Qui se meurt: incendie et sécheresse dévastent la forêt

Amazonie: Appel pour sauver le poumon de la planète

LIma, 4 octobre 2005 (Apic) Alerte sur l’Amazonie, le poumon de la planète est en danger. Et lorsque les hommes ne s’y mettent pas pour déboiser, contourner le cours des rivières et des fleuves, dans nature s’y met à son tour. Alerte aux incendies, en raison du de l’absence de pluies.

«Cela fait 108 jours qu’il ne pleut pas et la destruction de la forêt amazonienne se poursuit sans trêve: les fleuves sont toujours plus à sec et les incendies alimentés par le vent et la chaleur dévastent ce qui reste de ce patrimoine vert. Aujourd’hui à Sena Madureira, le thermomètre indiquait 56 degrés au soleil, 45 degrés à l’ombre»: telles sont les paroles du père Ettore Turrini, engagé avec sa communauté en plein coeur de l’état brésilien de l’Acre. Un endroit situé dans la partie la plus occidentale et élevée de l’Amazonie, entre le Pérou et la Bolivie, un territoire recouvert de vastes forêts riches en arbustes prisés, dont l’arbre de caoutchouc (Hevea brasiliensis).

Depuis plusieurs semaines l’Acre, contraint de décréter l’état d’urgence, est frappé par une série impressionnante d’incendies: les images satellitaires ont signalé 10’000 foyers, des villes entières sont littéralement couvertes d’une dense fumée qui véhicule poussière, détritus et favorise la diffusion du «Rotavirus» – un parasite hautement infectieux qui provoque des gastroentérites pouvant être mortelles aussi chez les mineurs – parmi la population, déjà contrainte de vivre dans des conditions alimentaires et d’hygiène détériorées.

«Nous sommes très préoccupés par les conditions de santé de milliers d’enfants et de personnes âgées, affaiblis par des maladies pulmonaires, tandis que certains petits ont déjà perdu la vie» poursuit le père Turrini qui, par le biais de la Conférence nationale des évêques brésiliens (Cnbb), via Misna, lance un appel à la communauté internationale pour une intervention visant à bloquer la détérioration constante du «poumon» de la planète.

Centaines d’enfants hospitalisés

Selon le père Massimo Lombardi, engagé depuis plus de 25 ans dans le diocèse de Rio Branco, «chaque jour des centaines d’enfants sont hospitalisés aux urgences de la capitale pour des épidémies de diarrhée, de vomissements et de fièvre, causées par la déshydratation: des infrastructures inadéquates, une mauvaise préparation du personnel sanitaire, peu d’assistance pour les plus pauvres, ont déjà causé la mort d’une centaine de mineurs».

La paroisse de père Lombardi se trouve dans une situation d’urgence: «Les opérateurs de la pastorale de l’enfant en visite chez les familles trouvent dans quelques quartiers jusqu’à 8 enfants sous-alimentés sur 15. Ils distribuent des informations simples et efficaces: rendre l’eau potable en l’exposant au soleil dans des bouteilles de plastique, garantir l’hygiène, préparer à la maison une boisson de sels minéraux, porter à l’hôpital les enfants accusant les symptômes de «Rotavirus», les alimenter de façon adéquate. Cette dernière recommandation représente le défi le plus grand».

Régions dévastées

Une estimation certaine des dommages causés à l’agriculture est encore impossible, mais dans les zones rurales, cinq plantations (bananes, café, thé, riz, haricots et oranges) ont d’ores et déjà été détruites par le feu incontrôlé. L’armée a été mobilisée pour tenter de bloquer les flammes et empêcher qu’elles continuent de dévorer les habitations. Quant aux paysans, ils se sont organisés pour surveiller l’extension du front des flammes, tandis que les éleveurs sont contraints d’assister à la mort des vaches et des veaux, comme effet du déboisement qu’ils ont eux même contribué à aggraver pour créer des pâturages.

Décennie écologique

En visite à Rio Branco pour une série de conférences de Mariologie, le théologien Clodovis Boff a proposé de convoquer une ’Décennie jubilaire écologique’: «Il s’agit de respecter totalement pendant au moins 10 ans notre Amazonie, qui en ces tristes 38 dernières années a perdu environ 45 milliards d’arbres, 1’200 millions d’oiseaux, 41 millions de singes et 117 millions d’autres mammifères – explique père Turrini. Mais aussi de procéder au reboisement de 27% de la forêt déjà dévastée. Nous demandons l’attention et la solidarité de tous pour le bien de l’Amazonie et du monde – conclut le missionnaire». (apic/misna/fb/pr)

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