La spiritualité n’est pas un produit commercial

Lausanne : Nicolas de Flüe interroge les responsables politiques et religieux

Lausanne, 9 septembre 2005 (Apic) La place du spirituel dans la vie politique. Jeudi soir, ce thème a fait l’objet d’un débat passionné lors d’une rencontre organisée par le «Spiritualité dans la Cité», un organe de l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud. Deux politiciens, un sociologue et un prêtre ont partagé leurs réflexions en partant de la figure de Saint Nicolas de Flüe.

Le spirituel au service du politicien pour gouverner la cité? L’idée ne fait pas l’unanimité. Certains y voient une occasion de désordre. Des positions pour le moins tranchées ont été défendues par les invités de «Spiritualité dans la cité». La figure de Nicolas de Flue leur a été proposée comme exemple de mystique ayant servi de médiateur aux politiciens suisses du 15e siècle. Mais le rôle positif que peut jouer le spirituel en politique n’est pas reconnu par tous. La conseillère nationale Anne- Catherine Menétrey voit d’un mauvais oeil l’intrusion des religieux dans la construction de la cité.

«Le personnage de Jésus lui-même est profondément subversif», a lancé la militante du parti des verts. «Il a créé un immense désordre en chassant les marchands de temple, en secourant les prostituées et en s’occupant des pauvres. Il a détruit l’ordre régnant et a instauré une nouvelle religion et des valeurs qu’il a incarnées, dont l’amour. Le Fils de Dieu n’a pas simplement discouru». Mais ce n’est pas parce que Jésus et ceux qui lui ressemblent ont des valeurs à défendre qu’ils peuvent influencer positivement les politiciens. Anne-Catherine Menétrey avance que ce qui manque aux spirituels, comme d’ailleurs à de nombreux politiciens, c’est surtout la peur du désordre. Si elle reconnaît que le monde vit des drames qui le touchent profondément comme la situation de la Louisiane aux Etats- Unis ou encore le sort des requérants d’asile en Suisse, la conseillère nationale doute que l’on puisse surmonter les drames par une espèce de liturgie compassionnelle. «Ce serait une fausse solution», affirme-t-elle. Ces affirmations ont heurté le conseiller national Claude Ruey. Pour lui, Anne-Catherine Menétrey soutient une chose et son contraire. Si elle est d’accord qu’il faut un minimum d’ordre pour qu’elle rentre chaque jour chez elle sans être inquiétée par des malfaiteurs, il est inacceptable qu’elle mise sur le désordre pour construire un monde meilleur. «Je suis convaincu que la politique est l’oeuvre de ceux qui ont réussi à faire la paix avec eux-mêmes», ajoute le libéral.

Renvoyant dos-à-dos les deux intervenants, Bernard Crettaz dit s’inquiéter tant des politiciens que des hommes spirituels. «Ma démarche est de m’inscrire dans le sens non pas du retour des spiritualités suspectes mais dans un autre sens. Là-dedans, on est un foutoir de marchands d’églises. Peut-être que le message de demain va être un message de réalisme politique. Mais rien n’est sûr», regrette le sociologue, qui recommande au public de faire le deuil de tous les triomphalismes de ce que les différentes Eglises lui apprennent. «Je ferai tout pour m’en décoloniser avant ma mort», s’engage-t-il.

L’abbé Philippe Baud, sans faire de Nicolas de Flue le Guillaume Tell spirituel des Helvètes, conseille de se référer à ce personnage qui a su faire la paix sans avoir aucun diplôme. «A l’époque de Saint Nicolas de Flue, rappelle-t-il, l’Europe est angoissée, et en pire décomposition devant ses nombreux conflits. L’Eglise a perdu toute sa crédibilité». «Avant d’être ermite, rappelle-t-il, Nicolas de Flue a assumé des responsabilités citoyennes de soldat, de père de famille, de quasi- conseiller d’Etat et de juge au tribunal. Sa spiritualité n’était pas un produit à vendre et sa solitude n’était pas une fuite du monde. C’était une autre manière d’assumer la spiritualité à laquelle il appartenait comme tout vrai mystique». Le religieux conclue son intervention en invitant à une citoyenneté responsable d’abord. Un intervenant du public, qui se reconnaît athée, a réclamé lui aussi les valeurs que ceux qui croient semblent s’approprier. «Nous sommes des citoyens responsables et nous avons toutes vos valeurs alors que nous ne croyons pas à Dieu», s’est-il exclamé. (apic/dng/bb)

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