Rome: Les chrétiennes mariées à des musulmans sont de fait exclues de l’Eglise
Rome, 7 octobre 2005 (Apic) L’évêque de Niamey, au Niger, a regretté que les mariages mixtes entre une chrétienne et un musulman aboutissent le plus souvent à ce que les femmes soient exclues de l’Eglise. Mgr Christian Cartatéguy s’exprimait lors de la 6e congrégation générale du Synode des évêques, le 6 octobre 2005, devant les 243 pères synodaux réunis.
L’évêque nigérien a déploré que les femmes chrétiennes qui se marient aux musulmans sont souvent exclues de la communauté musulmane comme de la communauté chrétienne. Comme il est difficile à un musulman de poser un acte chrétien, a-t-il poursuivi, la femme chrétienne ne peut pas recevoir le sacrement de mariage.
Mgr Cartatéguy a donc regretté qu’elle soit ainsi définitivement exclue de la communion sacramentelle, tout en étant, comme chrétienne, exclue de la communauté musulmane tant qu’elle ne sera pas convertie à l’islam. En effet, l’appartenance religieuse est «une question identitaire forte» et s’apparente à l’appartenance sociale, a-t-il précisé.
«Permettre à ces femmes de participer à l’Eucharistie»
L’évêque de Niamey a ainsi regretté que la doctrine sur la communion spirituelle ne suffise pas à intégrer totalement ces femmes dans la communion ecclésiale. Il s’est présenté comme un des «porte-parole de ces femmes qui souffrent et qui sont dans des situations bloquées qui ne peuvent pas évoluer». Mgr Cartatéguy a donc demandé aux «chers pères du synode» s’il n’y avait pas «la possibilité, pour un évêque, de permettre à ces femmes de participer à l’Eucharistie», espérant que cela pourrait «apporter cette reconnaissance tellement nécessaire pour un vécu chrétien et un témoignage de vie».
C’est parce que la communauté chrétienne ne vit pas repliée sur elle- même, a estimé l’évêque de Niamey, que de telles situation existent. Les chrétiens représentent moins de 1% de la population du Niger. Outre les religions traditionnelles africaines, le pays compte plus de 80 % de musulmans.
Roumanie, une Eglise martyre du communisme
C’est de l’Eglise martyre du communisme en Roumanie dont a témoigné à cette occasion Mgr Lucian Muresan, président de la Conférence épiscopale de Roumanie. ll faudra beaucoup de temps pour redonner aux peuples d’Europe de l’Est leur conscience, que «le communisme a réussi à détruire», a-t-il affirmé. L’archevêque roumain a été chaleureusement applaudi par les 243 pères synodaux présents.
«Dans notre pays, la Roumanie, les communistes ont cherché à donner seulement du pain matériel à l’homme, et ont voulu chasser de la société et du coeur de la personne humaine ’le pain de Dieu’», a rappelé Mgr Muresan. «Nous nous rendons compte que, mettant hors-la-loi notre Eglise gréco- catholique, ils avaient une grande peur de Dieu présent dans l’Eucharistie».
Rééducation et lavage de cerveau, célébration avec des excréments
Afin que les prêtres ne puissent plus célébrer et parler de Dieu, ils furent mis en prison pour la seule faute d’être catholiques. Les laïcs qui participaient à la messe célébrée clandestinement ont subi le même sort, a rapporté l’archevêque roumain, donnant son témoignage sur les prêtres et laïcs catholiques martyrs de ce système qui voulait évacuer Dieu.
«Dans la célèbre période de la ’rééducation’ et du ’lavage de cerveau’ dans les prisons de Roumanie, pour compromettre les prêtres, pour ridiculiser l’Eucharistie, et pour détruire la dignité humaine, les persécuteurs les ont obligés à célébrer avec des excréments, a-t-il poursuivi, mais ils n’ont pas réussi à leur enlever la foi».
Les vocations ne manquent pas en Roumanie
«Au contraire, combien de messes ont été célébrées clandestinement avec une cuillère à la place du calice et avec du vin fait de quelque grains de raisin trouvés sur la route; combien de rosaires confectionnés sur un fil avec quelques bouts de pain; combien d’humiliations, quand durant l’hiver, à moins de 30 degrés, ils étaient déshabillés pour la perquisition; combien de journées passées dans la fameuse chambre noire, comme peine, parce qu’ils avaient été découverts en train de prier ?», s’est alors interrogé Mgr Muresan. «Jamais personne ne le saura.»
«Ces martyrs modernes du 20e siècle ont offert toute leur souffrance au Seigneur pour la dignité et la liberté humaine», a-t-il encore déclaré. Il a alors estimé que «nous vivons aujourd’hui la liberté des fils de Dieu vraiment ’affamés du pain eucharistique’». «Je confirme cette affirmation par la participation à la liturgie divine de 80 % de nos fidèles; par les vocations à la vie sacerdotale qui ne manquent pas; par toutes ces personnes de grande qualité intellectuelle qui sont très proches de l’Eglise».
La liberté tant espérée est trompeuse, mais l’espérance ne manque pas
Mais l’archevêque roumain a signalé «les blessures très lourdes» qui ont malheureusement succédé à la chute du communisme, comme «l’avortement, l’abandon des enfants, la corruption, l’immigration». «Le communisme a promis à l’homme le paradis sur terre et il a réussi à détruire la conscience de nos peuples de l’Europe de l’Est», a-t-il aussi dénoncé. «Maintenant, pour la refaire, il faut beaucoup de temps». «L’Eglise catholique en Roumanie est minoritaire (12 %) et avec les frères orthodoxes nous cherchons à cicatriser ces plaies», a-t-il encore expliqué.
Il a cependant conclu ses propos en soulignant que «les espérances ne manquent pas», notamment du fait du «profond sens religieux de notre peuple», de «la profonde dévotion» avec laquelle il s’approche des célébrations liturgiques et de l’Eucharistie. A la fin de son intervention, Mgr Lucian Muresan a été chaleureusement applaudi par les pères synodaux. Cela a aussi été le cas du cardinal Ignace Moussa Daoud, le préfet de la Congrégation pour les Eglises orientales, qui a remercié les délégués oecuméniques de leur présence et espéré que soit visible un jour l’unité complète des différentes Eglises chrétiennes, afin que l’Eglise puisse respirer avec ses deux poumons.
Par ailleurs, après la pause en milieu de matinée, durant laquelle le pape a rencontré un des douze groupes linguistiques, Benoît XVI est arrivé un peu en retard, une sacoche de travail sous le bras, manifestant ainsi que son emploi du temps était chargé. (apic/imedia/ar/be)
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