Le dimanche a une valeur fondamentale pour la cohésion sociale

Suisse: Eglises catholique et protestantes de Suisse contre le travail du dimanche

Berne, 4 octobre 2005 (Apic) Alors que le parti démocrate-chrétien et son conseiller fédéral Joseph Deiss appuient l’ouverture des magasins le dimanche dans les gares et les aéroports, les Eglises chrétiennes de Suisse sont clairement opposées à davantage de flexibilisation du travail.

Elles ont demandé mardi 4 octobre aux citoyens de rejeter la révision de l’article 27 de la Loi sur le travail (LTr) soumise au peuple suisse le 27 novembre dans le but de « protéger le dimanche, qui a une valeur fondamentale pour la cohésion sociale ».

Le pasteur Thomas Wipf, président du Conseil de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS) et Mgr Pierre Bürcher, au nom de la Conférence des évêques suisses (CES), ont tous deux précisé mardi à Berne que des contacts avec des représentants du monde politique ont bien eu lieu, mais à titre personnel.

« Nous n’avons eu dans cette affaire aucun contact formel avec un quelconque parti politique, et nous n’avons pas de relations particulières avec des partis qui s’appellent chrétiens. », a précisé le pasteur Wipf. Et le président du Conseil de la FEPS de préciser qu’il n’est pas du tout opposé au travail du dimanche dans les hôpitaux ou les transports publics, par ex., mais qu’il s’agit ici d’une votation indiquant une tendance. Le pasteur rappelle que le dimanche est « un don du ciel », « un don de Dieu à l’homme qui le libère de toute contrainte ».

Attention à l’effet domino

Des milieux parlementaires attendent en effet le résultat du vote pour demander la libéralisation totale du commerce du dimanche. L’acceptation de la modification législative ne serait pour Thomas Wipf que le début d’un démantèlement, provoquant un effet domino. La tendance est claire, à ses yeux, et ne profiterait qu’aux grands distributeurs. au détriment des petits commerçants et des détaillants.

Mgr Bürcher souligne que les Eglises acceptent parfaitement la loi en vigueur, qui prévoit les exceptions nécessaires pour la vie en société, « mais nous ne pouvons accepter que cette loi d’exception devienne la règle ». Pour l’évêque auxiliaire du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, « travailler le dimanche, c’est créer un vide. l’être humain n’est pas une machine à produire 7 jours sur 7! »

Et l’évêque, en s’appuyant sur des analyses économiques, de douter que la dérégulation des heures d’ouverture des commerces ne génère de nouveaux emplois, comme le prétendent les partisans de la nouvelle loi. Mgr Bürcher voit plutôt le risque d’une flexibilisation générale des heures de travail, avec des charges supplémentaires et des risques accrus pour la santé.

Attirer l’attention sur l’enjeu de cette votation cruciale

Dans le but d’attirer l’attention sur l’enjeu de cette votation cruciale aux yeux des Eglises chrétiennes de Suisse – la FEPS et la CES sont soutenues dans leur campagne par les Eglises membres de la Communauté de travail des Eglises chrétiennes en Suisse (CTEC-CH) – elles ont distribué une brochure gratuite intitulée « Protégeons notre dimanche, resserrons les liens de notre communauté ».

La brochure d’une douzaine de pages, qui se veut une « une contribution oecuménique des Eglises à propos de la révision de la loi sur le travail », est diffusée gratuitement dans les groupes ecclésiaux et les paroisses. Elle en est déjà à sa troisième édition, c’est dire son succès!.

La brochure, accompagnée d’un dépliant destiné à soutenir la campagne des Eglises et intitulé « Travailler le dimanche, c’est créer un vide », a été tirée à 13’000 exemplaires en allemand, 8’000 en français et 3’000 en italien.

Les Eglises, en présentant à la presse l’initiative parlementaire « Heures d’ouverture des commerces dans les centres de transports publics », précisent que ce texte commun dépasse la simple prise de position sur la révision de la Loi sur le travail. Il constitue, estiment-elles, une nouvelle étape concrète dans l’application de la « Charte OEcuménique » adoptée en avril 2001 par la Conférence des Eglises Européennes (KEK) et le Conseil des Conférences épiscopales européennes (CCEE).

Le nécessaire équilibre entre repos et travail

Depuis un quart de siècle, la FEPS et la CES n’ont cessé de s’exprimer sur la valeur du dimanche; en 2001, dans le « Message des Eglises », elles soulignaient le nécessaire équilibre entre repos et travail. Aujourd’hui, brochure et dépliant sont destinés à lancer le débat sur la position qu’occupe le dimanche, et qui va bien au-delà d’une initiative parlementaire et des activités internes de l’Eglise. « La valeur du dimanche relève des thèmes les plus centraux des Eglises chrétiennes. En lui s’unissent, indissociablement, communauté sociale et communauté avec Dieu », soulignent les Eglises chrétiennes présentes en Suisse.

Pour le président du Conseil de la FEPS, si le dimanche venait à manquer, dans la famille, entre amis, dans l’Eglise, dans les associations, rien ne pourrait compenser une telle perte. « Une politique réfléchie, toujours plus consciente des risques de perte des liens communautaires, ne devrait pas mettre en danger le dimanche, principale institution de cohésion sociale », insiste le pasteur Thomas Wipf.

Un droit humain essentiel

Mgr Bürcher a également relevé que le libre exercice de la religion est aussi un droit humain essentiel. « La protection actuelle du dimanche dans la Loi sur le travail ouvre une fenêtre temporelle aux célébrations dominicales et activités des Eglises et garantit aux travailleuses et travailleurs la possibilité d’y prendre part. » L’évêque auxiliaire a également mis en exergue le risque que l’on impose le travail du dimanche aux personnes socialement faibles, qui n’auraient pas trop le choix.

Pour la FEPS et la CES, l’argument des partisans de l’initiative, pour qui le travail du dimanche est volontaire et pourrait être compensé par des congés, suppose une liberté qui n’existe pas, avec le risque que refuser le travail du dimanche puisse constituer un motif de licenciement ou la cause d’autres désavantages. Et les Eglises de conclure qu’une société moderne se doit de reconnaître le dimanche comme un bien précieux: « Les valeurs centrales qui lui sont rattachées vont bien au-delà du domaine religieux, ce sont elles que les Eglises défendent ». (apic/be)

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