L’évêque du Chiapas se déclare favorable aux diacres permanents

Mexique: Demande à Rome pour autoriser à nouveau l’ordination des diacres indigènes

San Cristobal de las Casas, 26 septembre 2005 (Apic) L’évêque du Chiapas, au sud du Mexique, va demander au pape Benoît XVI de réintroduire dans son diocèse l’ordination des diacres permanents indigènes. Mgr Felipe Arizmendi Esquivel, avant de s’envoler pour Rome, a déclaré qu’il demanderait au pape de revenir sur la restriction qu’il avait imposée quand il était à la tête de la Congrégation romaine pour la doctrine de la foi.

L’ordination de diacres indigènes le 18 janvier 2000 par l’ »évêque des Indiens », Don Samuel Ruiz Garcia, et son coadjuteur, Mgr Raul Vera Lopez, avait suscité la polémique dans les rangs conservateurs et provoqué l’intervention de Rome. Ne pouvant ordonner prêtres des Indios – dont la culture ignore le célibat – en raison de la discipline actuelle en matière de célibat dans l’Eglise de rite latin, Samuel Ruiz avait choisi de renforcer le nombre et le rôle des diacres indigènes. Son successeur, Don Arizmendi avait lui-même procédé à l’ordination de nouveaux diacres autochtones.

Le préfet de l’époque de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal Joseph Ratzinger – aujourd’hui le pape Benoît XVI – avait restreint l’ordination des diacres autochtones jusqu’en avril 2007. Mgr Felipe Arizmendi abordera divers thèmes inhérents au diocèse de San Cristobal de Las Casas, comme la théologie et la pastorale indigènes, qui cherchent à « inculturer » l’Evangile dans la réalité indigène qui prédomine dans cette région très pauvre du Mexique, dont le territoire est presque aussi grand que la Suisse. Il s’agit de voir si l’intégration dans la théologie d’éléments culturels des ethnies indigènes est en accord avec la doctrine catholique.

Don Samuel Ruiz Garcia, dans la ligne conciliaire

C’est après le Concile Vatican II que Mgr Ruiz Garcia – ordonné évêque de cet Etat méridional du Mexique en janvier 1960 – entreprend une nouvelle formation du clergé local de manière à incorporer le message de l’Evangile dans l’histoire et la culture du lieu. « Les pauvres doivent être les protagonistes de leur propre histoire », affirmait-il lors du Congrès national des indigènes qu’il avait organisé en 1974. Le pape Jean Paul II partageait semble-t-il cette vision, quand il avait déclaré aux Indiens, lors de sa visite au Mexique en 1992: « Vous êtes responsables de l’évangélisation du continent ».

En 1994, quand les zapatistes se soulèvent contre le pouvoir mexicain, il deviendra le principal médiateur du cessez-le-feu entre les parties, avant d’être nommé président de la Commission nationale pour la mise en oeuvre des négociations. Il a renoncé à sa charge d’évêque le 31 mars 2000. Mgr Ruiz a connu de nombreuses difficultés avec la hiérarchie catholique mexicaine, en raison de son engagement pour les « Indios », et notamment avec le nonce apostolique à Mexico, qui avait souhaité son départ à maintes reprises.

Discrédit venant des milieux conservateurs

Dans le collimateur des milieux conservateurs qui cherchaient par tous les moyens à le discréditer, « l’évêque des Indiens du Chiapas » avait été accusé d’avoir ordonné des femmes indiennes diacres avant de se retirer. Le Saint-Siège avait alors diligenté une enquête exhaustive sur les irrégularités supposées. La « confusion » venait du fait que lors de la cérémonie d’ordination, les diacres permanents mariés étaient accompagnés de très près par leur épouse.

La curie romaine avait toutefois émis des réserves face à ces ordinations massives de diacres – 400 diacres permanents ont été ordonnés dans le la diocèse de San Cristobal de Las Casas contre seulement 8 prêtres durant 40 ans – et à l’expression d’une « Eglise autochtone ». Rome avait précisé qu’il n’est pas possible de construire un modèle d’Eglise particulière qui serait de façon prépondérante diaconale, « ceci n’étant pas en conformité avec la constitution hiérarchique de l’Eglise ».

Rumeurs d’ordinations de femmes diacres

Il ne faut cependant pas oublier qu’il y a 80 % d’analphabètes dans le diocèse de San Cristobal de Las Casas et que le célibat n’existe pas dans la société indienne. Quant à la rumeur de « l’ordination » de femmes diacres, colportée à Rome, il s’agissait en fait d’un geste de Don Samuel, dans l’ambiance festive des célébrations populaires: il avait posé la main sur la tête des épouses des diacres, les invitant par là à assister leur mari, la cellule familiale étant essentielle dans la société indigène. Il a précisé n’avoir jamais prétendu les ordonner.

Lors de son installation dans son nouveau diocèse de San Cristobal de Las Casas, le 31 mars 2000, Mgr Arizmendi, avait promis aux Indiens de son diocèse que l’ »Eglise ne vous abandonnera pas ni ne vous trahira. Ne craignez rien. Mon engagement est de continuer à soutenir votre promotion et libération évangélique, afin que vous soyez sujets de votre histoire et de l’évangélisation. Je vous offre Jésus-Christ comme plénitude de votre développement intégral et comme point de référence pour valoriser vos cultures. » (apic/kna/com/be)

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