Davantage de synergies en vue de réaliser des économies

Suisse: L’Eglise catholique définit ses priorités pastorales et financières

Bernard Bovigny, agence Apic

Zurich, 9 septembre 2005 (Apic) Depuis trois ans, un groupe de travail de l’Eglise catholique s’attache à cerner les priorités pastorales en Suisse. Son document final, le « rapport PaPrika », a été adopté le 7 septembre par les évêques suisses. En prévision d’une baisse irréversible des ressources financières, il propose une série de 33 mesures en vue d’une meilleure concentration des activités de l’Eglise en Suisse. Et procéder ainsi à des économies substantielles.

Le groupe de travail a été constitué de représentants de la Conférence des évêques suisses et de sa Commission de planification pastorale, ainsi que des organismes de financement au niveau national: Conférence centrale catholique romaine (RKZ), Mission intérieure et Action de Carême. Son nom complet « Priorités pastorales et réalités financières s’agissant des projets de portée nationale de l’Eglise catholique en Suisse » a été abrégé « PaPrika », des trois termes allemands « Pastorale – Prioritäten – Katholische Kirche.

Le document de 73 pages, maintenant disponible sur internet ( www.kath.ch/rkz/ ) pose de nombreuses questions sur les priorités pastorales de l’Eglise catholique en Suisse. Les mesures proposées visent essentiellement à rationaliser les activités entreprises au niveau national, et à éviter que plusieurs organismes s’attachent à des tâches quasi similaires. Des restructurations ne pourront être évitées, afin de réaliser des économies, estiment en substance les auteurs du rapport. Mais la mise en application des mesures présentées fera l’objet de nouvelles décisions, souligne la Conférence des évêques suisses dans ses remarques préliminaires.

Plus légères, plus souples, plus simples et plus faciles

Limites des structures développées depuis le Concile Vatican II, volonté de maintenir à tous prix les acquis, stagnation voire même diminution des ressources financières: le groupe de travail PAPrika pose d’entrée un diagnostic sur l’avenir de l’Eglise. Celle-ci doit adopter des structures « plus légères, plus souples, plus simples et plus faciles à diriger ». Mais une restructuration ne doit se faire au détriment de certaines domaines, jugés « prioritaires » par les auteurs du rapport, notamment la transmission de la foi à la nouvelle génération (notamment par des événements marquants), un renforcement de la communication interne et externe, ainsi qu’une « affirmation plus claire du profil et de l’identité de l’Eglise catholique, ce qui implique le courage de nager à contre- courant dans maints domaines ».

Si une restructuration doit se faire, elle touchera d’abord le niveau institutionnel. « Au cours des années qui ont suivi le Concile et le Synode, le milieu catholique et le catholicisme associatif d’antan ont fait place progressivement à un catholicisme de commissions, d’offices spécialisés et d’institutions », affirment les auteurs du rapport. « Les structures mises en place ne pourront plus être financées dans toute leur diversité ». Et par ailleurs, « ces organismes sont souvent trop anonymes, trop rigides et trop peu profilés pour incarner la présence de l’Eglise en tant qu’institution auprès des fidèles et au sein de la société », soutient « PaPrika », sans préciser de quels organismes il s’agit. Le rapport met ensuite en évidence l’importance de transmettre la foi dans la société en tenant compte « de la multiplicité des schémas familiaux actuels ».

Le groupe PaPrika invite ensuite à l’Eglise à ne pas « satisfaire toutes les attentes et contenter tout le monde » et à définir ainsi les priorités dans son « combat ». Elle le fera entre autres en « affirmant clairement la dignité fondamentale de la personne humaine, en particulier des pauvres et des sans-droit », en « luttant pour la justice, la paix et la sauvegarde de la Création » et en se remettant sans cesse « en quête du message de l’Evangile pour aujourd’hui et pour demain ».

Au niveau de la communication, les auteurs du rapport soulignent l’importance d’une « présence pastorale dans les médias adaptée à notre temps et des relations publiques crédibles » et prônent « la formation et la promotion de personnes appelées à représenter l’Eglise dans les médias ».

Baisse des ressources financières

Même en maintenant « la souveraineté fiscale des corporations ecclésiastiques et l’engagement de l’Etat à financer l’Eglise », ce qui n’est pas totalement acquis pour le groupe de travail « PaPrika », une évolution défavorable des ressources financières est à attendre ces prochaines années. Cela est dû d’abord à « la croissance du nombre de personnes prenant leurs distances d’avec l’Eglises », ce qui signifie toujours moins de contribuables. Ensuite, « l’évolution démographique conduit à un vieillissement de la population »; conséquence: le pourcentage des membres des Eglises par rapport à la population reculera. Enfin, « les difficultés économiques entraînent une aggravation de la situation sociale ». Tout cela a des conséquences non seulement au niveau fiscal, mais encore par rapport aux dons et aux collectes, souligne le rapport.

« PaPrika » propose donc que l’impôt ecclésiastique serve à « financer tous les besoins importants de l’Eglise », alors que les tâches et projets spéciaux devraient être couverts par d’autres ressource financières: dons, contributions, sponsoring, contre-prestations, contributions uniques affectées à des tâches et projets spécifiques.

Au niveau des restructurations de l’Eglise catholique au niveau national, le rapport insiste sur la recherche de synergies et sur la transparence au niveau des financements. Et si un allègement des structures s’avère nécessaire, il touchera d’abord la Conférence des évêques suisses (CES) et ses nombreuses commissions. Une réorganisation aura notamment pour effet de réduire nettement le nombre d’organes et de séances, et de procéder à un « engagement plus ciblé des ressources financières et humaines, en particulier pour ce qui touche les offres spécialisées ». Ainsi la CES devrait compter des commissions permanentes formées de 12 à 20 membres, des groupes de travail et groupes de dialogue de 4 à 8 membres attachés aux commissions, et enfin des « task-force » avec des mandats limités, en fonction des circonstances.

Diverses mesures internes aux organisations financières de l’Eglise catholique permettront de redéfinir les priorités, de clarifier la place de chacune et d’éviter la multiplication des financements.

Se restructurer, mais sans toucher aux priorités

Les organisations bénéficiaires des finances de l’Eglise au niveau national doivent s’attendre à des restructurations en vue de réaliser des économies. Des synergies sont entre autres proposées dans le domaine de la formation de base et formation continue des agents pastoraux, dans la pastorale des vocations, dans le domaine de la musique sacrée, dans l’enseignement de la religion et dans le domaine des médias. Mais sans toucher à certaines priorités, comme la transmission de la foi, l’engagement de l’Eglise dans la justice, la paix et la sauvegarde de la création, ainsi que la pastoral des migrants, du fait que les étrangers représentent plus de 20% de la population catholique en Suisse.

Dans le domaine de la communication, le rapport propose une fusion entre l’agence de presse KIPA / APIC et l’agence de photos CIRIC, afin « d’exploiter toutes les synergies possibles et d’imaginer un financement garanti ».

Le rapport de « PaPrika » souligne enfin que « aujourd’hui encore, peu nombreux sont ceux qui, dans l’Eglise, sont convaincus que les profonds changements auxquels on assiste posent des défis auxquels des réponses fondamentalement nouvelles devront être trouvées. On continue à traiter d’innombrables questions et thèmes particuliers au sein d’une nuée de cercles, commissions, offices spécialisés, etc ., alors qu’il y aurait lieu de développer parallèlement des visions d’ensemble et d’en discuter, ce qui n’a guère été fait à ce jour ». (apic/bb)

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