Une communauté qui s’inquiète pour sa liberté de croyance

France: Les protestants français invités à résister

Paris, 5 septembre 2005 (Apic) Centenaire oblige, la loi de 1905 était au coeur de l’Assemblée annuelle du Désert, réunie dimanche 4 septembre dans un hameau reculé des Cévennes, dans le Gard. Ils étaient des milliers à ce rendez-vous annuel, rapporte le quotidien français catholique La Croix, le 5 septembre.

Mialet, hameau reculé des Cévennes, a vu dimanche 4 septembre comme chaque premier dimanche de septembre depuis 1911, des milliers de protestants venir se rassembler au Désert. Ils étaient entre 15’000 et 20’000 à venir en pèlerinage à la maison de Roland, un chef camisard. La « guerre des camisards » est ce soulèvement armé qui mobilisa les protestants des Cévennes et d’une partie de la plaine du Bas-Languedoc contre le pouvoir royal de 1702 à 1705.

Anonymes et personnalités, Cévenols et étrangers, chacun perpétue le souvenir de ses ancêtres opprimés et de la longue période de clandestinité imposée par la révocation de l’Edit de Nantes (1685). Le 18 octobre 1685, en effet, le roi Louis XIV révoquait totalement l’Édit de tolérance signé à Nantes par son grand-père Henri IV en 1598. Il liquidait ainsi le protestantisme français et signait l’instauration d’un catholicisme rigoureux, du moins dans les formes. Le nouvel édit s’est appliqué à l’ensemble du royaume sauf à l’Alsace qui venait d’être annexée (ce régime d’exception sera renouvelé en 1918 à propos du Concordat et de la séparation de l’Église et de l’État).

Seulement 2,2% des Français sont protestants

« C’est une manière de montrer que le protestantisme est vivant, que nous appartenons à une communauté », a affirmé Denis Carbonnier, dont la famille s’occupe de l’Assemblée et du Musée du Désert depuis quatre générations, à la journaliste du quotidien catholique La Croix, Gwenaëlle Moulins. La communauté disséminée et minoritaire, est estimée à 2,2 % de la population française.

Dimanche 4 septembre à midi, le culte présidé par Jean-François Breyne, pasteur de Nîmes, est à peine terminé que Jean – 68 ans, et « 55 assemblées du Désert au compteur » – a déjà enfourché sa moto pour retourner chez lui, rapporte La Croix. Il ne reste pas pour les allocutions de l’après-midi : « Je ne suis pas du genre à analyser, j’ai la foi du charbonnier », sourit- il. Les protestants célébraient cette année le centenaire de la loi de séparation des Églises et de l’État et celui de la Fédération protestante de France (FPF). La première à monter en chaire, Gabrielle Cadier, maître de conférences à Paris IV, croix huguenote au cou, montrera le rôle des protestants dans la genèse de la loi de 1905.

L’affaire de Montreuil, emblématique

Après avoir exprimé sa « reconnaissance envers la République qui nous permet de croire ce que nous voulons », Jean Baubérot, historien et sociologue, s’est quant à lui lancé dans un vibrant appel à la résistance. L’assemblée comprend l’allusion à « l’affaire de Montreuil ». En février dernier, le maire, Jean-Pierre Brard, y avait en effet interrompu un culte protestant. « Un viol spirituel commis dans l’indifférence », selon Jean Baubérot.

Ces dérapages, et même « ces appels à la haine » selon les orateurs, se multiplieraient depuis quelques années. Le pasteur Jean-Arnold de Clermont, président de la Fédération protestante de France (FPF), s’en est largement fait l’écho dans son message final, dénonçant une nouvelle fois les propos du maire de Martigues qui, en juin dernier, aurait déclaré que « les tsiganes évangéliques étaient inspirés par le diable »

Zèle « laïcard »

Le président de la FPF a également mis en garde contre « un zèle laïcard » dont les Églises évangéliques, font les frais : demandes intempestives de contrôles administratifs, refus d’assurer des associations cultuelles, etc. Dans la seconde partie de son intervention, le pasteur de Clermont a invité les protestants à « sortir de leur temple » : « Le communautarisme est un péché à la mode. Pourtant, j’appartiens à une communauté et c’est en son sein que je grandis. Crise sociale, pauvreté, racisme, réchauffement climatique sont autant de domaines où notre engagement est attendu. »

Laïcité et inculture vont de pair. Florence Blondon, pasteure à l’église réformée de Montpellier, se dit interpellée : « Bien sûr, la loi de 1905 nous apporte beaucoup. Mais en même temps, la laïcité s’est transformée, dans les écoles, en une inculture religieuse complète ».

La Fédération rassemble un protestantisme divisé par l’histoire

La loi de séparation des Eglises et de l’Etat définit aujourd’hui encore le cadre de la laïcité en France. Dans l’élaboration de la « laïcité à la française  » sous la IIIème République, les protestants français ont tenu une place décisive. Leur position tenait en grande partie à leur histoire de minorité religieuse persécutée. C’est dans le sillage de la loi de séparation, que la Fédération protestante de France est née, en octobre 1905. Il s’agissait de rassembler le protestantisme français, divisé par l’histoire (Églises réformées évangéliques, libérales, libres, luthériennes, méthodistes), afin de mieux défendre les « libertés nécessaires à l’exercice du culte protestant » a expliqué le pasteur de Clermont dans le journal Réforme du 1er septembre.

Le projet du Musée du Désert a été lancé dès 1910, en hommage aux persécutions subies et à la liberté de conscience, valeur commune de tous les protestants.

Dans la perspective de cette assemblée du Désert 2005, Jean-Arnold de Clermont avait encore souligné que: « Du Musée du Désert aux nouvelles assemblées évangéliques issues de l’immigration, en passant par Taizé, les Tziganes pentecôtistes ou les adventistes, l’extrême diversité du protestantisme ne menace en rien son unité, qui demeure fondée sur la lecture de la Bible et une grande liberté à l’égard des institutions ». (apic/lcx/fpf/vb)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/france-les-protestants-francais-invites-a-resister/