Le cardinal Scola trace les grandes lignes du débat

Rome: Synode sur l’Eucharistie

Rome, 3 octobre 2005 (Apic) Le cardinal Angelo Scola, rapporteur général du synode des évêques sur l’Eucharistie, a tracé les grandes lignes du débat du synode sur l’Eucharistie, en ouvrant les travaux, le 3 octobre 2005. La communion des chrétiens non-catholiques, les questions du manque de prêtres ou de la communion des divorcés-remariés, la liturgie et la participation des fidèles, sont autant de sujets abordés par le patriarche de Venise devant quelque 241 pères synodaux réunis au Vatican. Il a ensuite expliqué devant la presse les points essentiels de cette Relatio ante disceptationem, une introduction ’avant la discussion’.

Le patriarche de Venise a ainsi confié aux journalistes avoir rédigé un rapport de plus de 50 pages à partir de l’Instrumentum laboris du synode, en vue d’illustrer devant les participants les points les plus importants de ce document de travail et de lancer le débat. En trois chapitres distincts, le cardinal Angelo Scola a évoqué « la nouveauté » du culte chrétien, l’action eucharistique dans ses éléments distinctifs ainsi que le lien nécessaire entre l’art de célébrer et la participation, et, enfin, la dimension anthropologique, cosmologique et sociale de l’Eucharistie.

Dans son intervention lue en latin devant les pères synodaux, le cardinal Scola a affirmé que « l’Eucharistie fait l’Eglise ». « En dehors de cette communion eucharistique et sacramentelle, a-t-il précisé, l’Eglise n’est pas pleinement constituée ». Il a ensuite souligné le lien étroit entre la parole de Dieu et l’Eucharistie. Puis, il a affirmé que « l’Eucharistie est un don », qu’elle n’est « ni un droit, ni une propriété ».

Evoquant la question de l’intercommunion entre les différentes Eglises chrétiennes, le patriarche de Venise a affirmé que « l’Eucharistie n’est pas un instrument automatique pour réaliser l’unité » des chrétiens. L’Eucharistie « fait grandir » l’unité, a-t-il expliqué, mais s’il n’y a pas « une profession de foi unique », elle risque de diviser encore plus. Mais il n’a pas exclu l’admission à la communion de fidèles non-catholiques qui « le demandent spontanément, manifestant une adhésion à la foi catholique autour du sacrement eucharistique et bien disposés spirituellement ». Le cardinal Scola a précisé qu’il serait alors opportun de parler « d’hospitalité eucharistique ». Il a invité les pères synodaux à travailler cette question, les mettant en garde de ne pas « négliger » l’essentiel dans « l’urgence du chemin oecuménique », c’est-à-dire « l’unité dans la profession de foi tout entière ».

Nuance.

Préférant parler d’assemblées « dans l’attente de prêtre » qu’en « absence de prêtre », le rapporteur général du synode a souhaité que soit encouragée « la plus large participation à l’Eucharistie dans une des communautés du diocèse, même lorsque cela demande une part de sacrifice ». Reconnaissant que, parfois, la mobilité des fidèles est difficile, il a demandé que l’on juge « l’opportunité de ces assemblées justement à leur capacité d’accentuer au sein du peuple le désir ardent de l’Eucharistie ».

« Pour faire face à la pénurie de prêtres, certains (.) avancent la requête que soient ordonnés des fidèles mariés, de foi et de vertu sûres, les viri probati », a noté le cardinal. Sans donner son avis avec précision, le cardinal Scola s’est demandé si « ce choix et cette pratique sont viables sur le plan pastoral ». Il a ensuite affirmé qu’il est « très difficile d’établir le nombre idéal de prêtres au sein de l’Eglise, puisqu’il ne s’agit pas d’une entreprise qui aurait besoin d’un certain nombre de ’cadres’ ».

« Une distribution plus équilibrée du clergé dans le monde », c’est la solution avancée par le rapporteur général pour pallier le manque de prêtres dans certains pays. Il a ainsi appelé chaque Eglise particulière à examiner ses responsabilités vis-à-vis de l’Eglise universelle. Rappelant « la valeur prophétique et éducative du célibat des prêtres », il a positivement cité l’exemple de l’ordination des moines dans les Eglises orientales ou à l’intérieur de la tradition bénédictine.

Le cardinal a demandé que « toute la communauté chrétienne soutienne les divorcés-remariés dans la conscience de ne pas être exclus de la communion ecclésiale ». Leur participation à la célébration eucharistique permet, en tout cas, cette « communion spirituelle » qui, si elle est bien vécue, fait écho au sacrifice même de Jésus-Christ ». Devant la presse, le cardinal Scola a souhaité que soit traités avec « une grande attention les cas différents et complexes » dans l’hypothèse de donner la communion aux divorcés-remariés. Il a invité à étudier « les modalités objectives pour vérifier l’hypothèse de nullité du mariage canonique ».

Le rapporteur général du synode a aussi estimé qu’il n’était possible de « réduire la célébration à un fait personnel ». « Pour impliquer les fidèles, a-t-il expliqué, il n’est pas nécessaire d’inventer des stratagèmes de participation activiste ». Il a soutenu que l’ars celebrandi (l’art de célébrer) était suffisant.

Benoît XVI chez le dentiste

Dans l’un de ses derniers développements, le cardinal italien a souligné la dimension sociale de l’Eucharistie. Pour lui, le rassemblement dominical, en tous lieux de la terre, « impose le devoir d’une lutte tenace contre toutes les formes de marginalisation et d’injustice économique, sociale et politique à laquelle sont soumis nos frères et soeurs ».

La longue intervention du cardinal Scola, en latin, a été diffusée en réseau interne sur la chaîne vaticane CTV, accessible aux journalistes de la Salle de presse vaticane. La suite des travaux des évêques devait en revanche se dérouler à huis clos. Les pères synodaux ont ainsi entamé, dans l’après-midi du 3 octobre, leur deuxième congrégation générale où certains d’entre eux devaient commencer à prendre la parole. Les résumés de leurs interventions devraient être rendus publics dans la matinée du lendemain.

Benoît XVI ne devait pas participer à cette après-midi de travaux. En effet, au terme de la session matinale, il avait confié au secrétaire général du synode, Mgr Nikola Eterovic, son empêchement. « Malheureusement, j’ai rendez-vous avec le dentiste à quatre heures », lui avait ainsi confié le pape. Une indiscrétion retransmise en direct par un micro resté ouvert quelques instants après la bénédiction finale du pape. (apic/imedia/ami/pr)

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