Apic Interview
Pour plus de responsabilité des femmes dans l’Eglise
Propos recueillis pour l’Apic à Rome par Hervé Yannou, I.MEDIA
Rome, 6 octobre 2005 (Apic) Le cardinal italien Angelo Scola, rapporteur général du Synode des évêques nommé par Jean Paul II et confirmé par Benoît XVI, a introduit les premiers travaux de la 11e assemblée générale du Synode des évêques le 3 octobre 2005.
Interrogé par l’agence catholique I.MEDIA, partenaire de l’Apic, le patriarche de Venise s’est montré favorable à une réflexion sur la responsabilité des femmes dans l’Eglise. Le cardinal italien a aussi estimé que la question de l’accès à la communion pour les divorcés-remariés était «un immense champ de travail».
Q: Quels sont les défis majeurs posés à ce Synode ?
Cardinal Scola: Je pense que le défi majeur est de faire comprendre au peuple chrétien et à tous les hommes la nouvelle radicale qu’est l’Eucharistie. Elle est le noyau de l’expérience de vie du chrétien qui donne à ma liberté, toujours située dans l’histoire, l’accès à Dieu Amour.
La mort et la résurrection du Christ se font dans l’Eucharistie des actes contemporains de la liberté de tout homme indépendamment de sa culture. C’est la rencontre entre la liberté de Dieu et la liberté de l’homme, et le rite est une liaison intrinsèque entre la foi et la religion. Je ne connais pas d’autre action qui possède une force de frappe aussi radicale.
Q: Le synode s’interroge sur la perte du sacré. Est-ce une réponse face au fondamentalisme religieux ?
Cardinal Scola: Je soutiens, au contraire, la thèse que nous sommes face à l’explosion du ’sacré sauvage’. Ce phénomène est une autre dimension du processus de sécularisation. Dans les années 70, les ’prophètes’ de la sécularisation annonçaient la disparition du religieux et du sacré. Au contraire, on voit partout l’explosion des sectes et des magiciens.
L’Eglise doit donc proposer la véritable dimension du sacré. Si on laisse dominer le ’sacré sauvage’, le risque de fondamentalisme est très fort, car c’est l’idéologie qui parasite la religion. Le fondamentalisme ne lui est pas intrinsèque. La foi doit exercer sur la religion un travail critique, sinon c’est la porte ouverte au fondamentalisme. Au-delà des contradictions, des erreurs d’hommes d’Eglise, l’Eglise catholique a favorisé la naissance de la démocratie substantielle en Occident en lui fournissant une série de principes, en particulier celui de la différence. On doit reconnaître cet apport du christianisme.
Q: Faudrait-il réformer le Synode pour renforcer la collégialité dans l’Eglise ?
Cardinal Scola: Le pape a introduit une nouveauté formidable. Chaque soir une heure est réservée aux échanges libres. Cette décision contribue à approfondir la collégialité. Le Synode est une concrétisation décisive à l’intérieur de l’Eglise.
Mais il faut bien réfléchir à la nature de l’exercice de la ’représentation’ au sein de l’Eglise. Elle n’est pas une transposition mécanique des institutions et des procédures de la démocratie formelle. Personnellement, je ne vois pas la nouveauté dans l’introduction de procédures typiques de la démocratie civile à l’intérieur de l’Eglise. Il faut respecter sa nature de communion tout en envisageant d’autres moyens d’exercice de la représentation, d’autres institutions ou d’autres procédures.
Au sujet de la non-admissibilité des femmes au sacerdoce, l’anthropologue anglaise Mary Douglas nous invitait à réfléchir sur la liaison entre le mystère nuptial et l’exercice du pouvoir dans l’Eglise. Je suis convaincu qu’il y a là une perspective de nouveauté, aussi pour la responsabilité des femmes dans l’Eglise.
Q: Quelles solutions le Synode pourrait-il proposer pour l’accès des divorcés-remariés à la communion ?
Cardinal Scola: Il faut nous aider à poser une question de foi et pas de régulation sociale. Le magistère s’est déjà clairement prononcé. Le Synode en parlera avec beaucoup de franchise. Les personnes qui se mettent dans cette situation restent à l’intérieur de l’Eglise tout en se privant de l’accès à la communion. Ce n’est pas une sanction qu’on leur impose, c’est un choix qu’ils ont fait.
A mon avis, à partir du moment où le sacrement du mariage est un choix objectif et public, la vérification de l’hypothèse de nullité d’un mariage doit être uniquement vérifiée par les tribunaux ecclésiastiques. Il faut toutefois que les instruments assument une allure plus pastorale. C’est un immense champ de travail.
Q: L’ordination des hommes mariés pourrait-elle être une solution à la chute des vocations ?
Cardinal Scola: Dans l’Eglise latine, le sacerdoce est lié au célibat. L’Eglise n’est pas une entreprise qui a besoin d’un certain nombre de cadres. Dans la logique du don, il est difficile d’évaluer le nombre de prêtres nécessaires. Mais il y a un travail concret à faire: les évêques doivent réfléchir à une meilleure redistribution des forces du clergé. Enfin, il ne faut pas sous-estimer des procédures anciennes, par exemple l’ordination de certains moines, religieux et consacrés. (apic/imedia/hy/be)
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