Pékin devrait reconnaître le Saint-Siège

Rome: Mgr Zen Ze-kiun au Synode sur l’Eucharistie: une seule Eglise catholique en Chine

Rome, 13 octobre 2005 (Apic) L’Eglise catholique en Chine, traditionnellement divisée dans les médias entre une Eglise officielle et un Eglise clandestine, ne représente en réalité qu’une seule Eglise, et Pékin devrait reconnaître diplomatiquement le Saint-Siège, estime Mgr Joseph Zen Ze-kiun, évêque de Hong Kong.

Dans une déclaration à la fin de la 15e congrégation du Synode, mercredi 12 octobre 2005, l’évêque chinois a relevé qu’en Chine, l’Eglise est apparemment divisée entre une Eglise officielle et une Eglise clandestine qui refuse d’être indépendante de Rome.

Les catholiques chinois veulent être unis au pape

« En réalité, a insisté l’évêque de Hong Kong, ce n’est qu’une seule Eglise car toutes veulent être unies au pape ». L’ancienne colonie britannique continue à jouir d’un statut autonome dans la République populaire de Chine.

Après de longues années de séparation forcée, a-t-il poursuivi, la grande majorité des évêques de l’Eglise officielle ont été légitimés par le magistère du pape, en particulier dans les dernières années. Il apparaissait toujours plus clairement que les évêques ordonnés sans approbation du pape (dans le cadre de l’Association patriotique des catholiques de Chine APCC, ndr) n’étaient pas acceptés par le clergé et les fidèles, a assuré Mgr Zen.

Il a espéré « que face à cet état de fait, face à ce sens ecclésial, le gouvernement aura la convenance de parvenir à une normalisation de la situation, même si les éléments ’conservateurs’ internes à l’Eglise officielle résistent à cause d’intérêts personnels ».

L’invitation par le pape de quatre évêques chinois pour le Synode était une bonne opportunité, « mais elle a été ruinée », a commenté le prélat. « L’Eucharistie bien célébrée pourra sans aucun doute accélérer la venue de la vraie liberté religieuse en Chine », a-t-il conclu.

Manque de liberté religieuse et division de l’Eglise en Chine

Lors de la 11e congrégation générale du Synode, le 10 octobre, l’évêque de Tainan, à Taiwan, Mgr Bosco Lin Chi-nan, était aussi intervenu sur le manque de liberté religieuse et la division de l’Eglise en Chine. Spontanément, il avait demandé aux pères synodaux de garder dans leurs prières les quatre évêques chinois n’ayant pas pu venir au Synode. Ses paroles avaient été accueillies par les applaudissements des pères synodaux présents.

Depuis le début du Synode, les quatre fauteuils des évêques chinois invités par Benoît XVI sont restés vides. Pékin ne leur a pas délivré leur visa. « La Chine et le Vatican sont d’accord » sur cette décision, auraient déclaré des officiels chinois – selon l’agence de presse AsiaNews – expliquant que pour organiser une telle visite, il aurait fallu des relations diplomatiques. C’est justement l’un des grands objectifs du Saint- Siège depuis l’avènement de Benoît XVI.

Quatre évêques chinois invités au Synode n’ont pu se rendre à Rome

L’invitation lancée à trois évêques de l’Eglise officielle chinoise et à un évêque de l’Eglise clandestine fidèle à Rome avait valeur de ballon d’essai. Au Vatican, comme aucune réponse officielle, positive ou négative, de Pékin n’était parvenue au début du Synode, on espérait encore que les évêques pourraient rejoindre Rome durant le déroulement des travaux de l’Assemblée synodale qui se terminera le 23 octobre.

« Le pape, avec ces nominations, a voulu manifester la communion qui existe entre le Saint-Siège et l’Eglise catholique en Chine » et manifester « son respect du peuple chinois », avait expliqué Mgr Nikola Eterovic, secrétaire général du Synode, à la veille de son ouverture. « Pour les évêques chinois, il est important que le pape ait fait ces nominations », avait-il indiqué. Mais cet ancien diplomate ne cachait pas non plus que la République populaire de Chine « aurait intérêt à ce qu’ils viennent, sinon ce serait le seul pays dont les évêques seraient absents ». Même le Vietnam communiste, qui n’a pas d’ambassadeur auprès du pape, a laissé deux évêques participer au Synode.

Pas question de rompre le dialogue avec Pékin

Les évêques chinois avaient depuis longtemps entrepris les négociations pour obtenir leurs passeports. Les autorités locales de Qiqihar ont fait savoir que Mgr Jin Luxian ne le recevrait pas. Quant à l’évêque de Shanghai, il serait encore en train de chercher une solution. L’évêque de Fengxiang attend toujours une réponse et l’évêque de Xian a indiqué que, pour des raisons de santé, il ne pouvait pas voyager.

Au Vatican, on affirme malgré tout qu’il n’est pas question de rompre le dialogue avec Pékin. Les diplomates du pape préparaient la venue des évêques depuis un an, en lien avec l’ambassade de Chine en Italie. L’âge avancé de certains évêques invités, le fait de ne pas avoir adressé cette invitation directement à Pékin, ou les divisions au sein de l’Association patriotique – qui représente l’Eglise officielle – apparaissent cependant pour beaucoup d’observateurs comme des excuses de mauvaise foi. Si les autorités l’avaient voulu, les évêques seraient venus.

Mauvaise foi.

En matière religieuse, Pékin continue à souffler le chaud et le froid. En juin dernier, Joseph Xing Wenshi, prêtre chinois de l’Eglise officielle, avait été ordonné évêque auxiliaire de Shanghai, déclarant publiquement que le pape avait accepté sa nomination. Ainsi, environ deux tiers des 79 évêques de l’ »Association patriotique » chinoise seraient reconnus de fait par le Saint-Siège, peut-on lire dans l’article du père jésuite Benoît Vermander, intitulé « Y a t-il un réveil religieux en Chine ? », paru dans la revue jésuite italienne « La Civiltà cattolica » du 6 mars 2004.

Malgré tout, une délégation du Conseil chrétien de Chine, regroupant les Eglises protestantes du pays, n’avait pas été autorisée, à la mi- septembre, à se rendre à Rome pour participer à un colloque sur les relations entre Eglises chrétiennes chinoises et européennes. Cette interdiction avait alors été interprétée comme le signe de l’aveuglement politique de l’Empire du milieu face à la réalité religieuse.

Notons que c’est le cardinal indien Telesphore Placidius Toppo, archevêque de Ranchi, qui a présidé cette séance à laquelle 239 pères synodaux ont pris part. 19 d’entre eux ont pris la parole. Par ailleurs, 6 auditeurs sont intervenus à la suite des évêques. Au cours des 15 congrégations générales, 231 pères synodaux sont intervenus au total. (apic/imedia/hy/be)

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