Valais: Le chef de la Fraternité Saint Pie X le confirme; le dialogue avec Rome sera difficile
Ecône, 30 septembre 2005 (Apic) Quelques jours après l’interview accordée à Rome par le cardinal chilien Jorge Arturo Medina Estevez au partenaire romain de l’Apic, l’Agence I.Media, le chef de file des traditionalistes s’exprime sur sa rencontre du 29 août dernier avec le pape Benoît XVI.
Le cardinal Estevez qu’un dialogue avec la Fraternité Saint-Pie X passait en premier lieu par la résolution des problèmes doctrinaux. Mgr Bernard Fellay, supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X, le confirme à travers une interview accordée au quotidien valaisan « Le Nouvelliste »: le dialogue sera difficile.
Mgr Fellay relève d’emblée que la Fraternité qu’il dirige possède des alliés à Rome et dans les diocèses. « Nous ne demandons pas de déclaration de la part de Rome. Nous demandons simplement que le climat change, que Rome reprenne les commandes de l’Eglise ». Selon lui, un des principaux problèmes dans l’Eglise aujourd’hui se situe en effet entre Rome et les conférences épiscopales qui, assure-t-il, « ne veulent pas se laisser faire et qui ont pris goût à l’indépendance au point de ne plus obéir vraiment aux directives émises depuis le Vatican ».
Mgr Bernard Fellay confie en outre que tant pour la messe que pour le concile, avec le temps, les exigences de Rome se font plus précises. « Rome a même lâché un peu de lest. Pour la nouvelle messe, on nous demande simplement de reconnaître qu’elle est valide ». « Pour le Concile Vatican II, poursuit le chef de file des intégristes interrogé par Vincent Pellegrini, Rome voudrait reprendre le protocole signé en 1988 par Mgr Lefebvre et par le cardinal Ratzinger. Ce protocole dit qu’une seule interprétation du Concile Vatican II est valable. Celle qui est faite à la lumière de la Tradition. Mais même si cela n’a pas été dit très explicitement, nous avons bien compris au cours de notre rencontre avec le pape qu’il nous considérait comme vieux jeu et que le concile c’est aussi un esprit que nous devons acquérir. Je suis d’accord avec la formule du concile interprété à la lumière de la Tradition mais je ne puis pas la signer dans le contexte actuel ».
Les multiples buts de la rencontre avec le pape
Cette rencontre avait de multiples buts, convient ensuite Mgr Fellay. « Tout d’abord, nous voulions signifier notre déférence au souverain pontife Benoît XVI, lui montrer que nous le reconnaissons comme notre pape. Tout comme le pape précédent d’ailleurs. Cette rencontre était pour nous l’expression sensible de notre catholicisme. Nous sommes catholiques et nous le montrons en allant rendre nos hommages au chef, à la tête de l’Eglise. Il était important que la Tradition rappelle qu’elle conservait bien sa catholicité à l’heure où on lui reproche si souvent d’être refermée sur elle-même. Le deuxième but était de témoigner de ce que nous faisons auprès du nouveau pape. De lui montrer que ce que l’Eglise a toujours fait, nous le faisons aujourd’hui dans le monde moderne et au milieu d’une crise qui touche autant la société que l’Eglise. Que c’est faisable et que ce devrait être une indication pour sortir de la crise. Le troisième but de cette rencontre était d’approfondir nos relations avec Rome et de les intensifier pour arriver une fois à une solution ».
Mgr Fellay confirme également que l’ambiance a été tout à fait sereine. « On voyait sans aucun doute qu’il y avait de la bienveillance de la part du pape. D’ailleurs, depuis quelques années, Rome a adopté un nouveau ton à notre égard. La manière dont nous sommes reçus contraste de manière impressionnante avec la façon dont les évêques nous traitent dans leurs diocèses. Cette première audience n’avait pas pour but de résoudre des problèmes de fond mais de poser des jalons, d’esquisser un chemin. Nous ne sommes pas allés plus loin ». Le responsable de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X précise toutefois: « Nous avons survolé les choses en gros et nous n’avons pas approfondi de problème très spécifique. Ce sont d’ailleurs toujours les mêmes problèmes qui nous occupent et l’on peut les résumer à deux: la nouvelle messe et le Concile Vatican II ».
Pas de calendrier
Selon lui, il n’y a pas de calendrier explicite, « mais l’on sent que Rome est assez pressée. De notre côté, nous tenons surtout à approfondir certains problèmes et nous sommes moins pressés. Nous voudrions d’abord que le pape se manifeste de manière à ce que la Tradition soit acceptée au niveau local, par les évêques. Car la Tradition ce n’est pas nous, mais tout le passé de l’Eglise. Et d’admettre que les contacts vont continuer, mais avec le délégué du pape, le cardinal Castrillon ».
Et l’avenir, à plus ou moins long terme? « Le problème que nous sommes censés causer à l’Eglise n’est pas perçu de la même manière par Rome et par nous et c’est pourquoi nos solutions divergent profondément. Or, pour arriver à une solution il faut être d’accord sur l’état de la question. Nous sommes allés à Rome pour poser le problème correctement. En clair, nous ne sommes pas le problème. Car même si nous n’existions pas, la crise de l’Eglise serait tout aussi grave. Nous ne faisons en effet que réagir à la crise du monde catholique. Notre manière de voir le Concile Vatican II ne correspond pas à celle de Rome actuellement, c’est vrai. Et c’est pourquoi l’on ne peut pas rester dans des formules d’accord superficielles. Il faut aller au fond des choses. Nous n’aurions aucun problème à signer un accord superficiel, mais nous ne voulons pas d’une réconciliation simplement tactique qui ne conduirait à rien. Il faut que cet accord soit vrai, profond. Il ne servirait à rien de donner l’impression que tout est rentré dans l’ordre alors que rien n’est réglé. Dans la situation actuelle, un tel accord tromperait tout le monde. J’ai peur que le pape et la curie ne soient bloqués par la ligne progressiste ». (apic/ln/vp/pr)
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