvre, et qui désirent rester unis » au pape dans l’Eglise catholique, tout en conservant le rite préconciliaire.
Le désir d’arriver à la communion parfaite
« La rencontre s’est déroulée dans un climat d’amour pour l’Eglise et de désir d’arriver à la communion parfaite », a poursuivi Joaquin Navarro- Valls. « Quoique conscients des difficultés », les interlocuteurs ont manifesté leur volonté « de procéder par étapes et dans un temps raisonnable », a-t-il enfin ajouté.
Dans un entretien publiée le 16 juillet dernier par DICI, l’organe de communication de la Fraternité St-Pie X, Mgr Fellay répondait à la question de savoir ce qu’il dirait à Benoît XVI s’il le rencontrait. « Je lui demanderais la liberté de la messe (selon le rite traditionnel de Saint Pie V, ndlr) pour tous et dans le monde entier », expliquait alors le responsable de la Fraternité, ajoutant qu’il demanderait aussi au pape de « rétracter le décret d’excommunication relatif aux sacres (l’ordination de quatre évêques, dont Mgr Fellay, célébrée par Mgr Marcel Lefebvre en 1988) ».
Au Vatican, on dit que si le premier point ne devrait pas poser de problème majeur, le second est plus compliqué. Si les évêques ordonnés sans l’autorisation de l’Eglise rentraient dans le giron catholique, ils devraient normalement retrouver le statut qu’ils avaient lorsqu’ils l’ont quittée, c’est-à-dire celui de prêtres. S’ils étaient reconnus évêques, notamment pour les fonctions qu’ils exercent, se poserait alors la question controversée de leur succession.
Le processus de négociations entre Rome et la Fraternité St-Pie X en vue d’une réconciliation et d’un retour des évêques, prêtres et fidèles séparés, a toujours été chaotique. Les discussions entre la Fraternité sacerdotale St-Pie X – fondée en Suisse par Mgr Marcel Lefebvre en 1987 – et le Saint-Siège ont réellement commencé au cours de l’année 2000, à l’occasion du Grand Jubilé. Les responsables du mouvement séparé de Rome avaient été reçus, à cette occasion, par Jean Paul II. Des rumeurs de réconciliation avaient été lancées à plusieurs reprises, mais sans résultat.
Le cardinal Ratzinger avait tenté de faire rentrer Mgr Lefebvre dans le rang
Benoît XVI est aujourd’hui bien placé pour conduire les discussions avec la Fraternité schismatique. C’est lui, en effet, qui a mené les entretiens pour tenter, en vain, de faire rentrer Mgr Lefebvre et ses fidèles dans le rang, alors qu’il était préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. En 2002, par exemple, il a correspondu avec Mgr Fellay pour une reprise du dialogue sur des questions théologiques.
Mais la Fraternité St-Pie X traverse aujourd’hui une forte crise interne. A Bordeaux, l’abbé Philippe Laguérie, de la paroisse lefebvriste de Saint-Eloi, après l’abbé Christophe Héry, s’est fait exclure de la Fraternité schismatique. Il avait refusé l’an dernier sa mutation au Mexique.
Fortes tensions internes
A l’instar d’une partie de la Fraternité, il avait aussi fortement critiqué en juillet 2004 la gestion des séminaires de la Fraternité, condamnant une trop forte sélection des postulants. D’autre part, une aile dure, menée par l’évêque lefebvriste anglais Richard Williamson, s’oppose à celle plus favorable, derrière Mgr Fellay, à un rapprochement avec Rome. L’annonce de la rencontre de ce dernier avec Benoît XVI a d’ailleurs été révélée par l’évêque schismatique anglais, sans doute dans le but de faire échouer ces négociations.
Si au Vatican on espère parvenir à ce qu’un large groupe de personnes de la Fraternité St-Pie X finisse par rejoindre l’Eglise catholique, on doute aussi, en raison des divisions internes, que tous puissent un jour être réunis autour du siège de Pierre.
Basée à Menzingen, en Suisse, la Fraternité St-Pie X comptait, fin 2004, 441 prêtres, dont un tiers de Français, dans 59 pays, ainsi que 6 séminaires. Ces derniers accueillent une cinquantaine de séminaristes chaque année. La Fraternité dit regrouper 200’000 fidèles, dont 100’000 en France. (apic/imedia/ar/be)
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