Berne: OEuvres d’entraide, écologistes et syndicats face aux objectifs du Millénaire
Berne, 6 septembre 2005 (Apic) Alors que se tient du 14 au 16 septembre prochain à New York le Sommet mondial 2005 de l’ONU sur les objectifs du Millénaire, oeuvres d’entraide suisses, syndicats, organisations écologistes et de défense des droits de l’homme critiquent le Conseil fédéral. Ils lui ont reproché mardi à Berne de faire partie des rares pays de l’OCDE à se rendre «les mains vides à New York» en refusant une hausse de son aide publique au développement.
Les objectifs du Millénaire, présentés il y a déjà cinq ans lors du Sommet du même nom, visent à réduire de moitié la pauvreté extrême d’ici 2015. La Suisse, comme les Etats-Unis, l’Australie et la Nouvelle Zélande, ne veut pas s’engager davantage: «en refusant d’augmenter sa contribution financière à la réalisation des objectifs du Millénaire, le Conseil fédéral isole la Suisse de la dynamique internationale», déplorent les ONG.
La délégation officielle suisse, qui sera dirigée par le président de la Confédération Samuel Schmid, a été vivement interpellée mardi par une large alliance d’ONG. Alliance Sud (l’ancienne communauté de travail des oeuvres d’entraide), Pro Natura, Amnesty International et l’Union Syndicale Suisse (USS) exigent davantage d’engagement de la part du Conseil fédéral.
Dans une semaine se tiendra à New York le Sommet mondial 2005 de l’ONU «Millénaire +5», qui devrait relancer la dynamique internationale qui veut réduire la pauvreté extrême. Par son attitude, le Conseil fédéral «soutient passivement les Etats-Unis dans leur tentative de torpiller le projet de résolution et affaiblit les chances de succès de la rencontre onusienne», dénonce les ONG dans leur appel commun. Elles exhortent le Conseil fédéral à fournir un effort supplémentaire dans la réalisation des objectifs du Millénaire.
L’aide publique au développement doit être accrue
L’aide publique au développement doit être accrue – passer des 0,4 % du PNB actuels à 0,7 % – et la politique économique et commerciale de la Suisse davantage orientée vers la lutte contre la pauvreté, la promotion des droits de l’homme et le développement durable. «La Suisse s’est tenue jusqu’à présent à l’écart de la discussion sur la réalisation des objectifs du Millénaire», a regretté Bastienne Joerchel, d’Alliance Sud.
En refusant une hausse de son aide publique au développement, la Suisse, aux côtés des Etats-Unis, de l’Australie et de la Nouvelle Zélande, «fait partie des rares pays de l’OCDE à se rendre les mains vides à New York». La Suisse rejette également toute participation à la discussion sur la création de nouvelles sources de financement du développement (taxe globale).
La misère n’est pas une fatalité
«La Suisse fait ainsi le jeu des Etats-Unis qui disent non à tout nouvel engagement financier en faveur de la lutte contre la pauvreté et qui tentent d’imposer leurs propres priorités de politique étrangère au reste du monde», déplore B. Joerchel. Comme sa position est en opposition totale avec celle des membres de l’Union européenne, qui ont affirmé leur volonté d’augmenter leur aide au développement à 0,7% du PIB d’ici à 2015, la Suisse «s’isole» une fois de plus. Et d’enjoindre le Conseil fédéral «à abandonner son rôle destructeur» et à s’engager à accroître progressivement l’aide suisse au développement.
La misère n’est pas une fatalité, mais l’expression du non-respect de droits fondamentaux et de la répartition inéquitable des chances et des ressources, a lancé pour sa part Daniel Bolomey, secrétaire général d’Amnesty International à Lausanne.
«Qui veut lutter de manière durable contre la pauvreté et atteindre les objectifs du Millénaire doit promouvoir fermement les droit de l’homme», a-t-il précisé. Cela concerne autant les droits civils et politiques que les droits économiques, sociaux et culturels. Et de rappeler que la Suisse agit souvent de manière contradictoire: d’un côté, sur le plan international, elle se profile volontiers comme la gardienne des droit de l’homme; de l’autre, elle se propose de livrer des tanks à l’Irak plutôt que de s’engager en faveur d’un meilleur contrôle du commerce international d’armements.
Créer un Conseil des droits humains basé à Genève
Daniel Bolomey estime que la politique suisse à l’égard des réfugiés porte également atteinte au droit d’asile. Il demande au Conseil fédéral davantage de cohérence en respectant les droits de l’homme même lorsque des intérêts économiques et financiers sont en jeu. Lors de ce Sommet mondial 2005, la Suisse doit apporter son soutien à la proposition de créer un Conseil des droits humains qui, basé à Genève, se situerait au même niveau que le Conseil de sécurité.
Au nom des Amis de la Terre suisses, Sonja Ribi, de Pro Natura, a également mis en évidence le lien étroit qui existe entre la lutte contre la pauvreté et la protection de l’environnement: «Tout développement fondé sur la surexploitation des ressources naturelles conduit tôt ou tard à la pauvreté. Une gestion environnementale durable doit sous-tendre le développement et doit donc devenir le pilier de toute stratégie de lutte contre la pauvreté à long terme.»
Sus au dogme néolibéral dominant
Les objectifs du Millénaire sont lacunaires dans ce domaine, a-t-elle affirmé. Sonja Ribi appelle le Conseil fédéral à défendre un meilleur ancrage de la protection de l’environnement dans les discussions qui se tiendront la semaine prochaine à New York et, d’une manière générale, dans les institutions onusiennes. Il s’agit notamment d’examiner la possibilité de créer un Conseil mondial du développement global et de l’environnement, et de s’engager à donner la priorité aux accords multilatéraux de protection de l’environnement sur les accords de l’OMC.
Le dogme néolibéral dominant «empêche toute croissance pour les pauvres, a lancé de son côté Rolf Zimmermann, secrétaire général de l’Union Syndicale Suisse (USS). Il demande au Conseil fédéral de mener une politique économique et commerciale socialement responsable, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.
Pour le syndicaliste, il est contre-productif qu’un pays industrialisé comme la Suisse rende l’accès aux médicaments ou aux semences plus difficile aux pays pauvres par des règles de propriété intellectuelle, menace le développement d’industries locales en exigeant une ouverture totale des frontières ou encore encourage l’évasion fiscale.
Défense des services publics
Le plus important pour le développement social est le droit au travail et le respect des conventions fondamentales de l’Organisation internationale du travail (OIT). Ces dispositions devraient être respectées dans les accords commerciaux multilatéraux et bilatéraux. Prioritaires pour le développement économique des pays pauvres sont de bons services publics de base comme l’accès à l’eau, à la santé et à la formation. Ces derniers ne devraient pas être soumis aux processus de libéralisation et privatisation. JB
Encadré
Le 10 septembre prochain se tiendra une «Journée d’Action mondiale contre la pauvreté» dans plus de 70 pays, soutenue par des milliers d’organisations de développement, de droits de l’homme, de syndicats et de mouvements de base (voir www.whiteband.org). Le symbole commun est un bracelet blanc. En Suisse également se dérouleront de nombreuses activités, dont le Symposium «ONU et Objectifs du Millénaire: réduire de moitié la pauvreté – enthousiasme réduit en Suisse ?», le 9 septembre à Berne, à l’initiative de l’Action de Carême et de Pain pour le prochain. (Cf: www.fastenopfer.ch et www.bfa-ppp.ch) Le 10 septembre, Helvetas anime une grande fête sur la Place fédérale à Berne: «Make Poverty History» (www.helvetas.ch) De plus, des bâtiments officiels – comme l’église du St- Esprit à Berne – seront décorés de rubans blancs. Des bracelets avec l’inscription «Make Poverty History» sont également disponibles auprès d’Alliance Sud. (apic/com/be)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse