Que de promesses non tenues!

New York: Saint-Siège pour une réforme de l’Onu attentive aux exigences des peuples

New York, 18 septembre 2005 (Apic) Le cardinal Angelo Sodano a appelé à une réforme de l’Onu qui soit «attentive aux réelles exigences» des peuples «plutôt qu’aux équilibres de pouvoir», dans son intervention du 16 septembre à la 60e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, à New York. Soulignant la contribution du Saint-Siège au plan international, le secrétaire d’Etat du Saint-Siège a aussi parlé de la nécessité d’un plus grand engagement de l’Onu en faveur du développement.

Le sommet du 60e anniversaire de l’Onu, – le plus grand de l’histoire -, auquel ont participé quelque 170 délégués, dont 150 chefs d’Etat ou de gouvernement, s’est tenu à New York du 14 au 16 septembre 2005. Il s’est conclu par l’adoption, par acclamation, d’un document final sur la modernisation de l’organisation, le développement, les droits de l’homme, la sécurité internationale et la lutte contre le terrorisme. Ce texte est cependant moins ambitieux que le projet initial de Kofi Annan, le secrétaire général de l’Onu.

«Il apparaît maintenant à tous» que l’Onu – «institution toujours plus nécessaire pour la paix et le progrès de toute l’humanité», mais qui a montré «des signes d’usure au fil des années» -, «doit être rénovée, pour répondre aux grands défis du temps présent», a déclaré le cardinal Sodano dans son allocution en français, prononcée le jour de la clôture du sommet. Il a en effet relevé que des hommes et des femmes du monde entier, «découragés par tant de promesses faites et non tenues», demandaient aux responsables des Nations membres de l’Onu «une institution moderne, capable de prendre des résolutions et de les faire respecter». «Que ce cri fasse surgir en nous la ferme détermination d’entreprendre une réforme institutionnelle de l’Onu (…) attentive aux réelles exigences de nos peuples, plutôt qu’aux équilibres de pouvoir !», s’est aussi exclamé le secrétaire d’Etat du Saint-Siège.

Pour lui, «afin de résoudre les conflits», le cadre juridique des Nations unies doit être aujourd’hui «complété par les instruments juridiques internationaux nécessaires en ce qui concerne le désarmement, le contrôle des armements, la lutte contre le terrorisme et la criminalité internationale, ainsi que la coopération effective entre les Nations unies et les organismes régionaux».

Pour un organisme chargé de ramener la paix

«Le Saint-Siège est favorable à la création d’un organisme pour ramener la paix dans les pays éprouvés par des conflits armés», a par ailleurs déclaré le cardinal Sodano, et de ce fait «à la ’Peacebuilding Commission’, qui pourrait tracer les lignes d’une ambitieuse stratégie et la mettre en pratique, afin de surmonter les facteurs de rivalités ethniques qui sont à l’origine des conflits et qui peuvent toujours les rallumer». «Atteindre et même dépasser les objectifs de développement du Millénaire demeure (.) une condition indispensable pour la paix et la sécurité collective, y compris en ce qui concerne l’élimination ou la diminution substantielle du danger du terrorisme et de la criminalité internationale», a alors estimé le cardinal Sodano.

Si le secrétaire d’Etat du Saint-Siège a manifesté sa satisfaction concernant les nombreux «gestes prometteurs accomplis» en terme de développement «par les gouvernements» ces dernières années, – notamment les décisions prises par le G8 à Gleneagles, en Ecosse, en juillet dernier -, il a ajouté qu’il fallait «encore beaucoup travailler pour arriver à une mobilisation économique et financière solidaire». «Celle-ci ne peut pas ne pas prendre en compte la solution du problème de la dette des pays les plus pauvres et aussi des pays qui ont un revenu moyen mais connaissent de graves difficultés d’endettement extérieur», a-t-il expliqué. Et «elle doit être accompagnée de la relance de l’aide publique au développement, avec également une généreuse ouverture des marchés vers les pays les plus pauvres».

Cependant, le cardinal Sodano a souligné que les gouvernements des pays en développement avaient de leur côté «le devoir de combattre la corruption, de garantir la légalité, et surtout, de redoubler d’efforts dans les domaines sociaux du développement, qu’il s’agisse de l’éducation, de la sécurité de l’emploi et de l’assistance sanitaire de base pour tous». Il a aussi estimé que devant une humanité qui n’a pas accès aux soins de santé de base, «nous ne pouvons offrir une vision ambiguë, réductrice ou idéologique de la santé».

Enfin, dans sa longue allocution, le cardinal Sodano a rappelé la mission «avant tout spirituelle» du Saint-Siège sur le plan international. Pour lui, «c’est précisément de là que lui vient le devoir d’être présent dans la vie des Nations et l’engagement d’apporter la justice et la solidarité entre les hommes». Le Saint-Siège a le statut d’observateur permanent à l’ONU ce qui lui confère le droit de parole mais pas le droit de vote. AR

Encadré:

Pour un monde «pacifique, prospère et démocratique»

Dans le document final de 35 pages approuvé par les membres de l’ONU le 16 septembre, les pays membres affirment leur détermination à édifier un monde pacifique, prospère et démocratique. Ils s’engagent à prendre des mesures concrètes pour réaliser les objectifs de développement du Millénaire. Ils y redisent aussi leur engagement à réduire la pauvreté et à encourager davantage de sources d’investissement direct dans les pays en développement.

Dans le texte, les Etats membres expriment leur volonté d’agir, à travers le Conseil de sécurité, y compris par la force en cas d’échec des moyens diplomatiques, si un Etat est «manifestement incapable» de protéger ses populations menacées de génocide, de crimes de guerre ou contre l’humanité et de nettoyages ethniques. Ils prévoient aussi la création d’un Conseil des droits de l’homme pour remplacer l’actuelle Commission, discréditée, tout en renvoyant à plus tard la mise au point des détails le concernant. Les dirigeants des Etats membres se sont aussi mis aussi d’accord sur la création d’une commission de paix d’ici le 31 décembre 2005 devant venir en aide aux pays sortant d’un conflit. En outre, le document condamne énergiquement le terrorisme sous toutes ses formes, même s’il n’en donne pas une définition universelle. Il appelle cependant à la conclusion d’une Convention globale sur le sujet d’ici à septembre 2006.

Malgré tout, beaucoup d’orateurs du sommet ont dénoncé l’échec des Etats membres à s’entendre sur la question du désarmement et de la non- prolifération, qui n’apparaît pas dans le texte. Enfin, le document n’évoque qu’en termes généraux la nécessité d’améliorer les pratiques de l’administration de l’Onu, dont la crédibilité est affectée par le scandale du programme ’pétrole contre nourriture’. Quant à l’élargissement du Conseil de sécurité, il est remis à plus tard. AR

(apic/imedia/ar/bb)

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