Irak: Les évêques catholiques réclament des changements dans le projet de Constitution
Bagdad, 22 septembre 2005 (Apic) Les évêques catholiques d’Irak réclament des changements dans le projet de Constitution irakienne. Ils ont de «graves craintes» que cette Constitution ne conduise à de graves discriminations contre les chrétiens.
Le patriarche chaldéen Emmanuel-Karim Delly, de Bagdad, a rencontré durant le week-end le président intérimaire irakien Jalal Talabani et le Premier ministre Ibrahim Jaafari. Il a demandé la suppression de l’article 2.1 (a) du projet. Cet article affirme qu’aucune loi ne peut être adoptée si elle contredit la règle incontestée de l’islam. Les responsables chrétiens craignent que cette disposition ne conduise inévitablement à gouverner le pays selon la charia, la loi islamique.
Les responsables des Eglises en Irak s’opposent à l’imposition de la charia en Irak, parce qu’elle prévoit des inégalités entre les musulmans et les non musulmans et entre hommes et femmes. Les chrétiens estiment que si la Constitution impose la loi islamique, ils deviendront des citoyens de seconde zone, ce qui provoquera un exode des fidèles d’un pays où les communautés chrétiennes existent depuis le 1er siècle. La Conférence des évêques catholiques d’Irak a fait part de ses graves craintes dans un communiqué publié au lendemain de la rencontre avec les responsables du gouvernement provisoire irakien.
Un christianisme au bord de l’extinction
«Le christianisme en Irak est au bord de l’extinction et de nouvelles craintes apparaissent du fait que la Constitution proposée pourrait nier aux minorités religieuses leurs droits», constate pour sa part l’oeuvre d’entraide catholique internationale «Aide à l’Eglise en détresse». Mgr Louis Sako, archevêque de Kirkuk, au nord de l’Irak, estime ainsi que si le projet de Constitution – qui reconnaît la charia comme «source principale» de la législation irakienne – ne réussit pas à défendre les libertés civiles pour les minorités religieuses, cela pourra entraîner un exode de masse des chrétiens.
Le premier projet du texte constitutionnel présenté stipule que «l’islam est la religion officielle de l’Etat. Qu’il est la source principale de la législation. Qu’il est interdit d’approuver une loi qui contredit ses règles». Les chrétiens irakiens, qui forment une population de moins d’un million de fidèles sur 24 millions d’habitants, à plus de 90% musulmans, se demandent quels seront leurs droits dans un Etat islamique, alors que l’invasion de leur pays était censée leur apporter la liberté et la démocratie. Une Constitution qui reconnaîtrait le primat de la charia rendrait la vie des chrétiens extrêmement difficile.
Quid de la liberté et de la démocratie promises lors de la chute de Saddam ?
Mgr Sako affirme que les chrétiens feraient l’objet de nombreuses formes de pression: de l’obligation pour les femmes chrétiennes de porter le hijab – le voile islamique – jusqu’aux restrictions dans la construction ou la restructuration des églises. Les chrétiens ne bénéficieraient que d’une faible protection juridique, contrairement aux musulmans.
Membre de la communauté chrétienne la plus nombreuse d’Irak, la communauté chaldéenne, Mgr Sako estime que la proposition de créer une fédération répondrait aux plans des musulmans chiites de contrôler le sud du pays, incluant la capitale Bagdad, où vit la grande majorité des chrétiens d’Irak. A ses yeux, l’approche inflexible des chiites à l’égard des minorités conduit de nombreux chrétiens à quitter Bagdad pour se réfugier au nord de l’Irak ou à tenter de quitter le pays. (apic/cns/aed/be)
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