Synode: Les délégués fraternels favorables à l’intercommunion.

Attristés par les positions exposées dans l’»Instrumentum Laboris»

Rome, 12 octobre 2005 (Apic) Synode sur l’Eucharistie: les délégués fraternels ont pointé la question de l’oecuménisme et se sont déclarés favorables à l’intercommunion. Ces interventions étaient très attendues. Hormis un représentant, ils se sont déclarés attristés par les positions contre l’intercommunion exposées dans l’»Instrumentum Laboris».

Onze des douze représentants des Eglises orthodoxes et protestantes invités à suivre le Synode des évêques sur l’Eucharistie – deux fois plus nombreux que lors des précédentes assemblées synodales ordinaires – ont en effet pris la parole lors de la 14e congrégation générale, dans l’après- midi du 11 octobre 2005. Seul Robert K. Welsh, de l’Eglise des disciples du Christ (Etats-Unis), n’a pas pris la parole.

Ces discours, très attendus, ont été centrés sur l’oecuménisme et la possibilité de pratiquer l’intercommunion. Benoît XVI les avait reçus dans la matinée.

Cette séance était présidée par le cardinal mexicain Juan Sandoval Iniguez, archevêque de Guadalajara. 240 pères synodaux y ont pris part. Au début de la 14e congrégation générale, le secrétaire général du Synode Mgr Nikola Eterovic a souligné que ce 11 octobre marquait le 43e anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II, et a fait mémoire de Jean XXIII, bienheureux depuis 2001, et fêté le même jour.

C’est Mgr John Hind, évêque anglican de Chichester en Grande Bretagne, qui a tout d’abord retenu l’attention. Il a tout d’abord demandé au nom de l’archevêque de Canterbury de «prier pour les Anglicans qui se trouvent dans un moment de difficulté». Mgr Hind s’est aussi interrogé : «Quand est-il opportun de partager la sainte communion ?». Et de donner l’exemple de Frère Roger de Taizé. «Comment interpréter l’accession publique à la communion de frère Roger Schutz ?». Le fondateur de la communauté oecuménique de Taizé, assassiné en août dernier, avait reçu la communion des mains du cardinal Joseph Ratzinger, alors doyen du sacré collège, lors des funérailles de Jean Paul II sur le parvis de la basilique Saint-Pierre, au mois d’avril dernier.

«L’Eucharistie n’est pas en premier lieu une question, un rite ou un cérémonial mais un bienfait de la nouvelle vie du Christ» a lancé le prélat anglican. «Si nous devons être de vrais chrétiens, il doit exister des critères de reconnaissance réciproque. La façon dont nous nous tolérons les uns les autres n’est pas moins importante», a-t-il poursuivi.

«Les problèmes de l’inculturation mettent en lumière le besoin de discuter ultérieurement sur la diversité et l’unité à l’intérieur de l’Eglise» a indiqué Mgr Hind. «C’est seulement dans le dialogue entre l’incarnation et les cultures particulières que nous pouvons identifier le vrai catholique».

L’évêque luthérien Per Lonning, évêque émérite de l’Eglise de Norvège, lui a emboîté le pas. Donnant plusieurs exemples où lui-même avait été invité à communier par des évêques catholiques, il s’est déclaré «attristé» par les positions contre l’intercommunion exposées dans l’Instrumentum Laboris.

Les paragraphes 86 et 87, a-t-il estimé, «attristent aussi beaucoup de mes amis catholiques : évêques, doyens, abbés de monastère. Il s’agit du fait que les conclusions sont soutenues avec logique, sans aucune référence à ce qui est arrivé et ce qui arrive dans votre Eglise. On n’y prête aucune attention aux différentes opinions qui ne sont pas moins fondées sur la Bible que la position dominante». Dans ce cas, «il pourrait être utile au progrès de l’oecuménisme que cette dernière soit publiée comme la voix officielle de l’Eglise catholique romaine», a encore lancé Per Lonning.

Le patriarche orthodoxe Johannis Zizoulas, métropolite de Pergame, a lui aussi souligné qu’il serait fondamental que «les catholiques romains et les orthodoxes puissent dire d’une seule voix» l’importance de l’Eucharistie. «C’est un péché d’avoir les mêmes convictions en ce qui regarde l’importance de l’Eucharistie sans être capables de la partager lors de le même messe».

«Peut-être y a-t-il encore plusieurs points qui divisent nos Eglises, mais par ailleurs nous croyons que l’Eucharistie est le centre de l’Eglise. C’est sur cette base que nous pouvons poursuivre le dialogue théologique officiel entre nos deux Eglises», a-t-il poursuivi.

D’autres délégués fraternels ont enfin tenu à témoigner de la pratique de l’Eucharistie dans leurs Eglises respectives. Ainsi, le représentant du patriarcat de Moscou, le père Filippo Vasyltsev, a déclaré qu’il serait «très heureux» si «leur expérience de l’Eucharistie aussi bien historique qu’actuelle pouvait être utile et aider l’Eglise catholique». Il a ainsi indiqué que les orthodoxes russes étaient invités à communier une fois par mois, avec l’obligation de se confesser trois jours avant. Mgr Mor Serverius Malke Mourad, du patriarcat siro-orthodoxe, a indiqué que son Eglise avait récemment autorisé les confessions communautaires. Mgr Abuna Samuel, archevêque de l’Eglise orthodoxe d’Ethiopie, a quant à lui indiqué que les prêtres comme les fidèles qui communient, doivent jeûner pendant neuf heures auparavant.

Enfin, alors que la congrégation générale avait repris son cours normal avec l’intervention de quatre pères synodaux catholiques, Mgr Basil Myron Schott, archevêque métropolite de Pittsburg des byzantins et président du Conseil des Eglises ruthènes, a lui aussi abordé la question de l’intercommunion.

Aux Etats-Unis, a-t-il expliqué, il existe 17 éparchies de tradition byzantine, 4 de rite byzantin ruthène, 4 de rite ukrainien-byzantin, 2 chaldéennes, 2 maronites, une melkite, une roumaine, une syrienne, une siro- malabare, une arménienne, qui participent à des célébrations oecuméniques organisées par les uns et les autres. «Il demeure dans ces célébrations la douleur de ne pas pouvoir communier» a regretté Mgr Schott. Il a conclu sur la nécessité d’insister davantage sur la bonne formation des prêtres.

Lors de la 13e congrégation générale, le cardinal Angelo Sodano, secrétaire d’Etat du Saint-Siège, s’était exprimé contre la possibilité d’accéder à l’intercommunion et avait invité l’Eglise catholique à respecter sa «discipline» afin de rester unie. (apic/imedia/hy/pr)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/synode-les-delegues-fraternels-favorables-a-l-intercommunion/