Turquie: Le patriarche arménien d’Istanbul en faveur de l’adhésion de la Turquie à l’UE
Istanbul, 6 octobre 2005 (Apic) Le patriarche arménien d’Istanbul Mesrob II a appelé à soutenir l’adhésion du pays à l’Union européenne (UE), après les discussions difficiles entre les gouvernements des Etats de l’UE sur l’ouverture des négociations.
«L’aspiration de la Turquie à rejoindre l’UE est une occasion pour la réconciliation entre l’Orient et l’Occident», a affirmé le patriarche de l’Eglise apostolique arménienne de Turquie dans une lettre aux ministres de l’UE et aux parlementaires européens. «Les pressions exercées ces derniers jours par divers milieux pour que soit reporté le processus d’adhésion de la Turquie nous préoccupent – nous estimons que ce n’est pas utile.»
L’adhésion de la Turquie, un tournant important
Cependant, l’amélioration des droits accordés aux 100’000 chrétiens vivant en Turquie est vue comme l’une des conditions préliminaires à l’adhésion de la Turquie à l’UE – négociations dont l’ouverture des négociations a été promise en décembre dernier après une campagne de 40 ans en Turquie.
La lettre du patriarche a été publiée le 1er octobre par le quotidien en langue anglaise Turkish Daily News avant l’ouverture prévue le 3 octobre des négociations, qui ont été d’abord bloquées par l’Autriche lors d’une rencontre le week-end dernier au Luxembourg. S’exprimant «au nom des Arméniens, des chrétiens d’autres confessions et des juifs» vivant en Turquie, le patriarche estime qu’une décision sur l’adhésion de la Turquie marquerait «un tournant important dans la politique mondiale».
Important pas pour la paix dans le monde
«Nous prions pour l’aboutissement d’un processus d’intégration pacifique, et pour que les Arméniens, qui forment la plus grande communauté chrétienne ici, trouvent leur place», a demandé le patriarche Mesrob, dont l’Eglise remonte au début du 4e siècle. «Notre expérience nous enseigne que l’admission de la Turquie, pays majoritairement musulman, sera une étape vers l’instauration de la paix dans le monde, qui ne doit pas être manquée.»
La plupart des Eglises se plaignent toujours de pressions et de discriminations, entre autres le Patriarcat oecuménique de Constantinople, qui n’a pas obtenu l’autorisation de rouvrir son institut théologique, le Collège de théologie orthodoxe de Halki, fermé en 1971, ni d’effectuer des réparations essentielles dans ses 72 églises d’Istanbul.
Malgré les promesses turques, l’Institut de théologie de Halki est toujours fermé
L’Institut de théologie de Halki, fondé en 1844, est situé dans les locaux du monastère de la Sainte-Trinité, sur une petite île proche d’Istanbul, Heybeliada, en mer de Marmara. En vertu des conventions internationales, des traités de la Communauté européenne et de la charte des droits de l’homme en matière de liberté religieuse, le gouvernement d’Ankara devrait absolument rouvrir l’institut, mais il traîne les pieds depuis des années, tout en faisant de temps en temps de belles promesses. Le Collège théologique est un site historique, une partie unique et inestimable de la culture mondiale et de la religion orthodoxe.
Si l’école de l’Eglise Apostolique Arménienne est également fermée depuis 1971, l’adhésion de la Turquie à l’UE a toutefois aussi été soutenue par l’évêque catholique Luigi Padovese, qui a déclaré que la Turquie a été un centre chrétien pendant des siècles.
Soutiens catholiques à l’adhésion de la Turquie, mais conditions encore à remplir
«Nos racines chrétiennes sont précisément en Turquie – c’est là que les saints Paul et Luc sont nés, où une grande partie du Nouveau Testament a été conçue, où sept des premiers Conciles de l’Eglise qui n’était pas encore divisée ont été tenus, et où le Credo que nous récitons le dimanche a pris forme», a souligné Mgr Luigi Padovese, vicaire apostolique d’Anatolie, à l’agence d’information catholique polonaise KAI le 3 octobre.
La Commission des Episcopats de la Communauté européenne (COMECE) a également apporté son soutien à l’adhésion de la Turquie en novembre 2004, en précisant qu’»il ne peut y avoir d’obstacle d’ordre religieux à ce qu’un pays dont la population est majoritairement musulmane, comme la Turquie, devienne membre de l’Union européenne».
Toutefois, la COMECE a averti que la Turquie n’avait à ce jour pas rempli les critères de l’UE à l’accession, entre autres le respect des droits fondamentaux, comme l’égalité du statut des femmes, la liberté d’expression et d’association, et la liberté religieuse, et le statut juridique des minorités. (apic/eni/be)
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