Le cardinal Poupard se montre dubitatif

Europe: Entrée de la Turquie dans l’Union européenne

Rome, 4 octobre 2005 (Apic) Le cardinal Paul Poupard se montre dubitatif quant à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne, au lendemain de l’accord survenu entre «les 25» et la Turquie au Luxembourg.

Les «réelles intentions» de la Turquie doivent être vérifiées pour son entrée dans l’Union Européenne, a déclaré mardi le cardinal Paul Poupard, au quotidien italien «La Repubblica».

Le président du Conseil pontifical de la culture a dénoncé le manque de liberté religieuse et les difficultés que connaissent les communautés chrétiennes en Turquie. Des propos publiés alors que l’Union européenne et la Turquie ont officiellement lancé les négociations d’adhésion d’Ankara à l’UE, dans la nuit du 3 au 4 octobre.

«Les réelles intentions» qu’a la Turquie quant à «la résolution des nombreux problèmes qu’elle a en son sein» doivent être «vérifiées» pour son entrée dans l’Union Européenne, a affirmé le cardinal Paul Poupard le 4 octobre 2005. Il espère que le dialogue et la disponibilité de ce pays «ne seront pas seulement de façade».

«Je connais la Turquie depuis de nombreuses années, je l’ai visitée de nombreuses fois et ai vu les difficultés dans lesquelles vivent par exemple les communautés chrétiennes», a expliqué le cardinal français en poste à Rome. «Il n’y a pas de liberté de religion et les chrétiens sont considérés comme des citoyens de seconde catégorie», a-t-il renchéri. Une situation qu’il a qualifiée «d’absurde pour un futur pays de l’Union européenne».

Interrogé sur le fait qu’entrer dans l’Europe devrait signifier pour la Turquie donner plus de garanties de démocratie et de libertés civiles, le cardinal a répondu «je l’espère». «Je suis un évêque, pas un politique, et chaque fois que j’ai rendu visite aux chrétiens d’Istanbul, d’Antioche et de toutes les autres communautés chrétiennes, j’ai vu les difficultés dans lesquelles vivent nos confrères». «Il leur manque parfois les droits humains les plus élémentaires», a-t-il insisté. «Si l’accord comporte la reconnaissance de ces droits, alors je m’en réjouis». «Mais il doit y avoir un accord sur des choses concrètes et pas de façade», a-t-il ajouté.

La prudence de Benoît XVI

Concernant la prudence manifestée par Benoît XVI à l’égard de l’entrée de la Turquie en Europe, le cardinal Poupard a répondu «cela est compréhensible», «il s’agit d’être prudent parce que la situation dans laquelle se trouve maintenant la Turquie n’est pas des meilleures». «Dans ce pays les droits de l’homme et le respect des communautés chrétiennes doivent s’améliorer», a conclu le cardinal français.

Les propos du cardinal Paul Poupard interviennent quelques heures à peine après le lancement officiel, dans la nuit du 3 au 4 octobre 2005, des négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. La Turquie, qui avait déposé sa première demande d’adhésion en 1963, a obtenu à l’arraché un accord avec l’Union européenne à Luxembourg, face aux réticences de l’Autriche. Les discussions d’adhésion devraient durer au moins dix ans.

Le 15 septembre 2005, le chef de l’Etat turc Ahmet Necdet Sezer à officiellement invité Benoît XVI à se rendre en Turquie, courant 2006. Le Saint-Siège n’a pas donné de réponse officielle à cette invitation. Par ailleurs, il s’est déclaré officiellement neutre dans la question de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne, soulignant toutefois que le respect de la liberté religieuse dans le pays était, pour lui, une condition préalable à cette intégration. Quant à Benoît XVI, alors qu’il était encore cardinal, il avait publiquement exprimé son opposition personnelle à un tel élargissement.

La politique du «donnant-donnant»

Dimanche, le Premier ministre turc Erdogan avant lancé à l’Europe qu’il était temps pour elle de savoir ce qu’elle voulait, devenir une entité politique ou un «club chrétien».

L’accord sur la négociation d’adhésion de la Turquie à l’UE a été rendu possible en raison du rapport sans doute de compromis – de complaisance, disent aussi les observateurs – fait par Carla Del Ponte au sujet de la Croatie, lui attribuant la bonne note nécessaire au sujet de sa coopération avec le TPI.

Ce qui a permis à l’Autriche, qui bloquait tout, de lâcher le leste nécessaire pour parvenir à l’accord du Luxembourg. Vienne soutenant largement la Croatie au sujet de sa future adhésion à l’UE. Son manque de coopération avec le tribunal de Carla Del Ponte était en effet considéré comme un obstacle. Qui n’a désormais, semble-t-il, plus lieu d’être. (apic/imedia/ar/pr)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/europe-entree-de-la-turquie-dans-l-union-europeenne/