Le cardinal Agré dénonce les « intérêts égoïstes » à l’origine du conflit
Abidjan, 25 septembre 2005 (Apic) Le cardinal Bernard Agré a accusé ses concitoyens ivoiriens d’être eux-mêmes, « pour des intérêts égoïstes », à la base de la guerre destructive qui a ruiné leur pays. Pour l’archevêque d’Abidjan, la commémoration du troisième anniversaire du déclenchement de la guerre civile, le 19 septembre 2002, n’est nullement l’occasion de rouvrir les plaies mais plutôt de prendre la mesure de la souffrance endurée « afin de mieux cerner ce que Dieu attend de chacun d’entre nous ».
Lors d’une messe d’action de grâce, organisée à la cathédrale Saint- Paul à Abidjan-Plateau à la mémoire des victimes du conflit, à l’occasion du troisième anniversaire de son déclenchement, le prélat s’est déclaré « convaincu que la grande majorité des enfants de la Côte-d’Ivoire aspire au pardon et à la paix ».
La reconstruction d’une Côte-d’Ivoire nouvelle exige des conditions, a-t-il lancé. « Elle ne peut se faire qu’avec des coeurs pacifiés ». Il a exhorté ses compatriotes à laisser jaillir en eux l’esprit et « remonter les sentiments positifs et nobles », a rapporté le quotidien ivoirien « Notre Voie ». La bienveillance, la tolérance, la modestie, l’humilité, le pardon, l’amour, la sincérité, sont les vertus que les Ivoiriens doivent cultiver en vue de la paix et la reconstruction du pays, a-t-il souligné.
Pour le cardinal Agré, c’est la prise de conscience de l’intérêt supérieur de la nation qui doit primer. « Aimons suffisamment notre pays pour le placer au-dessus de tout autre intérêt, au-dessus des intérêts égoïstes et partisans », a-t-il plaidé. Et de lancer: « Les injustices sociales graves, les complots, la guerre: plus jamais ça ! »
« Tournons courageusement la page. Dissipons la tristesse, l’angoisse, le stress. Séchons nos larmes. Donnons à la Côte-d’Ivoire, notre mère, par notre sincérité, notre sérieux, la ferveur de notre prière, des raisons de croire et d’espérer », a-t-il conclu.
Par ailleurs, selon le quotidien ivoirien « Fraternité Matin » (officiel), les évêques de Côte-d’Ivoire ont demandé à l’ONU de décider du sort de leur pays « sur la base de la vérité ». Le Conseil de sécurité de l’ONU se prononcera dans les prochains jours sur l’avenir de la gestion de la crise politico-militaire en Côte-d’Ivoire, en tirant les conclusions d’une médiation de l’Afrique du Sud, à la demande de l’Union Africaine.
La Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) réclame un retour cette médiation en Afrique occidentale, estimant que l’Afrique du Sud, trop loin de la région, a échoué. Mais le président Laurent Gbagbo s’oppose à l’initiative de la Cedeao, lui préférant la médiation sud-africaine.
Lors d’une conférence de presse, Mgr Paul Dacoury Tabley, évêque de Grand-Bassam (sud-est), au nom de ses pairs, a invité l’ONU « à faire selon la vérité afin qu’on en finisse avec cette crise ». Il a estimé que « les petites intrigues ivoiro-ivoiriennes, nous en avons assez. Que la vérité s’impose et que les gens qui doivent décider aient assez d’amour pour accepter cette vérité afin d’agir en conséquence ». L’éclatement du conflit en Côte-d’Ivoire a fait de nombreux morts et entraîné la division du pays en deux parties. Le Nord, occupé par les Forces Nouvelles (rébellion) et le reste, sous contrôle gouvernemental. (apic/ibc/be)
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